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La loi n'obligeait-elle que les Juifs

Les préceptes de la loi naturelle renfermés dans la loi mosaïque, obligeaient, comme aujourd'hui, tous les peuples. Quant aux autres préceptes, les Juifs seuls étaient tenus de les suivre ; Dieu les leur avait inspirés par respect pour le Messie qui devait naître d'eux. C'étaient donc des obligations particulières qui faisaient leur gloire et que n'avaient pas les autres peuples ; on les compare aux obligations spéciales que contractent les prêtres, les religieux ; elles ne pèsent que sur eux, les laïques n'y sont pas astreints et peuvent se sauver sans les suivre. C'est ainsi que les Gentils ont pu faire leur salut sans observer la loi mosaïque.

7. Le temps où vivait Moïse a-t-il été bien choisi pour l'établissement de la loi ?

Toute loi s'impose à deux classes d'hommes, les méchants et les bons. Les méchants, enflés d'orgueil, prétendent que la raison leur suffit pour connaître leurs devoirs, leurs forces pour les pratiquer. Le temps écoulé depuis Adam jusqu'à Moïse avait effacé les notions les plus claires. Tous les peuples, au temps d'Abraham, étaient tombés dans l'idolâtrie et se plongeaient dans les vices les plus honteux ; ils avaient presque oublié la lumière naturelle , et en perdaient toujours quelques rayons , semblables à un homme qui descend dans des lieux souterrains et qui perd peu à peu la lumière du jour. Ces ténèbres ayant humilié l'orgueil des méchants, Dieu vient à leur secours en leur donnant la loi écrite. Ils avaient de nouveau la science; il fallait

aussi qu'ils fissent l'expérience de leur faiblesse. C'est pourquoi Dieu, après leur avoir donné la loi, les livra à eux-mêmes l'espace de quinze cents ans, durant lesquels des chutes sans nombre n'ont que trop prouvé leur faiblesse et montré leur impuissance. Quant aux bons, le temps de Moïse ne fut pas moins bien choisi ; les lumières naturelles s'obscurcissant, il leur fallait le secours d'une loi écrite, et leur fidélité les conduisit insensiblement à la perfection de la loi de grâce.

OUEST. XCIX. Différents préceptes de V ancienne loi. — 1 . Les préceptes de l'ancienne loi se tenaient entre eux et ne faisaient qu'un, considérés du côté de leur fin, la préparation à la venue du Messie, mais ils étaient multiples, considérés comme moyens d'arriver à cette fin. Le but principal de la loi humaine est de faire régner la paix entre les hommes ; de même, le but de la loi divine est de faire régner l'amour entre les hommes et Dieu. Une condition nécessaire pour produire l'amour, c'est la ressemblance : tout être aime celui qui lui ressemble. Il faut donc, si nous voulons prétendre à l'amour de Dieu, que nous lui ressemblions : Sancti eritisy quia ego sanctus sum. Or, c'est la vertu qui rend l'homme bon, et qui, par conséquent, produit en nous l'image du Dieu très-bon. La loi devait donc renfermer divers préceptes moraux, concernant les différentes vertus qui produisent le bien dans l'homme.

Elle renfermait de plus des préceptes cérémoniels. Etablie spécialement pour régler les rapports qui doivent exister entre les hommes et Dieu, comme la loi humaine, pour régler surtout les rapports des hommes entre eux, la loi ancienne ne devait oublier aucun de ces rapports. Ont-ils seulement des rapports intérieurs? Non ; il ne suffit pas de croire, d'espérer et d'aimer. Il faut encore des actes extérieurs pour montrer aux hommes le culte intérieur qu'on rend à Dieu. Ce qui regarde cette profession extérieure s'appelait cérémonies, et les préceptes qui la réglaient, préceptes cérémoniels.

Saint Thomas rapporte deux étymologies de ce mot. 11 se compose de Cœres munia, présents de Cérès, soit parce que les dons offerts à Dieu étaient souvent de farine et de blé, soit parce qu'après la prise de Rome par les Gaulois on transporta tout ce qui concernait le culte des dieux dans une petite ville d'Etrurie appelée Cœris ou Cérès.

Enfin la loi ancienne contenait des préceptes judiciaires. Elle devait régler nos rapports avec Dieu, et les rapports des hommes entre eux. La loi naturelle ne nous donne, dans les sciences spéculatives et les sciences pratiques, que la connaissance des principes généraux; la loi mosaïque a suppléé à son insuffisance par des préceptes moraux : vous ne commettrez pas de vol, d'homicide; par des préceptes cérémoniels, déterminant d'une manière précise le culte qu'il faut rendre à Dieu; par des préceptes judiciaires, en réglant les rapports des hommes entre eux. C'est pourquoi saint Paul, après avoir dit que la loi est sainte, parle des trois sortes de préceptes qu'elle renferme. Le précepte est juste, dit-il, faisant allusion aux préceptes judiciaires; il est saint, parlant des préceptes cérémoniels ; il est bon, désignant l'effet des préceptes moraux.

2. Les Hébreux avaient-ils un motif suffisant d'obéir à la loi?

Les hommes, dans les sciences spéculatives, vont des principes aux conclusions par voie de raisonnement. Pour obtenir de l'auditeur son assentiment à ces conclusions, il faut les mettre à la portée de son intelligence et le conduire du plus au moins connu, en lui offrant ce qui est le plus capable de lui faire impression. Ainsi de petits présents excitent l'affection des enfants et les portent avec ardeur au travail. Ce qui porte le plus efficacement les hommes à l'obéissance et au respect de la loi, c'est la récompense ou le châtiment. Les biens de la terre sont dignes d'un homme imparfait, pleins d'attraits pour l'homme qui commence l'édifice de sa perfection ; à l'homme plus avancé, il faut des biens supérieurs; on lui offre les biens du ciel. La loi promettait les pre-

miers aux Hébreux, qui étaient, comparés aux chrétiens, ce que l'enfant est à l'homme fait. Donc elle répondait à leurs dispositions, et leur proposait un motif convenable de l'observer.

