‹ La Théologie de Saint ThomasChapitre 33 sur 155 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

OUEST. I. — i . Si l'homme n'avait qu'une fin naturelle, il lui suffirait, pour arriver au salut, de connaître les sciences profanes. Elles nous montrent tous les êtres qui composent l'univers, nous élèvent même jusqu'à Dieu et nous en donnent une certaine connaissance ; mais elles ne suffisent pas à l'homme. Il est appelé à une fin qu'il ne peut atteindre par lui-même : « L'œil n'a pas vu sans vous, Seigneur, ce que vous réservez à ceux qui vous aiment. » (Is. , lxiv, 4. ) L'homme ne pouvant tendre vers une fin sans la connaître, il lui faut, outre les sciences profanes, une science sacrée, qui considère au point de vue de la révélation, ce que les premières ne considèrent qu'au point de vue de la raison : c'est ce que fait la théologie.

Il faut à l'homme un enseignement surnaturel, même pour atteindre la notion de Dieu, qui est accessible à la raison. Sans cet enseignement, peu d'hommes y arrivent, encore n'est-ce qu'au prix de longs efforts, et souvent l'erreur se mêle à ce peu de vérités que la raison a si péniblement acquises : cependant ii imi. i

porte à l'homme de posséder, pure et sans mélange, cette vérité dont dépend son salut. Ainsi il fallait, pour rendre le salut de l'homme plus facile et plus sûr, que Dieu lui-même nous instruisît touchant les choses divines ; et la science sacrée, fondée sur la révélation, est nécessaire à l'homme, possédât-il toutes les sciences naturelles.

2. C'est avec raison qu'on donne à la théologie le nom de science. Parmi les sciences il en est qui empruntent leurs principes à une science d'un ordre plus élevé ; ainsi la musique reçoit de la physique les principes du son. Elle les accepte sans les contrôler, part de ces principes et en tire les conséquences dont l'ensemhle forme la science appelée la musique. C'est aussi ce que fait la peinture dans la partie de cette science appelée la perspective. A force d'étudier les propriétés de la lumière, d'après les données de la physique, les peintres ont imaginé cette combinaison des couleurs et des rayons solaires, qui produit dans l'œil une si étonnante illusion. De même la théologie reçoit ses principes d'une science supérieure, celle de Dieu. Dieu a révélé aux hommes certaines vérités que lui seul connaissait ; il a étendu l'horizon qui bornait nos regards. La théologie part de ces révélations et en tire des conclusions dont la réunion forme la science théologique.

3. Quelle est sa méthode ? Est-ce une science d'autorité ou une science de raisonnement? La théologie tire ses preuves à la fois de l'autorité et du raisonnement. Son autorité, c'est celle de Dieu qui a parlé ; c'est celle des prophètes et des apôtres qui ont prouvé par des miracles la vérité de leur témoignage ; c'est celle de l'Eglise, colonne de la vérité. Que manque-t-il à une pareille autorité pour que l'homme raisonnable s'incline devant elle? Si nous sommes obligés de croire deux témoins qui déposent en justice ; si nous croyons avec raison un homme qui nous donne sa parole d'honneur, ne devons-nous pas croire Dieu quand il nous donne la sienne? Nous citons aussi, mais ad abundantiam juris, l'auto-

rite des docteurs et des écrivains profanes ; saint Paul rapporte les paroles mêmes du poëte Aratus (Actes, xvii, 28) (1).

Les théologiens savent aussi manier une autre arme, l'argumentation ; ainsi saint Paul conclut de la résurrection de Jésus- Christ celle de tout le genre humain. La preuve qu'il en donne a la double force de l'autorité et du raisonnement.

