‹ La théologie de TertullienChapitre 234 sur 455 · Pseudo-augustin, De Symbolo [P. L · texte numérisé non relu

Pseudo-augustin, De Symbolo [P. L

4. Cor. 0 : Ilanc (observationem inyeteratam) si nuUa Scriptura deter-

TUADITIOX. 259

Il cite comme exemples le rite du baptême, celui de l'eucharistie, les offrandes pour les morts, les fêtes des martyrs, la liturgie du dimanche, celle du temps de Pâques, le soin qu'on prend de ne pas laisser tomber à terre une goutte du calice ' ou une miette du pain (eucharistique), le signe de croix; enfin, parmi les Juifs, le voile des femmes : usage constant, que pourtant ne stipule aucun texte de l'A. T. La thèse était délicate, car précédemment Tertullien s'était trouvé en demeure de réagir contre des coutumes qui prétendaient faire loi. Quand il voulut réformer l'église de Carthage sur le modèle de certaines églises apostoliques, et astreindre les vierges chrétiennes à ne paraître dans l'assemblée des fidèles que voilées, on lui résista au nom de la coutume locale^. Il prit donc position contre la coutume au nom de la vérité, contre qui, dit-il, rien ne saurait prescrire : ni le temps, ni l'influence des personnes, ni le privilège des lieux. Le Christ Xotre-Seigneur s'est appelé la vérité, non la coutume. La vérité est, de soi, éternelle : tant pis pour ceux qui la méconnaissent. L'hérésie est condamnée, non pas tant par sa nouveauté, que par la vérité. Tout ce qui s'oppose à la vérité doit être tenu pour hérésie, fût-ce une coutume ancienne. Et après avoir rappelé brièvement l'immutabilité de la foi, il revendique, pour la discipline de l'Église, le droit au progrès. Quand le diable travaille et développe sans cesse son œuvre d'iniquité, voudra-t-on que l'œuvre de Dieu reste stationnaire? Le Paraclet est venu, selon la promesse du Christ, achever d'illuminer les intelligences (Joan. 16, 12] et

iniiiavit, corlo consuetudo corroboravit, quae siue dubio de traditiono rnauavit. Quomodo oniin usurpari qiiid potest, si traditiiiii priiis non est? Etiani in traditionis obtontu exigpnda est, inquis, auctoritas scrii)ta. Ergo (inaeranius an et traditio nisi scripta non dcboat recipi...

1. On a hésiti' sur le vrai sens de ce texte. Qu'il s'agisse du calice eucharistique, cela parait certain d'apivs la comparaison avec les Canons d'Hippolyti; "-'0, •209 : Qui auteui distribuit mysterium quique accipiunt, magna dili.uentia cavcant ne quicquani in terrani décidât, ne potiatur eo spiritus malignus. — Dom Cabrol (Piri. An/i. 1, p. tj(.i:3j a déjà rai)proclié saint Cyprien, Texlim. 3, 91.

2. r. V. 1. — Avec M. Monceaux, nous croyons le De virginibus velandis antérieur au De corona. Les raisons de M. Noeldeelien à l'encontre (T. u. (.'. 12, p. 13(1) ne nous ont pas couvainm!.

200 Tiii:oLor.iE de ri-iiTiLMi-x.

promouvoir lu vie chrétienne. Lk-dcssus, Tertullien se laisse aller à des assertions montanistes. Reprenant pied sur un terrain plus ferme', il montre le voile des vierges consacré par l 'usage de plusieurs églises de Grèce et dOrient. Qu'on ne parle donc pas d'importation étrangère : entre nous il n'y a qu'une foi, qu'un Christ, qu'une espérance, qu'un baptême, en un mot qu'une Eglise. Pour connaître la pensée complète de Tertullien en matière de droit coutumier, il faut tenir compte de ces paroles, postérieures au De praescriptione, antérieures au De corona. — Dans ce dernier écrit, il fait appel à TA. T., afin de montrer, par les exemples de Rébecca et de Suzanne, le futur précepte de saint Paul esquissé par la coutume juive. Il conclut- : en matière civile, on admet que la coutume supplée au défaut de loi; écrite ou non. elle passe pour le code authentique de la raison. Dieu peut emprunter la même voie pour manifester sa volonté : il faut éprouver les coutumes; mais, comme expression de la volonté divine, une tradition autorisée vaut un texte scripturaire.

Les considérations qui précèdent achèvent d'éclairer sous toutes ses faces l'argument de prescription théologique. En forgeant pour les luttes de doctrine cette arme à deux tranchants, Tertullien n'a pas voulu seulement écarter les hérétiques du terrain scripturaire, où ils sont des intrus : il a voulu mettre aux mains de la vérité un précieux critérium. Partant de ce principe que l'accord des églises apostoliques n'est pas l'effet d'un pur hasard, mais l'indice d'une tradition primitive, il arrive à conclure qu'en matière de dogme, possession vaut titre. Donc tout point considéré, à un moment quelconque, par l'ensemble des églises, comme appartenant au dépôt de la révélation, est acquis définitivement à l'enseignement catholique. On fermera la bouche aux dissidents, en leur disant : Nous avons la vérité prescription de possession). — Votre isolement vous

-i. Cor. 1 : Consuetudo autem otiain in civilibus rébus pro loge suscipitur ciim dclicit Icx; nec (liiroit scriptura an rationo consistât, quando et logcni ratio comniendol...

IMiKSCrUPÏION THÉOLOGIQUE. 2C)1

condamne (prescription d'unité). — Vous venez trop tard (prescription d'ancienneté) '.

Assurément cette argumentation soulève, dans la pratique, des questions fort délicates. Quand trouve-t-on précisément réalisé cet accord des églises, requis pour une preuve proprement dite, il peut être diftîcile de l'apprécier. Mais le principe est incontestable, et il suffit à Tertullien de l'avoir posé pour pouvoir revendiquer une part prépondérante dans le développement historique du dogme chrétien. Placé à l'extrémité dune chaîne qui compte parmi ses plus proches anneaux saint Cyprien et Mncent de Lérins, il a marqué de son esprit juridique le traité De unitate Ecclesiae, puis le Coniinoniiorium. La formule célèbre de ce dernier ouvrage - : îd teneanius quod uhiquc, quod semper. quod ah omnibus credituin est, ne fait qu'appliquer, sous une forme précise, le principe du de prnescriptione : Quod apud niullos uniini in<,>enitur, non est erratnm. sed traditum.

1. Voir J. V. Baiiivol, UÉglhc; hisloive du dogme; dans Éludes religieuses, t. 70 (1897). p. 178.

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