QUEST. C. Préceptes moraux. — 1 . Les préceptes moraux que renfermait la loi sont-ils de droit naturel?

Ces préceptes regardent les bonnes mœurs dont la raison est la règle. Il y a des choses que la raison spéculative aperçoit sans effort, comme les premiers principes. D'autres ne sont connues que des sages : ce sont les conclusions éloignées. De même la raison pratique révèle à tous certains principes : Honore ton père et ta mère, etc. 11 y a d'autres principes secondaires qui ne sont pas à la portée de tous, mais seulement des intelligences éclairées : Levez-vous devant une tête couronnée de cheveux blancs, et honorez la personne des vieillards. Enfin il y a des préceptes moraux que la raison seule n'aurait jamais pu découvrir, et qu'elle ne connaîtrait pas sans un enseignement surnaturel : Non faciès tibi sculptile, non assumes nomen Dei tui in vanum. Ainsi les préceptes moraux appartiennent à la loi naturelle, mais n'en dérivent pas tous de la même manière.

2. La loi avait-elle des préceptes concernant toutes les vertus? Elle établissait l'ordre et l'harmonie dans les rapports de

l'homme avec Dieu. Quel est le fondement de tous ces rapports? La raison, car c'est par elle que nous sommes l'image de Dieu. Il fallait donc que la loi donnât à la raison de l'homme une disposition en harmonie avec Dieu. C'est ce quefont toutes les vertus intellectuelles et morales. Mais si la loi commandait des actes de toutes les vertus, elle ne les ordonnait pas tous de la même manière. Elle faisait une obligation rigoureuse des actes sans lesquels l'ordre de la vertu, qui est celui de la raison, ne saurait subsister , elle conseillait seulement ceux qui ont pour but de rendre la vertu plus parfaite.

3. Les préceptes du Décalogue sont-ils rapportés dans un ordre convenable?

Ils supposent que le genre humain ne fait qu'une communauté dont Dieu est le père et le chef. Pour qu'une communauté soit bien ordonnée, que faut-il? L'ordre des membres envers le chef, l'ordre des membres entre eux. On. doit au chef fidélité, respect, obéissance. Vous n'aurez pas de dieux étrangers, disait la loi. Vous ne prendrez pas en vain le nom du Seigneur votre Dieu. Vous sanctifierez le jour du sabbat, en souvenir du repos de Dieu après la création.

Elle établit entre les membres de la communauté un ordre non moins parfait. Honorez votre père et votre mère. Ne faites pas de tort au prochain, soit en commettant l'homicide, la fornication, le vol ; soit en portant un faux témoignage. Quant à vous, surveillez jusqu'aux mouvements de votre cœur et ne l'abandonnez pas à de mauvais désirs : Non concupisces.

4. Les préceptes du Décalogue sont-ils susceptibles de dispense ?

On peut dispenser dans le cas où l' observation de la loi serait contraire à la volonté du législateur. Quel est l'objet de cette volonté ? Le bien commun et la justice entre tous. Il n'est pas au pouvoir du législateur de vouloir le contraire. Qu'il défende de trahir la patrie, de livrer une ville à l'ennemi, de blesser aucun droit, il ne pourra jamais en dispenser. De quoi donc peut-il accorder dispense? De ce qui est le moyen, non la fin de la loi. Par exemple, gouverneur d'une province, j'ordonne que tous les habitants de telle ville assiégée marcheront à sa défense. Prévoyant que plusieurs me seraient moins utiles Sur le champ de bataille que dans mes conseils, je puis les dispenser de la loi. Le même cas peut-il se présenter à l'égard des préceptes du Décalogue? Ceux de la première table réglant nos rapports essentiels avec Dieu; ceux de la seconde, nos rapports essentiels avec -les hommes, Dieu ne peut les changer, il se nierait lui-même. 11 ne peut me dispenser envers lui du devoir de l'adoration , envers les hommes, du devoir de la justice.

OUEST. CI, CH, CIII. Préceptes cèrèmoniels. — 1. Ils étaient figuratifs.

La loi réglait le culte que les Hébreux devaient rendre à Dieu. Ce culte, intérieur et extérieur, devait porter devant Dieu les hommages de l'homme tout entier : Cor meum et caro mea exultaverunt in Beum vivum. (Ps. lxxxiii, 3.) Le second se rapporte à Dieu par le premier, comme le corps s'y rapporte et n'a de valeur que par l'âme. Le culte unit donc l'âme à Dieu et varie suivant la manière dont cette union s'accomplit. Dans la patrie, ce ne sera plus qu'actions de grâces et louanges : Gaudium et lœtitia invenielur in ea, gratiarum actio et vox lundis. (Is., lj, 3.) En ce monde, le rayon de la lumière divine ne brille à nos yeux qu'à travers des voiles sensibles. Sous l'ancienne loi, non-seulement l'âme n'avait pas la vision comme dans la patrie, mais la voie qui y conduit ne lui était pas même ouverte. C'est pourquoi le culte de l'ancienne loi devait figurer et la patrie céleste et le Messie qui en ouvrirait la voie. D'ailleurs, il valait mieux donner à un peuple grossier comme les Juifs, les mystères divins cachés sous le voile des figures. Ils en avaient au moins une connaissance implicite, et par le moyen de ces ligures, rendaient hommage au vrai Dieu.

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