Pouvons-nous, sans la grâce, connaître quelques vérités
Connaître , c'est faire usage de la lumière intellectuelle. Or, l'usage suppose un certain mouvement. Tout mouvement soit des corps, soit des esprits , vient de Dieu , premier moteur et source du mouvement. Mais Dieu donne aux êtres, outre le mouvement, une forme spécifique, dans les limites de laquelle ils peuvent agir. Le premier mouvement donné, ils sont capables de tout ce qui appartient à cette forme. L'homme ayant pour forme
une lumière naturelle, qui éclaire intérieurement les yeux de l'âme comme le soleil éclaire extérieurement les yeux du corps, peut connaître certaines vérités de l'ordre naturel : Invisibilia ejus a creatura mundi per ea quœ facta sunt intellecta conspiciuntur. (Rom., i.)
« Je n'approuve pas ce que j'ai dit dans un discours, ô mon Dieu, qui avez voulu que la vérité ne fût connue que de ceux qui sont purs, etc. » (S. Aug., Rétract., 1. 1, c. iv.)
On peut répondre en effet que beaucoup d'hommes ne sont pas purs et connaissent néanmoins beaucoup de vérités.
Quant aux vérités qui sont en dehors de sa forme spécifique, l'homme, cela est évident, ne peut les connaître sans une lumière étrangère ; l'eau ne peut réchauffer ma main, si le feu ne lui donne la chaleur.