B. 6. Voir p. 326, n
BAPTiiME.
mentel, et montré qu'on peut en saisir l'origine dans une tradition plus ancienne. La foi nue justifiait sous la loi mosaïque; désormais elle ne justifie plus, mais elle appelle ce complément du baptême '.
Quant à la conversion du cœur, on a vu les gages qu'exigeait l'Eglise -. Il faut revenir encore sur une page très importante d'un autre traité •', oii Tertullien se préoccupe avec raison d'assurer la parfaite sincérité du néophyte. La pénitence, dit-il, est le prix auquel Dieu promet le pardon. Un marchand ne reçoit pas une pièce de monnaie sans l'examiner sous toutes ses faces, pour s'assurer quelle est de bon aloi : croit-on que Dieu se laissera payer de fausse monnaie? Mais peut-être on veut faire dater sa conversion du jour de son baptême? Illusion : c'est avant le pardon, et sous le grondement de la justice divine, qu'il faut pleurer ses péchés. Le baptême ne saurait suppléer à ce qui manque du côté de la pénitence. Ce n'est pas qu'une préparation sans générosité compromette la validité du sacrement et la purification de l'àme '' ; mais elle n'offre aucune garantie pour l'avenir. Et qui donc voudrait accorder une seule goutte, d'eau l^aptimale à un pénitent si peu sur? On parvient encore à sui'prendre, par de belles paroles, l'indulgence des prêtres, ministres du sacrement; mais on ne saurait tromper Dieu, qui veille sur son trésor pour écarter les indignes : toutes les ténèbres dont on s'enveloppe cèdent à sa lumière. Quelques-uns se flattent de lui arracher un pardon ', et font de sa libéralité une servitude. Erreur funeste : ils ne profiteront pas de cette justification éphémère. Tant de chutes, au lendemain du baptême.
•i. Ib. :>(}.
o. Pacn. G.
4. Jb. : Noque ogo itiuio iliviiiiiiu licnclicimn, i. e. aljolilioncm fli'lictoruiii iiiitiiris aqiiam omnino salviuii esse... Furto (luidoiii afrgrecU et praeposituiii liujus rei assevcralionibiis tiiis circumduci facile est : setl Deus tliesaui'o sno providct, nec sinit olircpere indignos.
5. Quidam aiiteiii sic o|)inaiitur (|iiasi I)eus necesse haboatpraestare etiam indignis (piod spopondil, et liberalitati'm ejiis faciiint servitutem... Qiiis autein penuittit periiiaiisiiniiii id qiiod tiilmerit iiivitiis? Non eniiii imilti postea e.\cidunt? non a uiultis doiuiiii illiid aulcrtiii-:' Ili siintsc. quiobrcpunt, qui, pacnitentiac fidem aggressi, suiier ai<Mias ilonnuii niitnraiu collocant.
TIlKOI.OlilE m; TKIITLI.I.IEN. 2-1
iiionli'enl le ])eu de l'oiids quoii |)eul faire surces inlvus : l'édilice de leur christianisme, Ijàtisur le sable, sécroule. Donc rieu ne sert de se flatter parce qu'on fréquente les catéchèses, comme si dès lors on pouvait tout se permettre. 11 n'y a pas un Dieu pour les baptisés, un autre pour les catéchumènes. La conversion a dû commencer j)ar un acte de foi en la vertu de la pénitence'; le baptême y met le sceau. Mais qu'on ne s'y trompe pas : le baptême suppose accomplie la purification du cœur : en aucun cas il ne peut la suppléer. Il faut au catéchumène un premier baptême : c'est la crainte de Dieu, une crainte sincère et agissante.
Dans cette exhortation fort belle et fort pressante, tout n'est pas également clair : Tertullien n'arrive pas à distinguer adéquatement deux éléments de la justification effective : la conversion actuelle de la volonté, qui dépend du pénitent, et l'effacement des anciennes souillures , que le sacrement opère dans les âmes bien disposées. Que ce soient là choses très différentes, il le sait bien; mais son expression ne le dit pas toujours ^. En fait, il n'arrive pas à poser nettement le cas d'un faux catéchumène qui joue avecle baptême, — qui ficle accedil, pour parler la langue de la théologie postérieure. Dans son effort pour accorder ensemble des vérités fragmentaires, il multiplie les formules incisives; cet enfantement laborieux d'une pensée inachevée a produit un merveilleux déploiement de rhétorique. Mais pour équilibrer sa doctrine, il a manqué à Tertullien la notion précise du caractère sacramentel.
Le traité du baptême atteignit-il pleinement le but que son auteur poursuivait? On peut en douter: car s'il venge bien le sacrement des attaques de l'hérésie, finalement il transige sur la nécessité de le recevoir. Il encourao^e les délais, comme sans
1. Lavacruni iilud obsigiiatioost fidei, quae fuies a paenitentiae liclcincipiturrt couniiondatur. Non idoo abluimiir ut dolinquei'o di'sinaiinis, sod quia desiiiiuis, quoniamjam corde loti suiuus. Ilaec enim prima audientis intiiictio est, nietus integer.
•l. En particulier ces mots : Abhdmur... ijiiia jam corde loli sinnus, reni'orment une ('quivoque dont peut-être Tertullien n'a pas conscience. La volonté peut être convertie sans que les souillures de l'ànie soient effacées.
l'ÉMTEXCE. 330
dang-er pour le salut de Tàme ' : ce langage imprudent devait affermir beaucoup de catéchumènes dans la disposition d'attendre la dernière heure pour contracter les redoutables obligations du baptême.