‹ La Théologie de Saint ThomasChapitre 105 sur 155 · Pouvons-nous sans la grâce faire quelque bonne action · texte numérisé non relu

Pouvons-nous sans la grâce faire quelque bonne action

On peut considérer la nature de l'homme dans deux états différents : dans l'intégrité et après la chute. Dans l'un et l'autre de ces deux états, on ne peut nier qu'il n'ait eu besoin d'un premier moteur ; mais dans l'intégrité, une fois ce moteur supposé, l'homme pouvait faire par ses seules forces tout le bien dont sa nature était capable. Il pouvait, seul, acquérir toutes les vertus naturelles. Quant au bien surnaturel, il ne pouvait, sans la grâce, ni le faire, ni le vouloir, puisque ce bien est en dehors de notre sphère d'activité. Affaibli par le péché, l'homme peut-il encore vouloir et faire quelque bien ? Oui, son libre arbitre étant blessé

non détruit. Mais il ne peut plus tout le bien qui, avant la chute, était proportionné à sa nature. Un malade peut encore faire quelques mouvements, mais peut-il tous ceux dont est capable un homme qui jouit de la plénitude de ses forces ?

7. L'homme a-t-il besoin du secours de la grâce pour aimer Dieu par-dessus toutes choses ?

Dans l'intégrité de sa nature, l'homme avait assurément l'amour de Dieu, et c'était un amour souverain, sinon Adam

aurait péché, ce qui est contre l'hypothèse de l'intégrité. Tout être produit naturellement l'acte pour lequel il a de l'aptitude ; il le cherche , il l'aime irrésistiblement. C'est pourquoi tous les êtres tendent vers Dieu et tous se réunissent dans son amour. Ainsi, l'homme rapportait naturellement à Dieu l'amour de lui-même et des créatures, et n'aimait rien qu'en vue de Dieu. Le péché a détruit cette belle harmonie, l'amour-propre occupe dans le cœur de l'homme la place qu'y occupait l'amour de Dieu. Au lieu qu'autrefois l'homme n'avait besoin, pour aimer Dieu par-dessus toutes choses, que d'un premier moteur ; après la chute, il lui faut de plus un remède qui guérisse sa nature blessée.

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