Mais l'argumentation de la théologie se fondant sur des principes révélés, que deviennent les conclusions, si l'on nie les principes ? Si vous niez les principes d'une science qui dépend d'une autre, par exemple les principes de la musique, elle vous renverra à la physique ; celle-ci, si elle ne vous convainc pas, vous renverra à la métaphysique, le tribunal suprême qui juge en dernier ressort toutes les sciences naturelles. Ce tribunal vous ramènera, de conclusion en conclusion, à la vérité que vous niez. Si, sceptique absolu, vous rejetez tous les principes de la métaphysique, que pourra-t-elle contre vous? Rien, sinon réfuter vos objections et déplorer vos extravagances. Si vous êtes un hérétique, si, admettant un article de foi, vous en rejetez un autre, que fera le théologien ? Il prendra pour principe de son argumentation l'article que vous croyez, et vous montrera que pour être d'accord avec vous-même, vous devez admettre tel autre article, puis tel autre qui en est la conséquence, et tous enfin sans exception (2).

* Mais si vous révoquez en doute tous nos articles de foi, si vous niez tous nos principes, que fera le théologien, ne pouvant vous renvoyer à une science supérieure à celle de la théologie ? Il vous conduira sur un autre terrain, et, laissant de côté la révélation, vous proposera de discuter avec lui les préambules de la foi. Il vous prouvera par les seules lumières de la raison, que les livres où nous puisons les principes de la théologie et nos articles de

(1) Il faut faire ici une remarque. L'autorité des docteurs n'est une preuve irréfragable que quand ils sont moralement unanimes et comme l'écho de la tradition.

(2) C'est ce qu'a fait Bossuet dans son Histoire des Variations et dans ses Lettres au ministre Claude.

foi, offrent toutes les garanties des livres profanes les plus authentiques ; que, par conséquent, il faut y croire comme on croit aux livres de Tacite et de Tite-Live. Il vous montrera que les rejeter, c'est ruiner les fondements de toute certitude historique. Ainsi j'ai eu raison de dire que la théologie est à la fois une science d'autorité et une science de raisonnement.

4. Son sujet, c'est Dieu. Le sujet est, à l'égard d'une science, ce que l'objet est à l'égard d'une puissance ou d'une habitude. La pierre et l'homme, en tant que colorés, sont également l'objet de la puissance de voir ; de même la théologie considère tous les êtres au point de vue de leurs rapports avec Dieu, qu'il s'agisse de Dieu ou des créatures. Elle le peut, puisque toutes les créatures ont en Dieu leur principe et leur fin dernière. D'ailleurs, toute science est contenue virtuellement dans ses principes. Or ceux de la théologie ne sont autre chose que Dieu révélateur. Voilà pourquoi cette science est appelée Théologie, Discours sur Dieu, im\ 0£<5 'Xo'yoç).

5. On voit par là le rang que la théologie doit occuper parmi les sciences. Les principes de celles-ci tirent directement leur certitude de la raison, qui peut s'égarer. La théologie puise ses principes en Dieu même, raison infaillible et foyer dont la raison humaine n'est qu'un rayon. Quel ordre de vérités nous enseignet-elle ? des vérités d'un ordre si élevé, que notre raison, abandonnée à ses propres forces, n'aurait jamais pu les atteindre. Ce n'est pas qu'elle dédaigne les vérités de l'ordre naturel ; elle accueille avec respect toutes les sciences ; mais elle marche à leur tète et les fait concourir à sa fin, comme l'architecte se sert des ouvriers pour couper les bois, tailler les pierres de l'édifice qu'il veut construire ; comme les magistrats se servent de l'armée pour faire régner la justice et la paix dans l'Etat. Voyons aussi la fin que se propose la théologie. Est-ce de connaître les lois de la germination des plantes, ou celles qui président au mouvement des astres? Elle a une fin plus noble, celle de faire connaître le

bonheur étemel et les moyens d'y arriver. C'est assez dire le rang qui doit lui être naturellement assigné parmi les sciences.

