‹ La théologie de TertullienChapitre 340 sur 455 · Ap · texte numérisé non relu

Ap

3. Ce décret date de la république. TertuUien rappelle riiistoiro d'un certain dieu Alburnm, à qui M. Aemilius, consul et imperator (116 av. J.-C), voulut consacrer un temple sans lapprobation du Sénat. (Voir encore 1 X. 10; 1 M. 18).

4. Cette initiative de Tibère n'a pas laissé d'autre trace dans l'histoire, et elle est rendue bien invraisemblable par ce qu'on sait d'ailleurs de son opposition aux cultes d'Egypte et de .Judée. Voir Sénèque, Ep. 108; Tacite, .4»». 2, 8b; Suétone, Tib. 30. — Peut-être est-ce là un trait emprunté à la légende des Acta Pilaii, à laquelle on a l'ait allusion c. I, S 3, p. 2:!, n. 3. — Voir Braun, Disserlalio de Tiberii Chrhtum in deoriim numenim referendi consUio. (Bonn, 1834). — Tibère et 3Iarc-Aurèle légiférèrent conti'e la fausse délation en général, et les chrétiens leur en surent gré : ceci peut expliquer les égards des apologistes par la mémoire de ces deux empereurs.

REVENDICATIONS CHRÉTIENNES. 38o

clans son sentiment, et menaça de sa colère ceux qui accuseraient les chrétiens. Les archives de l'empire attestent que Néron, le premier, sévit dans Rome contre le christianisme naissant : les chrétiens s'honorent d'avoir été d'abord frappés par ce monstre. Domitien, ce demi-Néron, les attaqua aussi ; puis, par un reste d'humanité, mit fin à ses violences. Et voilà ceux qui persécutent les chrétiens. Parmi tant d'autres princes sages, on n'en citerait pas un qui leur ait fait la guerre. 11 existe une lettre de iNIarc-Aurèle attestant qu'en Germanie une armée épuisée de soif fut désaltérée par une pluie miraculeuse, due aux prières de soldats chrétiens *. Ce vertueux empereur n'alla point jusqu'à rapporter les lois existantes contre les adorateurs du Christ, mais il prit soin d'en neutraliser l'effet, frappant même les accusateurs de peines sévères -. Ces lois ne furent jamais que l'arme de l'impiété, du vice et de la démence. Trajan leur avait soustrait bien des victimes, en prohibant les recherches. Ni Hadrien ^, ce curieux insatiable, ni Yespasien, si terrible aux Juifs, ni Antonin le Pieux ne furent persécu-

1. Quelque opinion qu'on professe d'ailleurs sur le miracle de la lefjio fulminatrix, on ne peut admettre que Tertullien, si près des évfhiements, ait inventé cette lettre. Elle est encore citée par Apollinaire d'Ilicrapolis (ap. Eusèbe, H. E. o, .">, 3) et par Dion Cassius (71, 8; Xiphilin, Ibid. 9. 10), (jui d'ailleurs présente les laits autrement. — Ce souvenir est conserve' par un bas-reliel de la colonne Antonine. (Cf. H. Jlarucchi, Éléments iVarchéolo(jic chrétienne, t. 1, p. 32). — Voir Geffken, Das Regeniounder Im Quadenlande, dans Xcueft Jahrb. f. d. klass-. Allerlhum, t. 3 (1899) p. 253 sq.

2. On s'étonne du témoignage rendu ici a Jlarc-Aïu'èle, dont le régne vit, à ses débuts, le martyre de saint Justin; à la fin, celui des chrétiens lit; Lyon, peut-être celui de sainte Cécile. Eusèbe parle même de persécution générale (//. E. 5, praef. et 2, 1), et un rescrit signalé dans le Digeste (Di:/. 43, 19, 30; cf. Paul, Sent. 5, 21, 2) a paru viser les chrétiens (Voir Xeumann, /><?/• roOT. Staat, p. 28 sq. ; C. Guignebert, o/). C(7.. p. 95sq.). Mais une persécution générale eût sûrement laissé plus de traces, et une contrevérité si absolue ne se comprendrait pas chez Tertullien, qui loucliait à l'âge d'homme quand mourut Marc Auréle. Il semble que cet empereur ne modilia en rien la ligne de conduite tracé'c par Trajan aux gouverneurs de province : son rescrit dans l'affaire de Lyon (Eus. //. E. • '), 1, 17 : Toùç (Aiv àTtoTufiTtavicfO-^vai, i\ oi xiva; àpvoïvto, toutou; àiroXuÔ^vai) est entièrement conforme à la pratique de Pline. — Voir P. Ailard, Le chrislia/iisme et l'empire romain, 2, 4, j). 57 sq.

3. Sur le rescrit d'Hadrien à Minucius Eundanus, voir C. Callewaert dans R. If. L. II., 8 (1903). p. 1.52-189.

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leurs. Et maintenant \ religieux défenseurs des lois, répondez : n'avez-vous rien changé aux décisions des ancêtres? Où sont les lois somptuaires y où sont les lois qui proscrivirent les premiers théâtres comme des attentats aux moMirs? oîi sont les lois qui réglaient le costume selon la condition? où sont les lois qui garantissaient la vertu des femmes? celles auxquelles Rome dut de ne pas voir un seul divorce en six siècles? où sont les lois qui, à l'origine, chassèrent, non seulement de Rome, mais de l'Italie tant de dieux nouveaux : Bacchus, Sérapis, Isis, Harpocrate avec son cynocéphale Anubis? Il n'en est plus question : malgré les décisions des ancêtres, vous avez relevé les autels de tous ces dieux. Vous louez l'antiquité, mais vous vivez à la mode du jour -. Avouez-le : sauf quand il s'agit de poursuivre les chrétiens, vous faites bon marché des ancêtres.

Ces pages — que nous abrégeons — paraissent renfermer la solution dune question très débattue : pour quels faits précis, et en vertu de quelles lois, les chrétiens étaient-ils poursuivis?

De nombreux auteurs ^ répondent : les chrétiens étaient poursuivis pour des crimes de droit commun, et en vertu de lois pénales déjà en vigueur lors de l'apparition du christianisme. Plusieurs '' complètent cette assertion en ajoutant que les causes chrétiennes relevaient, non de la juridiction criminelle ordinaire, mais d'un pouvoir de haute police, dit Jus coercitionis, qui rentrait dans les attributions des gouverneurs de province.

i. Ap. 6; 1 iV. 10.

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