‹ La Théologie de Saint ThomasChapitre 48 sur 155 · Conserve-t-il l'être par lui-même, immédiatement · texte numérisé non relu

Conserve-t-il l'être par lui-même, immédiatement

Il conserve par une action immédiate l'être des créatures, mais laisse à des causes secondaires le soin de conserver en éloignant les obstacles. Ainsi on voit quelquefois une longue suite de causes subordonnées les unes aux autres et remontant jusqu'à lui. D'autres fois, une seule créature a la vertu d'en conserver d'autres : le sel conserve la chair en éloignant la putréfaction. L'être seul relève immédiatement de Dieu.

3. La Providence ne laisse rien tomber dans le néant. S'il s'agit de créatures spirituelles, je vous ai dit, en parlant de l'immortalité de l'âme, les raisons de croire qu'elles ne s'anéantissent pas. S'il s'agit de choses matérielles, en se corrompant, elles en produisent d'autres. Voilà ce qui arrive, suivant le cours or-

dinaire de la nature. Quant à une créature qui viendrait d'un miracle, on peut faire un argument à fortiori. Dieu, en dérogeant aux lois communes, veut manifester sa bonté d'une manière plus éclatante. Or le néant ne manifeste rien. « J'ai appris que les œuvres de Dieu demeurent éternellement. » (Eccl., m, 14.)

OIEST. CV. Un autre effet du gouvernement de la Providence, c'est le changement quelle produit sur les créatures et celui qu'elles se font subir les unes aux autres. — 1. Dieu, pur esprit, peut-il mouvoir les corps ? La matière, suivant Aristote, est la puissance, et la forme, l'acte d'un être matériel. Or la matière dépend de la puissance active de Dieu, qui l'unit à une forme, et la met ainsi en acte. — Le mouvement qui entraine les corps dépend de leur forme. C'est en vertu de sa forme qu'un corps est grave ou léger, qu'il se meut et produit telle action : ainsi le feu a par sa forme spécifique la vertu de chauffer et d'éclairer. Donc le mouvement, la forme et la matière relèvent du même pouvoir, et celui qui le possède a la faculté de les mouvoir à son gré et dans tous les sens. C'est, du reste, ce que suppose l'œuvre des six jours. — Dieu étant esprit, ne les touche pas et n'en est pas touché, il ne fait qu'agir spirituellement sur les corps.

2. Il peut mouvoir l'intelligence de ses créatures. « Dieu enseigne la science à l'homme. » (Ps. xcm, 10.) On appelle moteui •les corps celui qui leur donne leur forme, principe du mouvement. De même on donne le nom de moteur des intelligences, à celui qui donne la forme intelligente par laquelle on comprend. Il faut à la créature, pour comprendre, une faculté et une image intelligible qu'elle perçoive. Dieu donne et conserve l'une et l'autre. Etant le premier des êtres immatériels, c'est de lui que tout esprit lient l'être, car le premier dans un genre est la cause de tout ce qui vient après lui. Il meut donc les intelligences en ce sens qu'il leur donne la faculté naturelle ou surnaturelle de comprendre, qu'il imprime en elles les espèces intelligibles, et conserve les unes et les autres.

3. Dieu peut-il mouvoir notre volonté? «Il opère en nous le vouloir et le faire.» (Phil., n, 13.) Dieu est, en sa qualité de bon, l'objet de la volonté, comme il l'est de l'intelligence, en sa qualité de souverainement intelligible. La volonté, en voyant son objet tout entier, s'y attache par un mouvement spontané et irrésistible : c'est là sa fin et son bonheur. Lui seul totalement compris peut lui imprimer cet élan, car tout moteur doit surpasser, ou au moins égaler en force, le mobile. Or l'attrait d'un bien particulier est inférieur à la force passive de la volonté. Elle est douée d'une telle force de résistance que la vue du bien universel peut seule la vaincre.

D'ailleurs, la puissance de vouloir le bien universel vient de Dieu. C'est lui qui nous fait aspirer vers ce bien, qui nous en fait chercher une parcelle dans la créature, comme c'est le chef de l'État qui fait tendre les efforts particuliers vers le bien commun. Ainsi Dieu agit sur notre volonté en l'inclinant vers le bien universel.

On objecte la liberté de la volonté : Voluntas cogi non potest.

C'est là une proposition, sinon un axiome de la saine philosophie. Mais si le mouvement qui m'entraîne me plaît et m'est naturel, est-ce que ma volonté est forcée ? Quelle violence subit le fruit qui se détache de l'arbre et tombe à. terre ? Le fleuve qui descend des montagnes, traverse la plaine et porte ses eaux à l'Océan ?

On dit encore : Le mouvement s'attribue toujours au moteur principal. Vous n'accusez pas la pierre qui tue un homme, mais celui qui l'a lancée. Si un autre que moi entraîne ma volonté, je ne puis ni mériter, ni démériter, au moins tant que dure son influence sur ma volonté?

On oublie de remarquer qu'outre le moteur étranger dont je parle, il y a en nous un principe qui nous appartient. C'est l'acquiescement de votre volonté, le plaisir qu'elle a naturellement de subir l'influence de Dieu. La pierre lancée n'a pas de mouve-

ment qui ne lui vienne du dehors. Cette observation nous montre comment l'action de Dieu sur nous se concilie avec notre liberté.

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