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LA SECONDE AUX CORINTHIENS

Cadre historique. — Paul n’a rien écrit de plus éloquent, de plus ému, de plus passionné que cette Épttre. La tristesse et la joie, la crainte et l’espérance, la tendresse et l’indignation y vibrent avec la même énergie. L'art de relever les incidents les plus communs par les plus hauts principes de la foi en fait une mine inépuisable pour l'ascétisme et pour la mystique.

Depuis trois ans et plus qu'il avait quitté Corinthe, l’Apôtre n’avait revu qu’une fois ses néophytes. Cette visite, dont les Actes ne font pas mention, nous paraît absolument certaine; car si l’on peut entendre ces paroles : « Pour la troisième fois je me prépare à venir vous voir » d'un simple projet de voyage trois fois renouvelé, on ne saurait entendre de même : « Je viens à vous pour la troisième fois » ni, à plus forte raison : « Je redis maintenant que je suis absent, comme je l'ai fait quand j'étais présent pour la deuxième fois, que si je viens de nouveau je ne pardonnerai point. » Expliquer le üç rapbv T0 debrepov d’une présence idéale, le Tpivov rodro épxouat de projets non suivis d'effet nous semble contraire à toute saine exégèse !.

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1.2 Cor. 1214 : Tpirov todro étoiuwc Exw &10eïv rodc du&c. Tenir compte de l’ensemble qui paraît exiger plus qu’une série de projets. 2 Cor. 131-2 : Tpitov roûro Épyouar mods duc. Ilpoc/pnxa ai RPORÉYU, De Tapbv Tà Debrepor xai dnbv vüv. Ces textes sont clairs, sans qu’il faille recourir à Deut. 1915 : Ent orôpartos So UaprÜpuv xaù Touév oTalñostar täv fie, où je ne vois point une allusion à un double et à un triple Voyage, mais aux formes rigoureuses de la justice, avec l'intervention de deux ou érois témoins, qu’il est résolu d'observer à l'égard des coupables. — Le caractère de cette seconde visite à Corinthe est impossible à déterminer. Si dans la

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Sur ce voyage de Paul à Corinthe, on a bâti un petit roman dont les détails varient selon le goût et l'imagination des critiques, mais dont voici le thème ordinaire. Timothée, envoyé à Corinthe pour réduire les récalcitrants, avait piteusement échoué. Paul s’y rend alors dans l'espoir de rétablir l’ordre, mais lui aussi « éprouve un échec; sa parole est impuissante ; ses ennemis triomphent. Il est publiquement insulté et doit regagner Éphèse, l’âme accablée d’une tristesse apostolique où la colère se mêle aux regrets. D'Éphèse, il reprend la lutte ; il adresse aux Corinthiens une lettre terrible aujourd’hui perdue dont, un moment, il regretta les termes excessifs, et il envoie Tite dont l'esprit conciliant et la grande autorité personnelle pouvaient amener un revirement. La lettre de Paul appuyée de la parole de Tite provoqua chez les Corinthiens un réveil touchant d'affection et de reconnaissance. La majorité de l'église, dans une assemblée solennelle, condamna l'homme qui avait insulté l’Apôtre et décida de lui envoyer par écrit et par l'intermédiaire de Tite, des excuses et des témoignages non équivoques de regret pour le passé, d'affection chaleureuse pour le présent, de confiance pour l’avenir ! ».

Ces ingénieuses fantaisies ne vaudraient pas qu’on les mentionne sans la notoriété des noms dont elles se couvrent. Comme

phrase (2 Cor. 21) : "Expiva OÈ épaut tobro, rà Là nékiv ëv AÜTn mpèc duc ä10etv, le mot xéuv se rapporte à ëv Auxn, elle aurait été accompagnée de tristesse; mais mév peut se rapporter à éleiv, ou bien l’Apôtre peut faire allusion à sa première arrivée, au sortir d'Athènes. Conclure de 2 Cor. 1221 : ph mékv éABévro6 mou Tamevwonp me Ô Océs pou que Paul eut alors à subir une humiliation, c’est lire trop de choses entre les lignes, car xélwv est trop loin de raxewvwon pour qualifier ce verbe. On pourrait avec plus de raison déduire de 2 Cor. 132? : ’Eùv Ew elç To mahtv où peicoue, qu’il dut alors user d’indulgence, car x&hv peut se rapporter à où geicoua aussi bien qu’à é16etv. D'autre part, l'Apôtre veut par sa visite apporter une seconde joie (2 Cor. 115) : {va Geutépav xapàv oyñre. La visite précédente avait donc été considérée comme une faveur. — Un texte peu remarqué (1 Cor. 167) : Où Gélw yùp dus &pre ëv mapéw idetv, prouve 1. que cette seconde visite fut courte, 2. qu’elle précéda la première Épitre aux Corinthiens; car Paul ne fait évidemment pas allusion à son premier séjour à Corinthe lequel fut de dix-huit mois.

