‹ La théologie de TertullienChapitre 19 sur 455 · Jud. G · texte numérisé non relu

Jud. G

2. Voir E.Noeldeclifn. TcrluUian's f/egen die Judcn auf ElnlicU, Echtheil, Enlstehung, gcpriift ; dsinfi T. UA. 12(1894), !)2 pp. Los preniit'res pages de cette étude sont consacn'-es aux premiers monuments de la controverse judéochrétienne {Dialogue d'Arislon de Pella, Testament des douze patriarches, Épitre de Bnrnalic). Puis l'auteur montre (p. o sq.) le lien étroit qui rattache l'anivre (le Tertullien au dialogue avec Tryphon.

Un doute plane sur l'authenticité des dernières pages adv. Judaeos, àcause de leur parenté manifeste avec l'Antimarcion. (Voir les textes parallèles, disposées très commodément par Semler, Dissertalio de varia et incerta

PHOPHKTIES MESSIANIQUES. 9

verse revêt une forme un peu différente : Marcion distinguait non seulement deux Testaments, mais deux économies divines, deux dieux, deux Christs. Il fallait, récriture en main, prouver à cet hérétique l'identité de Jésus, le Christ du Nouveau-Testament, avec le Messie des prophètes. Entre les deux ouvrages de Tertullien, les points de contact sont nombreux; nous puiserons dans Tun et dans Tautre, et pour plus de clarté nous établirons quelques catégories dans la longue série des oracles bibliques.

1'^ Prophéties concernant le règne du Christ. Is. 45, 1 sq.; Ps. 18, 5.

Le Christ est déjà venu : Tertullien nen veut povir preuve que les conquêtes de FEvangile'. Ce fait, qui s'impose à l'attention du monde entier, est le premier qu'il rappelle aux Juifs.

indole librorum Tertidllani ; reproduit dans Oclder, t. ?>, p. 040 sq). Plusieurs critiques supposent que Tertullien s'est copié lui-nièuie; ainsi Kaye (Londres. 1845), Grotemeyer (Ivempen, 1865), Noeldeclien, 1. c. p. 46 sq. Partisan résolu de l'authenticité totale, M. Noeldechen voit dans la fin du traité un recueil un peu confus de matériaux, mis plus tard en œuvre dans l'Antiniarcion. D'autres pensent que, si Tertullien s'était copié luimême, il l'aurait l'ait avec pUisd'ind('pendance; ils font oljserver en outre que l'Antimarcion, et non le traité adv. Judaeus, semble avoir conservé la rédaction originale, car on n'y trouve pas les incorrections et les incohérences qui distinguent ce dernier écrit. Xeander a précisé ces conclusions {Anlif/noslicus -, 1849, p. 458-467), en admettant que la lin du traiti' (9-14) est due à un compilateur qui a puisé' surtout dans le 1. 3 adv. Marclonem. Voir, dans le même sens : Bœhringer (Zurich, 1864), Ilauclc (Erlangen, 1877), Corssen (Berlin, 1890), Krueger (1890, Cenlralblatt n. 45), Schanz (Miinchen, 189.>, Geschichte der rom. LUI. t. 3, p. 260), Einsiedler (1897, de TertuHiani adversus Judneos lihro, n'ponsc à Noeldechen), '.ierhard Esser (1898, dans le Kirchenlexicun del^ribourg, t. 11, 1416). Au reste, la question n'est pas d'une importance majeure. 11 n'y a pas de raison pour suspecter les huit premiers chapitres (la meilleure partie du c. 8 : Unde if/ilur... praediclas a Dantele, est citée comme de Tertullien par saint .Jérôme, connnentaire in Danielem 9, P. L. '2.j, 549-551). Dans la partie contestée (9-14), la plupart des développements se retrouvent dans l'Antimarcion; donc on peut les citer comme du Tertullien authentique. Restent quelques pages (surtout c 13 pres(jue entier) dont on ne peut indiquer la provenance. — Tout n'cemment, M. Ilarnack (Chronologie der ACL. 2, p. 291) suggérait une solution très ingiMiieuse : les dernières pages ac/u. Judaeos auraient été empruntées par Tertullien lui-mènuî à la l'° ou a la 2" édition de son Antinjarcion, et mises là telles quelles, sans souci dès incohérences de détail; notre Antimarcion, qui est une 3° édition, présenterait la rédaction di'linitive.

