‹ La théologie de Saint PaulChapitre 606 sur 630 · I. PAUL ET SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

I. PAUL ET SON ŒUVRE

l. Le pharisien converti. — A) Commencée à Tarse, dans un milieu imprégné d’hellénisme (I, 18-22}, l'éducation de Paul s'achève à Jérusalem, à l’école de Gamaliel, au centre du pharisaïsme le plus pur (I, 26-9). Tandis que la culture hellénique a laissé peu de traces dans ses écrits (I, 21), la formation rabbinique s’y révèle assez fréquemment (I, 29-33). Son étude presque exclusive dut être la Bible lue indifféremment dans le texte hébreu et dans le texte grec (I, 22-4). Comme ses ancêtres, il professait le plus rigoureux pharisaïsme (I, 33) ; c’est un zèle mal entendu pour l’orthodoxie juive qui le fit persécuteur et bourreau des chrétiens (I, 34).

B) La conversion fut déterminée par une apparition miraculeuse du Christ (1, 44-6), apparition racontée trois fois dans les Actes des apôtrés avec d’insignifiantes variantes (I, 46), confirmée par le témoignage explicite de l’Apôtre (I, 48) et qui déjoue toutes les explications naturalistes (1, 47-9). Les laborieuses tentatives faites par Holsten (II, 3-7), Pfleiderer (II, 7-8) et Weizsäcker (I, 9-10), pour éluder ce double témoignage, ont notoirement échoué.

C) Le caractère de Paul se reflète dans ses écrits (I, 93-4). Diverses allusions nous montrent qu'il était d’un extérieur peu imposant (1, 202). Il était de plus affligé d’une maladie humiliante et douloureuse, 2 Cor. 127, dont le diagnostic reste incertain (I, 216-8). Malgré son apparence chétive, il devait jouir d’une grande vigueur physique pour être capable de supporter tant de travaux (I, 214), auxquels il ajoutait des austérités volontaires (II, 125-6) et le travail assidu des mains (Il, 479). D'un naturel sociable et liant, il prenait une part très vive aux joies comme aux peines de ses néophytes (I, 437-8) et la solitude lui pesait (I, 104). Jaloux de son renom d’intégrité, il ne s’occupait des affaires d'argent qu'avec des précautions infinies (I, 205). Ses adversaires, non contents de contester son apostolat (I, 226-8), le taxaient d’inconstance, d’arrogance et de duplicité : accusations qu’il repousse avec une singulière énergie (I, 198-202). I1 a soin d’ailleurs de protester qu’il ne compte ni sur lui-même ni sur ses forces (I, 203-4), mais sur Dieu, son soutien et son espérance (1, 507; Z:, 517-520). Intransigeant sur les principes, il use volontiers de condescendance dans la pratique de la vie (I, 72-3).

2. L'Apôtre des Gentils. — A) Paul tient directement de Jésus- Christ sa vocation à l'apostolat (IT, 176); il a vu le Christ ressuscité, comme ses prédécesseurs (I, 226). Cependant il est à un titre spécial l’Apôtre des Gentils (I, 227-8). Sa mission le constitue collaborateur de Dieu (I, 131-4), coadjuteur du Christ (!, 134-6) et édificateur de l'Église

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(G, 137). Il est rempli de courage et de force quand il songe à la dignité de son ministère (1, 200-2); car c’est Dieu même qui affermit les apôtres et autorise leur mission (II, 203-4). ;

B) Les Épitres et les Actes nous fournissent sur l’apostolat de S. Paul des points de repère chronologiques assez précis (1, 10-12). Après des débuts obscurs (1, 65-6), il évangélise, en compagnie de Barnabé, Chypre et la Galatie méridionale (1, 67-9). Les Actes nous donnent quelques spécimens de sa prédication à Antioche de Pisidie ([, 83-6) et à Lystres (1, 86-8), spécimens dont ses propres assertions nous permettent de contrôler l’exactitude (I, 81-3). Les succès des missionnaires et la nouvelle qu’ils ouvraient d'emblée l’Église aux Gentils causèrent un grand émoi chez les judaïsants de Jérusalem et d’Antioche de Syrie (I, 69-71). La discussion engagée devant l’église-mère de Jérusalem donna gain de cause à Paul; car les restrictions, prononcées sur l'avis de Jacques, ne l’atteignaient pas (I, 71-3). On raisonne dans l’hypothèse absolument sûre que Gal. 11 et Act. xv ont trait aux mêmes événements (C, 75).— Cependant le décret de Jérusalem laissait subsister des doutes (C, 76-9) et il fut bientôt suivi du conflit d’Antioche (I, 73-4), qui provoqua la vive intervention de Paul (D, 79-80) et servit au triomphe définitif de sa doctrine (I, 228).