1. Sabatier, L'apôtre Paul*, 1896, p. 172-173. L'auteur déclare (p. 163, note) avoir été conduit à modifier complètement ses idées par l'étude de Weizsäcker qui en effet (Das apostolische Zeitalter3) reconstruit ce drame romanesque à peu près de la même manière.

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une conjecture en appelle une autre, on s’embarrasse, à bout d’hypothèses, dans des systèmes de plus en plus compliqués et invraisemblables. Au lieu d’une lettre perdue, certains critiques en réclament deux; et il leur faut également deux voyages de Tite. À force d’enchevêtrer la correspondance, de multiplier les allées et venues, ils sont forcés d’allonger d’une année entière l'intervalle entre nos deux Épîtres, ce qui donne le coup de grâce à tout le système. Une visite récente de Paul est inadmissible. Un des principaux griefs des mécontents est, au contraire, son absence prolongée. Il promet de venir et ne tient pas parole; il semble craindre de se montrer

il préfère régler les différends à distance. Ces reproches n’auraient pas de sens si les Corinthiens avaient reçu sa visite dans l'intervalle de nos deux Épîtres. [l répond qu'il l’a différée par pitié pour les coupables; il a voulu se tenir à distance tant que dureraient les malentendus; mais il ne tardera plus beaucoup et traitera selon leurs mérites les orgueilleux et les insoumis. Dans l'hypothèse d’un récent échec et d’un affront personnel suivi d’une retraite humiliée, cette apologie serait un non-sens, et ces menaces, loin d’inspirer une salutaire terreur, n'auraient excité que le mépris.

L'hypothèse d’une lettre intermédiaire aujourd’hui perdue soulève moins de difficultés. Elle est subordonnée à la question de savoir si notre seconde Épître fait suite à la première et si, en particulier, le coupable condamné par l’église de Corinthe à la majorité des voix est l’incestueux dont l’Apôtre avait demandé la punition. Pour notre part, nous ne voyons rien dans la seconde Épître qui nous oblige à supposer une lettre perdue et nous pensons que cette hypothèse fait naître beaucoup plus de difficultés qu’elle n’en résout. La scandaleuse connivence des Corinthiens avait assez affligé Paul, et leurs tergiversations avaient assez lésé ses droits d’apôtre et de père pour qu’il soit inutile de songer à une injure personnelle. Sa première Épître contenait des blâmes assez vifs, des ordres assez sévères et des expressions assez dures, pour que Paul, connaissant par expé: DPANRe ERNIMER EN pur te © "pe

1. Exposé et critique judicieuse des divers systèmes dans Heïinrici Der Zweite Brief an die KorintherS, 1900 (Meyer’s Kommentar), p. 9-32.

rience leur susceptibilité, leur tendance soupçonneuse et leur esprit d'insubordination, pût en craindre les mauvais effets et regrettât un instant de l'avoir écrite. Dans une circonstance antérieure, il lui en avait fallu bien moins pour s’aliéner les cœurs; et il venait d'apprendre qu'un nouveau ferment de discorde et de révolte avait fait son apparition à Corinthe, avec ces meneurs étrangers, ces faux apôtres, ces ouvriers de malheur et ces ministres de Satan résolus de ruiner son œuvre. C’est mal connaître le cœur de Paul de supposer que sa première Épître n’a pas dû lui coûter des larmes.

Malgré son incontestable unité, sur laquelle les meilleurs juges tombent maintenant d'accord, notre Épître offre cette particularité curieuse que ses trois parties forment séparément comme un tout complet, sans lien apparent avec le reste. Le titre suivant en résume assez bien le sujet. 1. Les malentendus (chap. r-vrr). — 2. La collecte (chap. vini-1x). — 3. Les adversaires (chap. x-xr). l

Griefs contre Paul. — Les mécontents de Corinthe s’armaient contre l'Apôtre d'un grief bien futile. Ils l'accusaient de légèreté et d’inconstance dans ses plans de voyage.

