Migne; 37 Oehler, Sclilatter, avec saint Jérôme
5. 20.G Migne; 20.5 Oehler; 22.G Schlatter {codex Fuldensis 22.5).
soit un total de 7 1/2 semaines d'années. Il se serait donc écoulé entre la vision de Daniel et Tavènement de Vespasien — ou la ruine de Jérusalem — un total de 70 semaines d'années, 490 années.
Quelle conliance méritent ces chiffres? Leur rigueur apparente dissimule de nombreuses erreurs, parmi lesquelles nous relèverons seulement les plus importantes.
La date assignée à la vision do Daniel (437 ans et 6 mois av. J.-C.) est trop récente d'un siècle. Le Darius sous lequel Daniel vivait captif au sixième siècle est antérieur de plus de cent ans au second Darius, père d'Artaxerxès Mnémon : Tertullien a confondu ces deux princes.
Dans la chronologie des temps qui précèdent le Christ, chose presque incroyable, une même période de 13 ans est enregistrée jusqu'à trois fois : d'abord, comme appartenant à Cléopàtre, puis comme commune à Cléopâtre et à Auguste, enfin comme propre à Auguste. Ce n'est qu'en multipliant ainsi les années que Tertullien réalise les 62 1/2 semaines.
La chronologie des empereurs romains ne nous réserve pas de moindres surprises : et ceci est d'autant moins excusable qu'il s'agit de dates relativement récentes et faciles à vérifier. Dans cette chronologie, le règne de Claude ne figure même pas; les autres règnes sont mesurés peu exactement. Voici quels seraient les chiffres vrais '.
Tibcrius ii a. fi m. 2S d.
Caligula 3 10 8
Claudius 13 S 20
Xero 13 7 27
Galba >• 7 6
Otho .. 3 11
En somme Tertullien a retranché aux successeurs d'Auguste environ 17 ans, ce qui le conduit à mettre la ruine de Jérusalem en l'an 53 de notre ère, au lieu de l'an 70.
Erroné au point de départ, au point d'arrivée, et en beaucoup de détails, ce comput. pour tout dire, est manqué -.
1. Calculs basés sur les données de M. R. Gagnât, Cours d'épir/raphie latine^' (1898) p. 170-185.
2. Pour la comparaison avec Cli'-inent (Strom. 1, 21), voir Sciilatter /. c.
14 THKOLOr.IE DE TEItTULLIEN.
3° Prophéties concernant le nom du Christ et sa nativité. Is. 7, 14-15; 8, 4. — Is. 11, 1 sq. — Mich. 5, 2.
D'après Isaïe (7,14), le Christ devait sappeler Emmanuel '. Or Jésus n*a pas porté ce nom : là-dessus, les Juifs triomphaient. Votre exég-èse, répond Tertullien, a le tort de s'arrêter aux mots : sans doute Jésus n'a pas porté le nom d'Emmanuel, mais il a réalisé en sa personne la chose signifiée par ce nom ; Emmanuel, Dieu avec nous.
Daprès le même prophète (8,4) le Christ devait conquérir la force de Damas et les dépouilles de Samarîe contre le roi d'Assyrie-. Mais quon examine le contexte : il est question d'un enfant qui ne sait encore nommer ni père ni mère ; or les enfants n'ont pas coutume d'entreprendre des conquêtes à main armée. Nous sommes donc évidemment en présence d'une figure. De plus, le prophète parle d'un signe divin, et ce signe doit être la maternité d'une vierge (7,14). Une telle maternité déroge au cours ordinaire de la nature, et cela même la rend apte à servir de signe divin. Quand les Juifs voient dans cette mère une jeune femme quelconque, au lieu dune vierge ^ [quasi non virginein, sed juvenculam concepturam et pariturain Scriptura contineat), ils font évanouir le signe, et ruinent le sens de loracle ''. Quant à manger le beurre et le miel (7,15 , il n'y a là rien que d'ordinaire pour un enfant : Tertullien n'attache pas d'importance à ce trait descriptif. Les conquêtes sur Damas et sur Samarie offrent un sens figuré.
p. 2 sq. et p. 47 sq ; pour ki comparaison avec saint Hippolyte et Julos Africain, ib. p. 20 sq., av(^c Origène p. G6 sq. Voir encore l'abbé Fabre d'Envieu. Le livre du prophète Daniel (Paris, 1891) t. 2, 2; p. 1229 sq.
3. On ne peut pas conclure de ce trait que Tertullien connaissait par lui-même la version grecque d'Aquila. L'hébreu noSyn avait été i-endu par les Septante : riTcapôévo;; Aquila, Tliéodotion, Symmaque écrivirent : ^ veàviç. îMais déjà cette leçon est discutée dans le dialogue contre Tryphon (67. 71. 8-1) et dans saint Irénée (3, 21, 1).
4. Tertullien revient ailleurs (c. 6\ 17) sur cette maternité virginale de Marie. Pour former le corps d'Adam, Dieu avait ])éti'i une terre vierge de toute semence; une inère vierge devait fournir la substance du nouvel Adam. Marie seule possède le secret de cette génération : selon le mot du prophète (Is. 53, 8), elle est inefiablc. — Voir J. 13; 3 M. 7.