C) Ici commence la période des grandes luttes qui coïncide avec celle des quatre grandes Épîtres. Le second voyage apostolique conduit Paul à Athènes d’abord, où il prononce le célèbre discours devant l’Aréopage (I, 88-92), ensuite à Corinthe d’où il envoie aux Thessaloniciens ses deux lettres destinées à dissiper leurs craintes (1, 104-5). La troisième expédition apostolique l’amène à Éphèse dont il fonde l’église (1, 123.4). Là surgissent les difficultés avec Corinthe (I, 124-5). Il écrit sa première Épitre, tant pour se justifier aux yeux des néophytes (I, 127-130) que pour mettre un terme aux discordes (I, 126-7), corriger les abus (1, 139-145) et résoudre les cas de conscience relatifs au mariage (I, 147-157), aux idolothytes (157-162), aux assemblées religieuses (I, 162-172), aux charismes (I, 172-184), à la résurrection (1,185-194). Les malentendus continuant après son départ précipité d’Ephèse (1, 195-8), il leur adresse sa seconde lettre où il complète son apologie (I, 198-202), recommande la collecte en faveur des pauvres de Jérusalem (1, 205-9) et poursuit de ses traits vengeurs ses adversaires, leurs doctrines et leurs visées (1, 209-214). — C’est vers la fin de la même année qu’éclate la crise judaïsante en Galatie (I, 221-4); elle nous vaut : l'Épitre aux Galates (I, 225-8). Au printemps de l’année suivante, Paul écrivit aux Romains une lettre qui devait lui préparer les voies, tout en exposant avec plus de suite et d’ampleur son évangile (1, 259-262).

D) Les Épîtres de la captivité nous montrent Paul prisonnier (I, 379). L'occasion et le but de ces quatre lettres se déduisent assez clairement de leur examen interne (I, 380-1) et leurs caractères généraux sont déterminés par.la situation des églises auxquelles elles s'adressent

E) La a des événements, durant les dernières années, est difficile à débrouiller (I, 462-4). L’Apôtre écrit les trois lettres dites Pastorales pour combaitre les erreurs qui fourmillent de toutes parts (I, 470-5 ; X, 486-8) et pour organiser les églises d’Hphèse et de Crète (I, 475-485).

— L'Épitre: aux Hébreux, quelle que soit la décision finale sur l’au-

teur et le rédacteur (I, 505-6), semble appartenir à la même époque

3. L'écrivain. — A) Les lettres de Paul. — L'authenticité des treize

Épiîtres qui portent son nom est généralement reconnue (I, 5); les po-

sitions outrancières de l’école radicale hollandaise, par rapport à l’ensemble des lettres, sans excepter les quatre grandes, sont abandonnées de plus en plus (IL, 15-18); les doutes relatifs à l’Épitre aux Éphésiens (1, 6-7), aux discours des Actes (I, 7-10; A, 14-16), aux Pastorales, tendent à s’éclaircir (V, 465-9), malgré les violentes attaques de l’école

hollandaise (A, 13) et les fluctuations de la critique rationaliste alle- .

mande (A, 13-14). Le cas de l’Epitre aux Hébreux est tout différent : tandis que l'Occident était contraire à l’authenticité (1, 499-500), l'Orient était favorable (I, 498-9), mais avec une distinction entre l’auteur et le rédacteur que les modernes adoptent en l’accentuant davantage (I, 505- 6; Z, 511-3). Les hypothèses au sujet du véritable rédacteur de l’Épitre n’ont donné aucun résultat ferme (1, 501-3; Z, 515-6). — L'occasion et le but des leltres ressort presque toujours de leur contenu : pour les Ép. aux Thessaloniciens (1, 104, 113-5), aux Corinthiens (I, 123-5, 195-202), aux Galates (I, 221-8), aux Romains (I, 259-265); pour les lettres de la captivité (I, 379-384), les Pastorales (I, 462-4), l'Ép. aux Hébreux (I, 497-510). La chronologie se laisse fixer avec une suffisante approximation (1, 497-506). — Voir pour l'analyse des EÉpiîtres : Rom. (1, 553-560) ; 1 Cor. (I, 560-8) ; 2 Cor. (I, 568-573); Gal. (I, 573-6); Éph. (I, 576-9); Phil. (1, 579-580); Col. (I, 580-1); 1 Thess. (I, 5823); 2 Thess. (E, 583-4); 1 Tim. (1, 584-5) ; 2 Tim. (I, 586-7); Tit. (1, 587-8); Philem. (I, 588); Hebr. (I, 588-591).

B) Genre littéraire et style. — Traits généraux des écrits de Paul (I, 93-4). Sont-ce des lettres ou des épitres (1, 94-8; E, 101-2)? Quelle est leur structure habituelle (E, 99-100)? En quoi consiste leur originalité (E, 100-1)? Les jugements si divers sur le style de l’Apôtre peuvent être tous partiellement vrais (I, 24-6; E, 1023). Caractères du génie de Paul ([, 551). Importance de l'étude du langage (I, 4). Remarque sur le pluriel épistolaire (I, 98).

