‹ La théologie de Saint PaulChapitre 5 sur 630 · DE LA THÉOLOGIE BIBLIQUE · texte numérisé non relu

DE LA THÉOLOGIE BIBLIQUE

le roseau du scribe, c'est provoqué et comme contraint par un fait d'ordre particulier. Il en résulte que l’évolution de sa doctrine écrite, subordonnée aux influences extérieures, n'est pas toujours parallèle au développement logique de sa pensée. Il n'écrit pas comme il prêche et il n'écrit pas ce qu'il prêche. Ses lettres sont dominées souvent par les nécessités de la controverse et toute controverse fausse les proportions, grossissant certains traits au détriment des autres. Pour retrouver la vraie perspective, il faut s'éloigner et se mettre au point.

- Marche à suivre. — On entrevoit dès lors les difficultés de notre tâche. En suivant l’ordre chronologique, on sépare des faits unis par une causalité commune et on disloque des doctrines dont le simple rapprochement serait une lumière; en s’attachant de préférence à l’ordre logique, on mêle ensemble des enseignements de toutes les époques et plusieurs traits contemplés hors de leur cadre historique se présentent sous un faux jour. Nous avons cru obvier à la plupart des inconvénients en divisant ce travail en deux parties. La première replacera les enseignements de l’Apôtre dans leur milieu naturel et, saisissant sur le vif le progrès de ses révélations, s’efforcera de mettre en relief l’évolution ascendante de sa pensée. Ici peut-être tel lecteur sera-t-il tenté de trouver excessive la part faite à l’histoire. Il aurait raison si la pensée d’un homme pouvait bien se comprendre indépendamment des circonstances historiques qui lui donnent l'essor, ou si l’histoire des apôtres n'était point par elle-même de la théologie. Les apôtres nous transmettent la révélation par leurs actes aussi bien que par leurs paroles et leurs écrits ; et qu'entend-on par théologie si l’on refuse ce nom aux décrets de l'assemblée de Jérusalem, au différend d’Antioche, à l'attitude de saint Paul envers la Loi mosaïque ?

Dans la seconde partie, on essayera de donner une vue d’ensemble de la théologie du grand Apôtre, d’en découvrir l’idée maîtresse, d'en marquer l’enchaînement et d’en suivre les ramifications. Cette vue synthétique, qui ramène à l'unité les éléments doctrinaux dispersés par le hasard des circonstances extérieures, était surtout nécessaire pour l'étude sur la personne et sur l’œuvre du Christ, pour la doctrine des sacre-

ments, pour l’eschatologie et enfin pour la morale, dont les principes et les déductions tiennent souvent par un lien assez lâche aux développements dogmatiques. Mais il ne faut pas songer à distribuer les enseignements de saint Paul dans les cadres tout prêts de la théologie actuelle. Ces cadres ne sont pas faits pour eux : ils sont à la fois trop larges et trop étroits. Plusieurs traités classiques seraient à peu près vides; d’autres déborderaient en thèses d’une importance vitale au siècle apostolique mais dont l'intérêt est bien affaibli maintenant.

Étude du langage. — La terminologie de Paul méritait une attention spéciale. Si l'étude du langage biblique est plutôt du ressort de l’exégèse, elle rentre dans le domaine de la théologie quand elle embrasse un certain nombre de faits caractéristiques gravitant autour d’un enseignement central. Qui peut se flatter de saisir la pensée de l’Apôtre s’il n’a pesé la valeur des termes qui reviennent constamment sous sa plume : chair et esprit, grâce et charisme, foi et loi, péché et prévarication, justice et justification, vocation et élection, évangile, mystère, parousie, rédemption, salut, gloire et tant d’autres? Pour éviter d’encombrer le texte et d’alourdir l'exposition, nous avons consacré à ces termes des notes exégétiques et philologiques proportionnées à leur importance. Il fallait se tenir en garde contre un double écueil : supposer à priori le vocabulaire de Paul identique à celui de ses collègues dans l’apostolat et admettre les yeux fermés que les définitions formées plus tard par la scolastique, sous l'influence de la philosophie aristotélicienne, lui sont toujours applicables. Comme aucune expression de la vérité n’est adéquate à son objet, la pensée chrétienne aspire indéfiniment à un degré supérieur de précision et d'exactitude. Peut-être eonstaterons-nous chez saint Paul, ce premier créateur de la langue chrétienne, un effort soutenu vers le mieux. Ce n'est pas que nous isolions la langue des apôtres de la langue communément parlée de leur temps; mais il est juste d'y reconnaître un certain nombre d’acceptions spécifiquement chrétiennes qui répondent aux idées caractéristiques de la doctrine nouvelle. Parce qu'on a exagéré jadis la signification de la langue biblique, il ne faut pas maintenant se jeter dans l’excès contraire et nier l'existence d’une langue sacrée.

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