Avant les difficultés dont les deux lettres nous renvoient l’écho, Paul avait projeté de se rendre par mer à Corinthe et, après une tournée dans les églises de Macédoine, d'y revenir attendre le vaisseau qui devait l'emporter en Palestine!. Ses plans, nous ne savons pourquoi, étaient complètement changés au printemps de l’an 56, au moment où il écrivait notre première Epître. Il se proposait alors de fêter la Pentecôte à Éphèse, de prendre ensuite la voie de terre et, traversant l'Asie à petites journées avec un arrêt un peu plus prolongé en Macédoine, d'arriver à Corinthe vers la fin de l’'été?. Le

1. 2 Cor. 115-16, ’Ebou\éunv mpôtepov modc Gus EAdeïv.. xai O0 uv dteXBety ele Maxedoviav, xai m&kiv xtA. Le xpôrepov se rapporte à la période antérieure aux dissentiments, au moment où la confiance mutuelle n'avait été trou- blée par aucun désaccord et où il pouvait dire en toute vérité : Kaÿynuæ Üuov éouev xafdnep wa duets Auwv (2 Cor. 114). Remarquez la transition entre cette phrase et la suivante : Kai raÿrn Th memotlfoet é6ouhéunv et notez les motifs de différer le voyage qui seront mentionnés plus bas.

2. 1 Cor. 165. Ici l’Apôtre rétracte tacitement un plan précédemment orymé et connu des Corinthiens : « Je viendrai à vous quand j'aurai tra-

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soulèvement imprévu des orfèvres et des statuaires dut précipiter son départ d'Ephèse. Il en résulta que Tite, dépêché par lui à Corinthe et qu'il espérait retrouver à Troade, n’y était pas encore. Paul alla donc l’attendre en Macédoine, probablement à Philippes, et comme il ne voulait pas reparaître en personne à Corinthe avant le règlement de toutes les difficultés, il lui confia notre seconde lettre'. Or, le nouvel itinéraire qu'il communiquait aux Corinthiens dans sa première Epître avait été pour eux une surprise et une déception. Ils avaient compté le voir plus tôt. En vain fait-il briller à leurs yeux comme compensation la perspective d’un plus long séjour : « Peut-être séjournerai-je chez vous et y passerai-je même l'hiver. Car je ne veux pas vous voir encore en passant; j'espère demeurer quelque temps auprès de vous 2. » En vain insiste-t-il sur la nécessité de revoir d’abord les Macédoniens dont la visite, dans le premier projet, était remise après celle de Corinthe. Déjà entamés sans doute par les meneurs, les néophytes n’agréent pas ces explications. Que signifient ces retards? Pourquoi promettre si l’on n’est pas sûr de tenir? « Est-ce par légèreté que j'ai décidé cela? Ou mes décisions sont-elles selon la chair et y a-t-il en moi le oui et le non? Aussi vrai que Dieu est fidèle, nous ne vous disons pas le oui et le non5. » S'il a différé sa visite, c’est par compassion pour eux. Il aurait dû sévir : or il ne veut pas que son retour soit voilé de tristesse. Il a donc laissé aux nuages le temps de se dissiper.

À ce grief ridicule, s’ajoutaient des reproches autrement graves. Paul était accusé de duplicité dans sa prédication, d'arrogance dans son langage, de tyrannie dans son gouvernement. Les imputations des malveillants rappelées çà et là non sans ironie, nous servent de jalons pour suivre une pensée dont le fil se relâche parfois mais jamais ne se brise. L’apologie de Paul, qui ne descend point à de mesquines questions de

versé la Macédoine; car je traverse la Macédoine. » Cette remarque serait singulière si le trajet par la Macédoine n’avait pas quelque chose d’inattendu et de contraire à l'espoir des fidèles.

1. 2 Cor. 212-138; 76; 1310, — 9, 1 Cor. 1657. — 3. 2 Cor. 117-18.

personnes et se maintient toujours à de sereines hauteurs, peut se résumer ainsi : 4. L’Apôtre marche le front haut, sans dissimulation ni déguisement, parce qu’il a l'honneur d’être le messager de l'Évangile. — 2. Ce qu’on appelle arrogance n’est que le sentiment légitime de sa dignité et la conscience que sa vraie force est dans sa faiblesse. — 3. Il parle hardiment et agit de même, mais sa qualité d'ambassadeur du Christ autorise cette liberté apostolique.