Damas représente l'Arabie, Samarie la gentilité; il est question ici des Mf\ges qui viendront apporter au berceau du Christ, avec leur or et leurs parfums, riionimage de l'Orient; le roi d'Assyrie représente Ilérode, dont les projets homicides seront déjoués. Rien n'est plus dans le style de l'Ecriture que ces allusions soit à la puissance et à la richesse de l'Orient (Zacli. 14, 14; Ps. 71, 15. 10), soit à l'idolâtrie, personnifiée dans telle ville, comme Sodome ou Babylone (Is. 1,10; Ez. 16, 3; Is. 1, 2; 19, 1; cf. Apoc. 17. 5), soit encore aux victoires spirituelles du Christ ' (Ps. 44, 3-6; cf. Apoc. 19, 15).
Si le nom d'Emmanuel ne fournit point d'armes aux ennemis du Christ, ses autres noms ne leur sont pas plus favorables -. Tout d'abord le nom de Christ signifie onction, et implique une relation essentielle au Dieu qui confère celte onction. Ce nom, consacré par l'usage de l'A. T., Jésus se l'est approprié; en se l'appropriant, il a revendiqué tout ce que ce nom comportait dans la pensée de la nation juive.
Quant au nom de Jésus ^, si la prophétie ne l'applique pas expressément au Christ, une figure biblique le lui avait néanmoins prédestiné. Quand Ausés fils de Navé fut choisi par Dieu pour succéder à Moïse, cet ange du Seigneur, il échangea son nom contre celui de Josué — ou Jésus (Ex. 23, 20 sq; Num. 13, 9. 17). Par lui, les enfants d'Israël devaient être introduits dans la terre promise. Ainsi les nations égarées dans le désert du siècle, seront-elles introduites par Jésus-Christ, dans la nouvelle terre promise, où coulent à flots le lait et le miel, c'est-à-dire dans l'éternelle vie; elles recevront du nouveau Josué la circoncision du cœur. Tel est le mystère du nom de Jésus.
Si ingénieuse et si hardie que soit cette exégèse, dont les traits principaux existaient avant Tertullien ', on doit recon-
4. On trouve dans le Dialogue contre Tryphon, beaucoup plus développée (66-81), la discussion relative à la matornit('' virginale. La longue coupure faite dans Isaïe (7, 16-8, 3) est iuiputable à saint .lustin (Dlal. 13.66), ainsi que l'application de Is. 8, 1 aux 3Iages {Diul. 77-78). 11 a égalenKMit ce qui concerne le nom de .losué (I)ial. 75).
10 Tlllioi-OGIE DE TERTLl.LIl-N.
naître fiuelle malmène étrangement le texte prophétique. Elle passe en ellet toute la fin du c. 7 (16-35), et le commencement du c. 8 (1-3), pour souder entre eux des fragments disparates. Si les premières paroles (7, 14-15) sont certainement messianiques, les suivantes (8, 4 ne se rapportent plus au (Christ, mais à un fils du prophète Isaïe. C'est par un procédé aussi arbitraire quon arrive à transformer en allusion directe aux Mages ce qui est en réalité allusion à l'expédition de Tég;lathphalasar, rappelée par l'A. T. (4 Reg. 15, 29; IG, 9 et attestée aussi par les inscriptions cunéiformes ' .
Un autre oracle disaïe '11. 1) - promet à la tige de Jessé un rameau, puis une fleur sur laquelle se reposeront les dons de l'Esprit divin. Lantiquité juive appliquait au Christ cet oracle, et y retrouvait l'écho de la parole divine, promettant à David de mettre sur son trône un roi de sa race Ps. 131, 11). Le rameau, c'est la Vierge mère; la fleur, c'est le Christ, né à Bethléem de la race de David, et porté comme tel par les Romains sur le registre du cens.
Le prophète Michée ^ ajoute un dernier trait fort précis, en nommant Bethléem, lieu prédestiné à la naissance du Christ Mich. 5, 2 . Si la prédiction ne s'est pas encore accomplie, s'écrie Tertullien, comment s'accomplira-t-elle? Il faut renoncer à voir le Christ, issu de Juda, naître à Bethléem; car cette ville ne possède plus aucun rejeton d'Israël; les environs même en sont interdits aux Juifs, réduits à ne plus voir que de loin la cité royale, comme Isa'ïe lavait prophétisé. (Is. 1, 7; 33,. 17 sq , Ces derniers mots font allusion aux mesures sévères d'Hadrien qui. après avoir rebâti Jérusalem sous le nom d'Aelia Capitolina, en interdit l'accès aux Juifs. Septime Sévère devait apporter encore de nouvelles restrictions à leur liberté.
1. Voir Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, t. 4, p. 109 sq,- Sclirader, Kcilimclu^iften v.. A. T., ad 4 Reg. lo, 29 et 16, 9: Civiltà cattolica t. 11,3 p. 419 sq.
'2. y. 9: 3 M. 17: cf. 1 ,1/. 36; c. C. 21-22. — Sur ce même oracle, saint Justin, Dial. 87.