INTRODUCTION. XXXV
le devons pas à la protection de cet ange tutélaire, à ce bouclier dont saint Thomas abrita la foi de nos pères? Car ils entendirent sa voix, nous l'avons eu dans nos écoles, il est un de nos docteurs, et l'Université de Paris l'a toujours regardé comme une de ses plus grandes lumières (1).
On reproche à saint Thomas d'avoir fait un usage trop fréquent des philosophes, des poètes, des orateurs profanes. Mais quoi de plus légitime que de prendre aux païens les vérités qu'ils ont si bien exprimées pour en orner le sanctuaire de la foi? Moïse demanda aux femmes juives leurs pierreries, et fit de ces instruments de vanité les ornements du tabernacle. L'Église, au premier jour du triomphe, ne renversa point les temples de la superstition. Elle brisa les idoles qu'ils renfermaient, et, après les avoir purifiés, les consacra au culte du vrai Dieu. Les Pères, d'ailleurs, avaient assez autorisé saint Thomas, en citant à chaque page les paroles des auteurs profanes.
A l'âge de quarante et un ans, il entreprit d'écrire un livre où il résumerait toutes les connaissances que l'expérience et la méditation lui avaient acquises. Le plan qu'il se propose dans la Somme n'est autre, dans sa simplicité et sa grandeur, que celui de l'univers. Son regard s'élève d'abord à Dieu: éclairé des lumières de la raison et de la foi, il contemple et la substance divine et la trinité des personnes. Il montre ensuite le mouvement d'expansion qui part de la Divinité et peuple les mondes : les créatures spirituelles, les créatures matérielles, l'homme, qui réunit à la fois l'esprit et la matière. Puis il montre le mouvement d'aspiration qui fait graviter tous les êtres vers leur principe, les lois qui les
(l) V. La clé de saint Thomas sur toute la somme théologique, par le sieur de Marandé, conseiller du roi en ses conseils. Paris, 1608.