‹ La Théologie de Saint ThomasChapitre 108 sur 155 · L'homme peut-il par lui-même se préparer à la grâce · texte numérisé non relu

L'homme peut-il par lui-même se préparer à la grâce

Il faut distinguer une double préparation ; la première, c'est la préparation à la jouissance de Dieu par la grâce habituelle : elle est, je viens de le dire, au-dessus de l'homme. L'autre est une disposition au don de la grâce habituelle. L'homme en est-il capable par lui-même? Non. « Personne ne peut venir à moi, dit Jésus-Christ, si mon Père ne l'attire. »

De même qu'il existe un ordre hiérarchique entre les agents, il existe un ordre hiérarchique entre les fins. Chaque agent se propose une fin particulière. La tin dernière a donc pour agent le premier, le plus universel de tous les agents ; les autres fins plus prochaines ont des agents secondaires. Ainsi le soldat est conduit à la fin dernière du combat, qui est la victoire, par son capitaine; à la conservation ou à la reprise de son drapeau, par un officier subalterne. La grâce étant notre fin dernière, ne peut nous être inspirée, nous ne pouvons y être conduits ni préparés que par le plus universel de tous les agents. Ainsi c'est Dieu lui-même qui nous dispose à recevoir sa grâce et nous convertit vers lui, comme, dans l'ordre naturel, je me prépare à recevoir la lumière du soleil lorsque je lève mes regards vers le ciel.

IL L'homme a-t-il besoin de la grâce pour sortir du péché?

Sortir du péché n'est pas la même chose que cesser l'acte coupable. En sortir, c'est réparer toutes les pertes que le péché nous avait faites. Quelles sont-elles, ces pertes ? Celle de la beauté de la grâce par la laideur du péché ; la corruption de la nature par le désordre qui s'établit en elle, la volonté n'étant plus soumise à Dieu ; la dette de la peine, qui est la damnation éternelle. Comment l'homme pourrait-il par lui-même réparer ces trois pertes ? Ce qui faisait la beauté de l'âme c'était le rayonnement de la lumière divine en elle : cette beauté ne renaîtra qu'avec la lumière de Dieu. La volonté s'étant séparée de Dieu, ne peut lui être unie de nouveau que par la puissance de la grâce. Le pardon ne peut venir que de celui que la faute a outragé. Ainsi, dire que l'homme

a par lui-même la faculté de sortir de l'état de péché, c'est dire qu'un mort peut naturellement sortir du tombeau.

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