4. Le théologien. — A) Pour prévenir l’équivoque que ce mot pourrait soulever (IT, 445), il convient de définir la théologie biblique et d’en marquer la limite et la méthode (I, 1-3). La théologie d’un auteur inspiré est la somme des révélations dont il est le héraut (II, 44); mais la révélation divine, qui se colore toujours plus ou moins en traversant le milieu d’une intelligence humaine (I, 17-8, 55-6; II, 33), est progressive de sa nature. On peut suivre ce progrès dans l'esprit de Paul : à la base est la grande révélation du chemin de Damas (1, 49-50), enrichie plus tard d’une foule de révélations partielles (I, 50-1). Cet ensemble doctrinal formant l’évangile paulinien est dominé d’abord par | les préoccupations eschatologiques (1, 59-60), puis par les controverses relatives à la foi et à la Loi (1, 60-1), enfin par la christologie considérée dans ses rapports avec la rédemption (I, 61-2).

B) L'Apôtre a pris soin de définir son évangile dans Rom. 16 25-% (II, 35-6), Col. 11-27 (II, 36-7), Eph. 3!-5 (II, 38-9) et ailleurs (IH, 40-2). Son emploi du mot « évangile », surtout dans l'expression « l'Évangile du

matin tab.

Christ » est remarquable (Az, 57-60). On peut déterminer empirique-

ment les dix éléments principaux de l’évangile paulinien (II, 42-4). Quant au point central, on remarque à première vue que c’est le Christ

lui-même et non la notion métaphysique de Dieu, ni la justification par la foi, ni le dualisme psychologique (II, 47-8). L'idée mère de cet évan-

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gile n’est pas Jésus-Christ crucifié, comme certains indices le feraient f

croire (II, 48-51), mais le Christ s’associant l'humanité dans l’œuvre de

la rédemption (II, 52-6).

C) L'ensemble doctrinal appelé paulinisme est très diversement apprécié par les modernes historiens du dogme. Tandis que Baur et ses disciples lui appliquent les principes hégéliens dé l’évolution (II, 1-3) et en font avec Holsten un simple produit du travail dialectique (II, 3- 8), les adeptes de Ritschl y voient l'élaboration subjective de l’expérience religieuse (II, 10-11) : parmi eux se distinguent Sabatier (II, 12- 14} et Somerville (II, 14-15). D’autre part, l’école radicale supprime le problème en regardant tous les écrits de Paul, sans exception, comme des élucubrations tardives, totalement étrangères au grand Apôtre (II, 15-18). Mais ce qui de nos jours préoccupe le plus les théologiens hétérodoxes, c’est la question des rapports entre Jésus et Paul; cependant la controverse tend à s’assoupir et l’on convient de plus en plus que la doctrine de Paul interprète fidèlement l’enseignement de Jésus (II, 18- 21). — Au nombre des théologies de saint Paul, il faut signaler l'essai du catholique Gerhauser (II, 21) et les travaux d’Usteri (II, 21-2), de Reuss (II, 23-4), de Simar (II, 25-6), de Sabatier (II, 27-8), de Stevens (IT, 29), de Weiss et de Beyschlag (IL, 29-30), de Holtzmann et de Pfleiderer (I, 31-2). L'étude de Tobac mérite une mention (I, 32).

D) Paul est rempli de citations et de réminiscences de l'Ancien Testament (B, 35-7). Ses formules de citation sont caractéristiques (B, 38) et diffèrent beaucoup de celles qu’emploie l’Epître aux Hébreux (Z, 513- 4). Ses citations suivent presque toujours la version des Septante (I, 22-3) et sont souvent faites de mémoire : d’où il arrive qu’elles sont parfois composites et assez libres (B, 38-40). L’Apôtre ne cite pas toujours au sens littéral ; il fait un usage considérable de l’accommodation oratoire (B, 40-2). Il reconnaît l'existence du sens typique (B, 42-3). C’est, à l’exégète à étudier les cas où il bâtit sur les textes de l’A. T. une argumentation proprement dite (B, 43-4). On distingue dans ses argumentations des traces de procédés rabbiniques (1, 29-33).

E) On n'aura de l’enseignement de S. Paul qu'une idée inexacte si l'on ne le suppose fondé sur la catéchèse apostolique (IT, 23, 448-9 etc..). L'existence de cette catéchèse primitive se déduit d’un grand nombre de textes, en particulier de Gal. 65; 1 Cor. 417; 1 Cor. 15!-11; Rom. 617; Hebr. 61-2 (B:, 61-4) et il est possible d’en déterminer, avec plus ou moins de probabilité, le contenu historique (B:, 64), dogmatique (B:, 64- 5), liturgique (B:, 65-6) et moral (B:, 66).

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