V. PKNITENCE
La pénitence — nous envisageons ici le sacrement- — reste, comme une dernière planche de salut ^ au pécheur qui sombre après le baptême. Tertullien, qui vient de parler de la pénitence préparatoire au baptême, n'aborde ce nouveau sujet ' qu'avec toute sorte de précautions, tant il craint d'encourager l'abus des grâces. Il insiste surtout sur l'impossibilité de réitérer cette seconde pénitence ''. Une fois échappé aux orages du siècle et entré au port de l'Eglise, le chrétien devrait imiter ces naufragés qui disent à la mer un adieu définitif, et ne plus tenter désormais la miséricorde divine. Mais comme le démon redouble d" efforts et de rage pour rengager dans le mal cette ùme qui vient de lui être ravie, Dieu n'a pas voulu ôter tout espoir au pécheur relaps. Le baptisé, sur qui s'est
1. B. 18 : Si qui pondus intollogant baptismi, magis timobunt consecutioiieui ((uani dilationeui : fides intégra secura est de saluto.
::.'. Kappolons ici (cf. sup., g 3, p. 323) qu'on cliorchcrait en \ain clioz Tertullien le niotsac/v7î?ie«/(^m;>ften/7en/ia(;'. .Mais nous pensons réussir à prouver (|U(! l'institution dont il parle est le sacrement de pénitence. — Connue le plan de ce livre a obligé de morceler cette importante question de la pénitence, nous indiquerons où l'on en peut ressaisir les éléments dispci-sés : c. VI. 2 4, p. 272, distinction des péchés; g 5, p. 285, vertu de pénitence ; c. VII, g \, p. 337, première pénitence (celle des catéchumènes); c. IX, g 8, p. 178, rigueurs montanistes.
o. Paen. 4: (PaiMiitentiam) tu, peccator.... lia iu\a(h\ ita amplexai-e ut naufragus alicujus tabulae (idem ; î6. 12 : Istis dualuis hunianat' salutis quasi plancis.
4. l'aen. 7. — Le dévelo])pement de Tertullien oUre de nondjreux points de contact avecllermas. Mandat. 4,3. .Mais, coinnu! on l'a justemeutobservé, Ilermas parait avoir en vue une sorte de jubih' ou de mission e.xceptionnelle. Voir Ms' Hatillol, -Ê'<ut/cs d'/ihlolre et de t/icolo>/lo posUive, p. 78.
5. Paen. 7 : Sed jam semel, quia jam secundo; sed amplius nunquam, (juia proxime frustra; ib. 9 : Ilujus... pacnitentiae secundaeet uniiis. — C'omi)arer les d('clarations d'Ihîrmas, Mand. 4, 18: Toï; yàp ôoû)>oi; xoO 0£oû (j.£Tâvoiâ èaxtv (xia; 4, 3, 6: Mexà xrjv y./rjfjiv èxeîvyiv tyjv [X£yà).ir;v y.at (7£1av/;v èâv Ttî èxneipaffôei; ûtiô xoù Siotêô/.ou «[/.apxiQCiîî, jAÎav (j,£xâvoiav zyei.
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refermée la porte du grand pardon, trouvera encore au vestibule de l'Église cette porte qu'ouvre la seconde pénitence ' : il peut y aller frapper une fois, mais rien qu'une fois : n'est-ce pas déjà beaucoup, et ne doit-il pas s'estimer trop heureux, après avoir dissipé une première grâce? Si donc il lui faut s'acquitter d'une seconde pénitence, qu'il ne cède ni au désespoir ni à la honte. Mais qu'au retour du mal il oppose un nouveau remède. 11 peut encore satisfaire pour ses fautes, et il trouvera Dieu disposé à recevoir satisfaction. Qu'il médite ^ d'une part les menaces de l'Esprit-Saint aux églises (Apoc. 2. 3), menaces qui sont un appel à la pénitence; d'autre part, les paraboles miséricordieuses de l'Evangile. Qu'il ait la force d'imiter le prodigue par l'aveu franc de sa faute : qui avoue sa faute, l'atténue ; qui dissimule, l'aggrave.
Plus laborieuse ^ que la pénitence des catéchumènes, cette seconde et unique pénitence des chrétiens doit fournir des gages plus sérieux. Au repentir intérieur, il faut joindre la discipline extérieure de Vexojnologesis ''. Ce mot désigne un aveu fait au Seigneur de nos fautes, non sans doute pour lui apprendre ce qu'il n'ignore pas, mais pour lui offrir satisfaction, développer nos regrets, et fléchir sa colère; par une
1. Deus, clausa licet ignosccntiae janua et intinctionis sora obstructa, aliquid adhuc permisit patere. Collocavit in vestibulo paonitentiam secun- (lam, quae pulsantibus patolaciat. — Cf. Pud. 15: postliminium ecclesiasticaepacis. — M. Rolffs [T. U. 11, 3, p. 38) a donné de Paen. 7 un commentaire auquel nous ne pouvons souscrire : Die Busse nicht an die janua ecclesiae, sondern an die janua ignoscentiae geslelU isl. Sous l'empire d'une idée préconçue, le docte auteur a, croyons-nous, confondu deux portos. Là janua f,y?iosceH<me, c'est la porte du baptême, elle s'est refermée atout jamais; l'autre, qu'on ne nous nonmie pas {aliquid), est cette porte basse dont la seconde pénitence a la garde. L'une et l'autre est d'ailleurs yflnw« Ecclesiae. On trouve la même distinction dans llermas, qui réserve pour le pardon baptismal le nom i\'à(pz(ji(; (ii/nosccnUa). Mancl. 4, 3,3 : 01 yàp vûv ■7ri(7T£ij(javT£ç r) (jléX),ovt£; TctcrxsOetv, (lExâvoiav à[jiapTiwv oùx ëyouatv, âssaiv oz ïyjQ\j<yi Twv Ttpoxéptov âjAapTitiv aùxwv.