6. Elle est même, à plus juste titre que la philosophie, la science de la sagesse. Le sage est celui qui en toutes choses porte un jugement juste et droit. Que faut-il pour juger sagement une chose quelconque? Remonter à sa cause première. Si vous voulez juger avec sagesse un édifice, étudiez-en les détails, les nefs, la voûte, les colonnes, etc. Puis, à l'aide des connaissances de détail que vous aurez recueillies, remontez à la cause première et cherchez à comprendre le dessein de l'architecte. Il vous en coûtera bien des peines et bien des efforts, et encore votre connaissance de l'édifice ne sera point parfaite. Mais si l'architecte lui-même vous initie à son plan ; si, ajoutant ses lumières à celles que vous a données la seule étude de l'édifice, il vous montre jusqu'à l'évidence l'idée qui en a été la cause première, vous pourrez porter, sur ce monument, un jugement sage et éclairé. De même le théologien, partant de Dieu et revenant sans cesse à Dieu, source de l'être et de la lumière, cherche l'idée qui a présidé à la création. 11 ne répudie pas, dans ses études, les lumières de la raison qui sont très-utiles, mais il y ajoute celles de la révélation. Dieu nous a parlé, il nous a dit le dessein qu'il avait en appelant à la vie la multitude des êtres. Eclairé des lumières de la raison et de la foi, le théologien est sûr de voir la cause première de toutes choses, et par conséquent d'en juger avec sagesse : donc la théologie est la sagesse par excellence : « En suivant cette loi, vous ferez éclater aux yeux des peuples votre sagesse et votre intelligence.» (Deutér., iv, 6.)

*Ce que saint Thomas dit ici de la théologie (n° 5), et les chapitres v, vi et vu du livre I de la Somme contre les Gentils, jettent beaucoup de lumière sur une question vivement agitée de nos jours; celle de l'accord qui doit régner entre la foi et la raison. Elle ne date pas de ce siècle, et, selon toute apparence, il ne la verra point finir. Saint Justin, Minutius Félix et plusieurs autres Pères très-versés dans la philosophie platonicienne, ont traité

longuement cette question, afin de répondre au reproche que l'école d'Alexandrie faisait à la foi chrétienne, d'être l'ennemie de la raison. 11 s'agit de savoir si la foi et la raison, la théologie et la philosophie, s'excluent mutuellement, ou s'il peut exister entre elles quelque harmonie. Deux partis opposés traitent d'illusoire toute tentative de conciliation. Selon les uns, il est superflu de recourir à la foi, la raison pouvant donner à l'homme toutes les lumières dont il a besoin. Les autres prétendent que la raison est impuissante à percevoir par elle-même aucune vérité ; que lhomme ne connaît rien qu'en croyant, et que par conséquent, il faut élever l'édifice de la foi sur les ruines de la raison. Les premiers nient d'une manière claire et nette l'existence d'un ordre surnaturel, et ne conservent du christianisme que le nom. L'erreur des seconds n'est pas moins évidente (1) ; ils ruinent les fondements mêmes de la foi. Si ma raison ne peut saisir aucune vérité, comment recevrai-je celles que Dieu m'enverra, s'il lui plaît de m' enseigner? Comment distinguer les révélations divines d'avec celles des imposteurs qui viendront à moi, se disant envoyés de Dieu ? La raison est le fondement de la foi, et sans la raison la foi n'est plus possible. Dieu ne peut rien révéler aux plantes et aux animaux, parce qu'il ne trouve pas en eux la racine sur laquelle s'épanouit la foi. Ces préliminaires établis, j'essaierai de montrer brièvement quel est le domaine de la raison, et le rôle qu'elle peut remplir à l'égard de la foi. Je tâcherai de le faire sans élever l'une au préjudice de l'autre, en donnant à la foi la place qu'elle doit avoir et sans blesser les droits légitimes de la raison.

Je n'ai pas besoin de la foi pour connaître mon existence. Je pense, donc je suis ; car le néant ne peut penser. Ma raison me montre clairement qu'il n'y a pas de phénomène sans substance, ni d'effet sans cause. Trouvant en moi et autour de moi une multitude de phénomènes et d'effets, je conclus l'existence de mon corps, celle du monde extérieur et celle d'une cause première. Le

(i, Ces deux erreurs ont élé condamnées par le Saial-Siége.