Sincérité de l’Apôtre. — Déloyauté, fourberie, politique, noms odieux, soupçons absurdes, à l’adresse d’un tel homme : et pourtant c’étaient bien les termes précis du réquisitoire dressé contre lui. On trouvait dans ses lettres des sous-entendus, des équivoques volontaires, des habiletés de mauvais aloi : « Nous ne vous écrivons pas, répond-il, autre chose que ce que vous pouvez lire et comprendre. J'espère que vous le comprendrez à la fin. Nous ne ressemblons pas à beaucoup d’autres qui frelatent la parole de Dieu; mais nous vous parlons en toute sincérité, comme de la part de Dieu, en présence de Dieu, dans le Christ!. » C’est la sincérité, on le voit, qui est le mot de la situation. Comment un apôtre de Jésus-Christ pourrait-il manquer de droiture? Aurait-il à rougir de son mandat ou à dissimuler son message? Le ministère de l'antique alliance inondait la face de Moïse d’une si éblouissante lumière que les enfants d'Israël n’en pouvaient soutenir l'éclat : mais ce n'était que le ministère de la lettre et l'Évangile est celui de l'esprit; c'était le ministère de la condamnation et l'Évangile est celui de la justification; c'était le ministère de la servitude et l'Évangile est celui de la liberté; c'était le ministère de la crainte et l'Évangile est celui de la confiance filiale: c'était un

1. 2 Cor. 217 : OÙ yüp éouev &ç oi modoi xaxnlsVovtes Tov À6yov toù Ocoù, GA’ 6 &Ë etluxpuvias.… DJœhobmev. L'opposition est entre la sincérité de PApôtre qui prèche la parole de Dieu telle qu’elle est, sans mélange ni falsification, et les ruses de mauvais aloi des intrus qui l’accommodent au goût de leurs auditeurs, comme les aubergistes frelatent leur vin (xarmlebovrec) par d’habiles coupages, afin d’en tirer plus d'argent (Cf, 4). — Noter le grand nombre de synonymes exprimant ces idées connexes : sincérité (eikxpivia, 112; 217), confiance (remoiônouç, L15; 34; 10?) franchise (rappnoia, 312; 71) courage dans la parole et l’action (faop@, 56-8 716; 101-2), liberté (ëleubepio, 317).

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ministère destiné à finir tandis que l'Évangile est fait pour durer à jamais!. Que Moïse, en parlant au peuple, se couvre le visage d’un voile; à la bonne heure! Que ce voile de Moïse passe sur les yeux et sur le cœur de tous ceux qui le lisent; soit! Mais Moïse lui-même, quand il se tournait vers le Seigneur, rejetait loin de lui son voile; et ses aveugles adeptes à la fin des temps déchireront aussi le leur, quand ils se convertiront à Jésus-Christ. Or les apôtres, que dis-je? nous simples fidèles, « contemplant à visage découvert la gloire du Seigneur, nous sommes transformés de gloire en gloire en cette même image, comme par l'Esprit du Seigneur. C’est pourquoi, miséricordieusement honorés de ce ministère, nous sommes sans défaillance; nous répudions la honte qui cherche l'ombre; loin de suivre les détours de la duplicité et de falsifier la parole de Dieu, nous nous recommandons devant Dieu à toute conscience humaine par la claire manifestation de la vérité. Si notre prédication est équivoque, elle est équivoque pour les fils de perdition, pour ceux dont le dieu de ce monde a aveuglé l'esprit, pour les infidèles incapables de fixer la splendeur du glorieux Évangile du Christ qui est l'image de Dieu? ».

Liberté apostolique. — Les deux autres griefs sont tellement connexes, ils se touchent par tant de points qu'on ne peut guère les disjoindre. Ce que les adversaires traitent d’arrogance et de vaine gloire n’est que la juste appréciation de son caractère sacré; ce qu'ils nomment tyrannie et excès de pouvoir n’est que.l’exercice obligatoire de son mandat apostolique. « Cette assurance, nous l’avons en Dieu par le Christ. Non pas que nous soyons de nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes; mais notre assurance vient de Dieu qui nous a aussi rendus ca-

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