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Quel est le premier acte nécessaire à la justification

La justification étant une conversion de nos âmes vers Dieu, le

(I) Supposé qu'on en ait l'usage. L'infusion de la grâce suffit pour les enfants.

premier pas de l'àme pour aller à Dieu, c'est, dit l'Apôtre, un acte de foi : Oportet accedentem ad Deum credere quia est. (Héb., xi, 6.)

5. Quel est, suivant l'ordre naturel, la première des conditions nécessaires à la justification?

Ces conditions sont au nombre de quatre : l'infusion de la grâce, le mouvement du libre arbitre vers Dieu, du libre arbitre contre le péché, et la rémission de la faute. Elles ont lieu simultanément, car la justification n'est pas quelque chose de successif, mais si nous cherchons l'ordre naturel dans lequel elles s'accomplissent, nous trouverons d'abord, du côté de Dieu, l'infusion de la grâce. Pour éclairer un air obscur, il faut d'abord que le soleil envoie sa lumière, puis que les ténèbres s'enfuient. Ainsi, dans la justification du pécheur, la grâce descend, ensuite l'état de péché cesse. Mais considérée du côté de l'homme, la justification suit un ordre inverse : l'homme quitte d'abord le péché ; ce n'est qu'après s'en être séparé qu'il est uni à Dieu et voit sa lumière.

* Si la justification suppose l'infusion de la grâce dans nos âmes, ce n'est donc pas, comme le prétendent les protestants, une simple faveur, une simple bienveillance de la part de Dieu. Si elle suppose un mouvement du libre arbitre, la foi est nécessaire, mais ne suffit pas. Elle n'est pas inamissible, puisque le libre arbitre peut se permettre un mouvement contraire. La doctrine de saint Thomas sur la justification nous fait comprendre la haine des protestants pour la Somme. Ce n'est pas sans raison qu'ils la brûlaient avec les bulles de Léon X (1).

OUEST. CXIV. Le mérite. — 1. Les mots mérite et récompense ont la même signification. Quand un ouvrier m'a donné une journée de son travail, je lui dois une récompense ; il mérite de ma part quelque chose pour l'ouvrage qu'il a fait, la peine qu'il

(l) Les décrets du concile de Trente sur la justification sont extraits presque littéralement de cette question cxui.

s'est imposée. Si la récompense est due par un égal, c'est un droit proprement dit; si elle vient d'un supérieur, ce n'est plus une dette de stricte j ustice : telle est la récompense d'un père à son enfant. Une distance infinie séparant Dieu et l'homme, nous ne pouvons jamais trouver entre eux une justice parfaite. 11 n'y aura qu'une justice improprement dite : c'est quand chacun aura agi selon son mode d'être. Comme nous tenons de Dieu tout ce que nous possédons, nous ne pouvons agir qu'à l'aide de ce que nous en avons reçu. Agissons-nous conformément au but qu'il se proposait en nous comblant de ses dons ? Nous méritons de sa part ce à quoi il nous avait donné la puissance d'arriver. Il en est ainsi de toutes les créatures. Toutes ont les moyens de remplir leurs destinées ; néanmoins toutes ne sont pas récompensées. Le mérite et la récompense ne sont le partage que de ceux qui agissent librement. Si nous n'avions qu'une fin naturelle, le bon usage de nos propres facultés nous acquerrait auprès de Dieu des mérites en rapport avec ces facultés elles-mêmes. Ayant une fin surnaturelle, le bon usage des facultés que Dieu nous donne pour l'atteindre, nous acquiert des mérites du même ordre. La grâce est une semence divine qui se développe dans le cœur du juste, et s'épanouit en œuvres saintes. Ces œuvres méritent l'augmentation de la grâce, embellissent notre couronne de justice, y ajoutent sans cesse de nouveaux fleurons : voilà ce que nous appelons le mérite. Il commence avec la grâce soit actuelle, soit habituelle, qui nous est conférée gratuitement, en vue des miracles de Jésus-Christ. 11 finit quand nous arrivons au terme de notre carrière.

Qu'on ne dise pas avec les hérétiques, que c'est faire injure aux mérites de Jésus-Christ et les accuser d'insuffisance. Nous n'avons de mérites que par Jésus-Christ. Jésus-Christ en est le principe et la source. Unis à lui comme les membres avec la tête, entés en lui comme l'olivier sauvage à l'arbre franc, pour emprunter le langage de l'Apôtre, nous participons à sa vie, nous

puisons dans l'abondance de ses mérites, de sorte que Dieu, en les couronnant dans le ciel, ne fait que couronner ses dons.

2. Quelles sont les différentes sortes de mérites, et à quelles conditions pouvons-nous les acquérir?

Les théologiens distinguent le mérite de condigno et le mérite de congruo. Le premier est un droit strict à la récompense. Il faut pour l'obtenir : 1° être en état de grâce : «Comme une branche ne peut porter de fruit si elle n'est unie à l'arbre, ainsi vous ne pouvez rien pourle ciel, si vous n'êtes unis à Jésus-Christ » (S. Matth.) ; 2° être libre; non pas seulement avoir la liberté intérieure (1), mais être exempt de toute contrainte extérieure ; 3° que l'acte méritoire soit surnaturel, c'est-à-dire inspiré parla grâce ; 4° enfin, que Dieu se soit engagé par promesse à la récompense.

Le mérite de congruo n'est pas un droit : c'est, comme l'indique le mot, une simple raison de convenance. Il n'est pas nécessaire pour l'obtenir d'être en état de grâce : Tobie mérita par ses aumônes le pardon de ses péchés. Une promesse non plus n'est pas nécessaire ; ce serait le mérite de condigno. Mais il faut que l'acte soit surnaturel, et qu'en le faisant nous jouissions d'une pleine et entière liberté.

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