sens intime nie donne la connaissance de mes propres affections , les sens me mettent en rapport avec le monde matériel, me permettent de l'explorer et d'en comprendre les lois, au moyen des principes évidents, des idées claires que possède ma raison, et d'où découle toute connaissance naturelle. Outre les premiers principes, le sens intime et la sensibilité, il est pour l'homme un principe de connaissance dont on ne peut révoquer en doute la puissance; c'est le témoignage. Je n'ai jamais été à Rome ; cependant je suis aussi sûr de l'existence de cette ville, que si mes yeux l'avaient vue. Pourquoi? c'est qu'un nombre suffisant de témoins me l'affirment. La raison peut aussi connaître par ellemême les motifs de crédibilité qui sollicitent notre foi. Quand Moïse se présenta de la part de Dieu au peuple hébreu, il ne demanda point qu'on le crût aveuglément. Il prouva la divinité de sa mission en faisant devant le peuple tout entier des prodiges que le Maître de la nature pouvait seul opérer. Pourquoi Jésus- Christ fit-il de si nombreux et de si éclatants miracles ? Parce qu'en demandant à l'homme sa foi, il voulut le traiter avec les égards dus à une créature raisonnable. La grâce perfectionne, ne détruit pas la nature.

Les principaux motifs de crédibilité sont la sublimité de la doctrine chrétienne, les miracles, les prophéties, la propagation et la conservation de l'Eglise malgré les puissances qui ont tant de fois entrepris sa ruine. La raison attentive peut aussi distinguer la véritable Eglise d'avec celles qui en usurpent faussement le nom. Jésus-Christ, nous ordonnant d'entrer dans son église, a dû nous donner les moyens de la reconnaître. Toutes les fois que les savants attaquèrent l'Église, Dieu lui envoya des docteurs qui mirent en évidence ces motifs de crédibilité et montrèrent qu'il n'est rien de plus raisonnable que de croire : a Ce n'est pas en vous racontant des fables ingénieuses que nous vous avons fait connaître l'avénementde Jésus-Christ. » (II S. Pierre, i, 16.)

Si les motifs de crédibilité satisfont si bien les droits de la rai-

son, ne détruisent-ils pas la liberté et le mérite de croire? On peut en avoir une connaissance approfondie, et s'obstiner dans - 1 incrédulité. Il y a, dit Suarez, une différence entre Dieu révélateur et tel fait dont nous sommes témoins ou convaincus par le témoignage ; entre l'évidence de la chose révélée et l'évidence de la crédibilité. L'une donne à l'esprit une certitude immédiate et absolue ; l'autre, une certitude médiate et morale, dépendant beaucoup de la disposition où se trouve le sujet qui la reçoit. Or, la seule évidence métaphysique entraîne irrésistiblement l'esprit. Les Pharisiens avaient sous les yeux les miracles du Sauveur, et cependant ils ne crurent point. Le grand obstacle à la foi, ce n'est pas l'insuffisance des motifs de crédibilité, c'est l'esprit plein de lui-même et aveuglé par l'orgueil, ce sont les préjugés et les passions qui nous sont chers et qu'il faudrait sacrifier pour mener une vie conforme aux enseignements de la foi.

Ce qui précède montre qu'on peut avoir touchant la même vérité la science et la foi. Mes lumières naturelles me font connaître l'existence de Dieu et ses attributs, la providence qui gouverne tout, la liberté, la spiritualité de mon àme, et me font espérer son immortalité. Mais ce n'est qu'une initiation, une science commencée et bien imparfaite. Si Dieu daigne y ajouter de nouvelles lumières, mon horizon s'étendra, mes regards mieux éclairés saisiront plus distinctement les objets qu'il embrasse, et, loin de nuire à ma science, la foi l'élèvera à un plus haut degré de perfection. La vision intuitive seule exclut la foi ; cette vertu ne cessera d'exister que quand les énigmes de cette vie étant découvertes, nous verrons dans sa splendeur le soleil de vérité, dont nous voyons maintenant quelques rayons dans le miroir des créatures et à travers les voiles de la foi.

La foi ne demandant pas de nous, on vient de le voir, un consentement aveugle, comment dire qu'elle éteint la raison, et qu'on ne peut être croyant sans cesser d'être une créature raisonnable ? La raison et la foi ont un même auteur, le Père des lumières ; ce

sont deux rayons sortis d'un même foyer, deux flambeaux que Dieu nous a donnés pour traverser une contrée nébuleuse. Pourquoi éteindre l'un ou l'autre, et qui en aurait le droit?

