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IV. LES CHARISMES

Critères et division. — Jésus-Christ, en montant au ciel, avait promis à ses disciples qu'ils chasseraient les démons, parleraient des langues nouvelles, rendraient inoffensifs le venin et le poison, guériraient les malades !. Sa promesse n'avait pas tardé à se réaliser. Quand l'Esprit-Saint descendit sur les apôtres à Jérusalem ?, sur les simples fidèles en Samarie, sur les prémices de la gentilité à Césarée 4, sur les anciens adeptes de Jean-Baptiste à Éphèse Ÿ, des phénomènes du caractère le plus merveilleux se manifestèrent. Ces effusions de

Pr 1. Marc. 1617-18,— 2, Act. 24. — 3, Act. 88, — 4. Act. 1016. — 5. Act. 196.

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l’Esprit-Saint venaient de se répandre avec tant d'abondance sur les néophytes de Corinthe qu'ils avaient consulté Paul! sur la valeur et l’usage de ces dons extraordinaires.

Le plus urgent était d’en vérifier la provenance. « Nul homme mû par l'Esprit de Dieu ne dit : Jésus [soit] anathème! et nul ne peut confesser que Jésus [est] Seigneur si ce n'est dans l’'Esprit-Saint?. » Comment trouver dans cette règle un critère positif pour le discernement des vrais et des faux charismes? Saint Paul, remarquons-le bien, ne prétend pas offrir une pierre de touche également applicable à tous les temps et à tous les lieux. Aux époques troublées par des discussions religieuses, il y a toujours une formule qui est le mot de passe des orthodoxes : l’homoousios au temps d’Arius, le mérite des œuvres au temps de Luther, la grâce suffisante au temps de Jansénius. Pour saint Jean, diviser ou ne pas diviser le Christ est le schibboleth de l’orthodoxie, tous les hérétiques d'alors ou niant l'humanité du Christ, ou rejetant sa divinité, ou ne reconnaissant entre les deux qu’une union accidentelle. Pour saint Paul, c’est la suprématie de Jésus- Christ. Confesser que Jésus est Seigneur est une profession de foi abrégée et un résumé du credo; car c’est confesser équivalemment qu’il est le Messie, qu'il est le Fils de Dieu, qu'il est Dieu. Le Seigneur disait des faux prophètes : « Vous es reconnaîtrez à leurs œuvres »; saint Paul et saint Jean disent : « Vous les reconnaîtrez à leur doctrine. » L'hypocrisie peut donner le change : Dieu seul en perce le masque; mais la règle donnée sufñlit en pratique, et s’il reste toujours une possibilité d'erreur, elle est en pareil cas inoffensive.

Bien que le mot yéptoux puisse désigner une grâce quelconque, nous entendons ici par charisme ce que les théologiens appellent les grâces gratuites (gratis datae) par oppo-

1. 1 Cor. 121. Cette formule (Cf. 71, 81, 161- 1?) montre que les Corinthiens avaient posé la question. — Il est” évident Que Tov Tveupatix@v est au neutre et signifie les choses spirituelles, les dons spirituels, et non pas les hommes spirituels, les possesseurs de charismes.

1. 1 Cor. 128 : Tvwpito duty 6tt oùdei év [lvetpartr Ocoÿ Jawy Aéyet” ANA- OEMA IH£OYE, xai oûdeis düvator eimeiv' KYPIOZ IHEOYE, ei un êv Iveüuatr &yiw. Sur les charismes voir ci-après la note I.

sition aux grâces sanctifiantes (gratum facientes). Elles ne se distinguent pas des autres par le fait d’être gratuites — car qui dit grâce dit don gratuit — mais parce que, en soi, elles ne sont pas sanctifiantes; elles ne renferment que la notion du genre sans la différence spécifique. Octroyés en vue du bien commun plutôt qu’en faveur de l'individu, auquel ils pouvaient néanmoins être utiles par le bon usage qu'il en faisait, les charismes étaient une sorte de luxe dans l’ordre surnaturel et pouvaient un jour disparaître sans priver la société chrétienne d'aucun organe indispensable.

Les Pères les plus versés dans la théologie de saint Paul, tels que saint Jean Chrysostome, confessent hautement leur ignorance au sujet des charismes. Le souvenir s'en était perdu depuis longtemps et les brèves indications de l'Apôtre, suffisantes pour ses lecteurs, ne le sont plus pour nous. Souvent le nom seul nous guide dans nos conjectures. En éliminant les expressions qui paraissent tout à fait synonymes, nous nous trouvons en présence d’une vingtaine de grâces extraordinaires que nous pouvons diviser en trois catégories d’après le genre d'utilité qu’elles procurent à l'Église.

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