INTRODUCTION
Les recherches sur Tertullien sont à l'ordre du jour en France : en moins de trois ans il vient d'être étudié du point de vue littéraire, du point de vue politique et moral et du point de vue archéologique. Déjà l'Allemagne lui avait consacré d'importants travaux, entre lesquels ceux de M. E. Noeldechen ' tiennent le premier rang par l'étendue et la variété. Une curiosité si vive s'explique par la valeur originale de l'œuvre et par son multiple retentissement dans la tradition de l'Église latine. Les secours ne manquent donc pas à qui entreprend de pénétrer la pensée du docteur africain. Nous avons abordé la s^m thèse de sa théologie, et sur ce terrain même on nous avait devancé. Dans son Cours de Sorbonne (^1861-62), œuvre de doctrine siire et de raison lumineuse, l'abbé Freppel - a
1. Non content d'écriro sur Tertullien un livre c-d[)iVdl{Terli(lUan, Gutha, 1890), ce savant a dispersé dans divers recueils des mémoires parfois très étendus, dont la réunion formerait plusieurs volumes. La plupart sont l'numérés par Alb. Elirhard : Die allclirislliche Lilleralurund ihre E)-forîschvng von 1884-1900. Ersle Abi., die vornicnnische Litlerntur. (Freibnri;- i. B.. 1900), p. 4'^9, 430, 439,411.
2. Freppel, Cours d'éloqwme sacrée {'ail en Sorbonne; Tertullien, 2 in-N, Paris, 18(>4; 2" éd. 1872. Nous citerons la 1'" ('dition.
A côté de cet ouvrage cathoiiriue, siLrnalons deux ouvrages protestants,
THÉOLOGIE DE TERTLI.I.IIN. «
Il TUKOI.OCIK DE TEHTULLIK X.
touche presque toutes les questions que soulève la lecture de Tertullien. et indiqué les solutions vraies, encore qu'il sacrifie quelquefois à un certain optimisme tluiologique, prompt à revendiquer pour la tradition des témoignages précaires. Nous n'avons pas entrepris de refaire ce livre excellent, mais bien de faire autre chose. Les longueurs et les digressions inséparables de l'enseignement oral no convenaient pas à un instrument de travail : notre livre ne veut être que cela.
La vie de Tertullien a été si souvent racontée qu'il suffira d'en rappeler ici les circonstances principales K 11 naquit vers l'an 155. Carthaginois, fils d'un centurion, il grandit dans le paganisme. Sa jeunesse fut licencieuse ~. Cependant de fortes études préparaient, à son insu, le futur apologiste chrétien. A la formation oratoire des écoles, il joignit des connaissances philosophiques, juridiques surtout, et médicales. Dans son âgemùr, il embrassa le christianisme, avec la fougue d'un tempérament africain. Il eut une épouse chrétienne. Saint Jérôme ajoute qu'il fut prêtre. Sa vie s'écoula à Carthage; nous savons d'ailleurs qu'il connaissait Rome ^. Après dix ans au moins de luttes pour l'Eglise et de travaux apostoliques, un zèle intempérant, compliqué d'illuminisme, l'entraîna (au plus tard en 207 i dans la secte de Montan. 11 ne parait pas y avoir trouvé le repos; mais quinze ans après la rupture il combattait l'É-
rcmarquables à divers égards : A. Neander, Anligno.'dlcKS. Geisi dea Terlullian und Einleilung in dessen Schriflcn (2"' Aiifl., Berlin, 1819), d'ordinaire pénétrant comme analyse; A. Hauck , TerluUians Leben und SchrifWii (Erlangen, 1877), plus synthétique et plus complet.
1. Voir saint Jérôme, De vir. illusl.'ùo; Eusèbe, //. E. -2, ,', 1.
"2. De resurreclionc carnis, 59.