Il est aisé de voir que loin d'étouffer la raison, la foi doit en favoriser le développement. La raison qui a la foi pour appui sait qu'elle repose sur un fondement inébranlable. Elle ne sera point le jouet de folles illusions, ne dissipera point en vains efforts les puissances qui doivent la conduire à la vérité. Pleine de sécurité dans les lumières qui éclairent sa route, elle évitera les écueils où tant d'esprits moins favorisés qu'elle ont fait naufrage, et s'élèvera à une hauteur qu'elle n'aurait jamais connue sans le souffle qui l'a inspirée. N'est-ce pas sous l'inspiration de la foi que les sciences et les lettres ont jeté le plus grand éclat ; qu'ont fleuri les études historiques, philologiques, etc. ? N'est-ce pas à la foi que les peuples chrétiens doivent la splendeur de leur civilisation, et le monde moderne, sa supériorité sur le monde ancien? L'Asie et l'Afrique avaient laissé loin derrière elles Athènes et Rome païennes. Les ténèbres de la barbarie couvrent de nouveau ces contrées qui furent le berceau de la foi, parce qu'elles en ont éteint le flambeau. Les chefs-d'œuvre dont se glorifient les lettres, les sciences et les arts sont dus, la plupart, à des hommes de foi. C'est pour défendre, expliquer et développer nos dogmes, que les Pères de l'Eglise ont donné au monde ces innombrables écrits, si précieusement recueillis et si habilement mis en corps de doctrine par les savants du moyen âge, saint Anselme, saint Bonaventure et surtout saint Thomas. Etaient-ce des ennemis des lumières, les Bossuet, les Fénelon, les Mallebranche et tant d'autres qui avec une foi vive ont si bien justifié les droits de la raison?

Cependant, si tels sont les droits sacrés et inviolables de la raison, il ne faut pas en conclure qu'elle doive avoir l'empire sur la foi, et soumettre celle-ci à notre libre examen. La foi, nous le verrons plus loin, est l'adhésion pleine et entière à la parole de

Dieu, proposée comme telle et interprétée par qui en a reçu de Dieu le pouvoir. Si, suivant le principe fondamental du Protestantisme, on attribue ce pouvoir à l'esprit privé de tout fidèle, la foi, n'ayant plus le fondement que Dieu lui a donné, n'existe plus. Aussi le Protestantisme, après s'être divisé en mille sectes différentes, est-il tombé dans le rationalisme qui est la négation du christianisme. Il a produit de nos jours cette doctrine perverse qui soutient l'identité de la religion avec la philosophie, qui confond Dieu avec le grand tout, nie l'existence individuelle de l'âme, ne voit dans les dogmes chrétiens que des mythes, dans Jésus- Christ même qu'une idée de l'humanité. Il faut donc contenir la raison dans de justes limites, la soumettre en toute chose à la parole divine. L'Eglise étant dépositaire de cette parole, infaillible en sa qualité d'organe de Dieu, nous devons rendre hommage à son autorité, et croire fermement tout ce qu'elle enseigne de la part de Dieu, même les mystères dont notre raison ne peut sonder la profondeur. Notre raison a des limites au delà desquelles elle ne saurait envoyer sa lumière; elle laisse, même dans la sphère où elle rayonne, bien des ombres et bien des obscurités. Qu'y a-t-il d'étonnant, si l'Église, organe de Dieu dont elle emprunte les lumières, m'enseigne parfois des choses que ma raison seule ne découvre point? Mon devoir n'est-il pas de m'incliner devant ses oracles, de recevoir dans un cœur docile et reconnaissant, le bienfait de cette foi qui est déjà pour le véritable croyant l'aurore des clartés éternelles?

Je conclus en disant que la foi est la règle suprême de l'homme et que, suivant le langage de saint Thomas, une raison bien ordonnée en est la servante. Ce ne sont pas deux rivales, mais il me semble peu exact de dire que ce sont deux sœurs. Ce serait supposer le même éclat à la lumière qui nous vient directement de Dieu, et à celle qui, n'en venant qu'indirectement, a encore été affaiblie par le péché.

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