10 THÉOLOCIE DK TKUTLLMEX.

Dès le jour do la Pentecôte, les représentants des peuples les plus divers sont entrés dans l'Kglisc : Parthes, Mèdes, l*]lamites, gens de Mésopotamie, d'Arménie, de Phryg-ie, de Cappadoce, de Pont, d'Asie, de Pampliylie, d'I^gypte, de Cyrénaïque, Romains et Juifs. Tertullien complète lénuniération commencée par les Actes des Apôtres : diverses tribus Clétules, une bonne partie de la Mauritanie, toute l'Espagne, plusieurs nations des Gaules, les Bretons, dans leurs retraites encore inaccessibles aux armées romaines mais déjà soumises au Christ, les Sarmates, les Daces, les Germains, les Scythes, et tant d'autres peuplades, tant de provinces et d'îles reculées, dont on ignore même les noms ! Le Christ a pénétré là ; là son nom règne ; les portes des cités se sont ouvertes devant lui ; il a brisé les barres de fer et forcé les battants d'airain. Voilà ce règne prédit par les prophètes; règne spirituel, qui livre au Christ laccès de cœurs fermés par le démon, règne universel, auquel seul convient la description prophétique. Car Salomon ne régna que sur Juda, de Dan à Bersabée; Darius sur les Babyloniens et les Parthes, Pharaon sur l'Egypte, Nabuchodonosor de l'Inde à l'Ethiopie; Alexandre de Macédoine ne posséda guère que l'Asie; les Germains s'arrêtent à leurs frontières, les Bretons à l'Océan: les Maures, les Gétules et autres barbares aux limites posées par les armes romaines. Rome elle-même, occupée de se défendre contre la barbarie, ne peut reculer les bornes de son empire. Le nom du Christ étend partout ses conquêtes; partout il a des croyants, partout des adorateurs, partout il règne. Egal à tous, sans faveur pour les grands comme sans dédain pour les humbles, le Christ ne fait pas acception de personnes : partout il est roi, partout juge, partout Dieu et Seigneur ^.

1. II S(M'ait tomérairo de prétendre évaluer avec précision la population chrétienne de l'empire à la fin du deuxième siècle; mais on ne peut douter que le chiffre n'en lût très élevé. Les assertions de Tertullien, niaign'' leur caractère oratoire, ne sauraient être négligées, surtout pour l'Afrique latine. Jlêrne en faisant la part de l'exagération, il est évident que le nombre croissant <les fidèles inquiétait les païens, et pourtant le soin qu'ils prenaient de se dissimuler devait diminuer les alarmes de ceux qui ne voulaient pas croire au péril chrétien. — Voir Ap. 1 : Obsessani vociferantur civitatem : in agris, in castellis, in insulis christianos; omnem

2» Prophétie des 10 semaines^ : Dan. 0, 1-2. 21-27.

Cette prophétie, qui précise le temps de la venue du Messie, avait, pour la controverse juive, une importance capitale. Tertullien devait donc en aborder l'exégèse, comme l'abordaient, vers le même temps, saint Ilippolyte, Jules Africain, Clément d'Alexandrie, Origène. Ces commentaires présentent quant aux principes et quant aux conclusions, des divergences importantes-. En particulier, saint Ilippolyte et Jules Africain s'inspirent d'idées eschatologiques dont le c. 8 adv. Judaeos ne porte pas la trace.

Voici, d'après Tertullien, la substance de la prophétie.

Il admet 62 1/2 semaines d'années depuis l'époque de la vision jusqu'à la naissance du Christ; puis 7 1/2 semaines d'années, qui verront s'accomplir la passion du Christ et finiront à la ruine de Jérusalem. La naissance du Christ, arrivée l'an 15 avant la mort d'Auguste, sera la manifestation de la justice éternelle; le Saint des saints, c'est-à-dire le Christ, recevra l'onction divine; il mettra le sceau à la vision et à la prophétie, c'est-à-dire que, par son avènement et sa mort, les oracles anciens recevront leur accomplissement ; il n'y aura plus de place, après lui, pour le ministère prophétique, selon la parole de rÉvangile : La loi et les prophètes jusqu'à Jean-Baptiste. (Mat. 11, 131. Le Christ ayant, par son baptême, sanctifié les eaux, concentre en lui-même tous les anciens charismes, met le sceau

sexuiu, aetatem, condicioncm, etiam dignitatem traiisgredi ad hoc nomen quasi dotrimento macrent... 37 : Ilosterni sumus, et vestra omnia implevimus, iirbes, iiisulas, castolla. municiiiia, conciliabula, castra ipsa, tribus, docurias, palatiuiii, sonatuin, forum; sola vobis reliquinius tompla. Possuuuis dinunicraro oxercitus vcstros : unius provinciae i)lurps erunt (texte du codex Faldensis). — Scap. 2 : Tanta homiiunu multitudo, pars i)aene major civifatiscujusque, in silentio et modestia agimus, singuli fort(> noti magis quam ouines. — Il y a plus : les fidèles étaient parfois efi'rayc'S de leur nombre, et se cacliaient pour venir à l'i-glise. Tertullien, devenu montaniste, flétrit {Fuff. 3) ces catholiques trop prudents... qui timide conveniunl in eci'lc'sia)ii. Dicitis enim : quoniam incondite conv(Miimus et comphires concurrimus in ecclesiam, quaerimur a nationibus, et liuiemus ne turbentur nationes. — Voir sur cette question Ilarnack : Die Mission und Anabreiluni/ des Chrislentlnnns in den erslea drei Jahrhundertcn. (Leipzig 19Ô-2), p. 372.

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