‹ La théologie de TertullienChapitre 35 sur 455 · I. EXISTENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

I. EXISTENCE DE DIEU

L'existence de Dieu' n'est pas une vérité abstruse, ni qui exige de longs raisonnements : Tertullien considère ce principe comme certain. De fait, s'il eut à combattre plusieurs sortes de polythéisme et plusieurs déformations de la pensée chrétienne, on ne voit pas qu'il ait rencontré sur son chemin un athée. Aussi ne se montre-t-il pas sévère quant au détail des preuves. D'ailleurs il présente une démonstration de Dieu singulièrement populaire et originale.

Avant tout, il s'empare- d'un aveu qui échappe au paganisme : la nécessité d'un Dieu suprême , source de toute divinité subalterne. Le syncrétisme religieux du deuxième siècle donnait à cet aveu le caractère d'un fait chaque jour plus actuel •' : Tertullien s'en empare comme d'un hommage rendu par la raison à ce premier Etre qui seul détient la divinité en propre — manceps divinitatis — ; et, après avoir fait ressortir les in-

1. Sur l'olijot (le ce chapitre, voir particulièrement : Johannes Stier, Die GoUesunil I.oqoslchre TertuUians (Gottingen, ISiK), in-S").

■2. Ap. 11. •

3. Sur Isis, deonnn dearumque faciès unifurmis, voir Apulée, Métamorphoses, 11, 2 sf|. — Sur le dieu des Stoïciens, I>iog<''ne Larire 7, 1, 1 17 : îlva: ôÈ Tov [X£V cr,[i.'.o-jç>yà'/ tûv o).fov xal oxîTiep TîaxÉpa Tiâvrtov xoivo>^ tî -/m to uïpo; a-JToO xô otr,xov ôià Tràvxwv, o Tto/Àat; TipocnriyopEat; TtporrovofxâîJcaOai -/.axa xà; ô-^votas'.;. — Comparer Tertullien. Ap. il-H). — Athêna^ore constatait (\(\]k ipie toutes les crojances convergeaient invinciblement au mniiotlKMsme. (Ambassade pour les chrétiens, 7.)

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cohérences du polythéisme \ il sélève à la conception du Dieu unique -, honoré par les chrétiens. Ce Dieu a, par son Verbe créateur, tiré du néant ce monde, ornement de sa majesté. Invisiljle, incompréhensible, inestimable, son excellence même le dérobe à nos regards. Rien ne donne de lui une plus haute idée que notre impuissance à le concevoir tel qu'il est. Mais en même temps sa grandeur s'impose à l'esprit avec une évidence qui condamne les aveugles volontaires. Car il se révèle par ses œuvres qui nous enveloppent, qui nous portent, qui nous charment, qui nous terrifient. 11 se révèle par le témoignage de l'âme elle-même. Quand l'âme émerge de cette prison du corps qui l'oppresse, de ces préjugés qui la captivent, de ces passions qui l'énervent, de cette idolâtrie qui la dégrade, de cette ivresse des sens et de l'esprit, et trouve un instant de lucidité, elle nomme Dieu,, le seul vrai Dieu. Elle s'écrie : « Grand Dieu! Bon Dieu! Plaise à Dieu! » Elle atteste sa justice : « Dieu le voit! Je le recommande à Dieu! Dieu me le rendra! » Témoignage d'une âme naturellement chrétienne^. Elle crie spontanément vers Dieu, en cherchant du regard non le Capitole, mais le ciel, où Dieu réside et d'où elle descend.

En somme, Tertullien trouve la révélation de Dieu dans toute son œuvre, mais tout particulièrement au fond de l'âme humaine. L'âme qu'il interroge, ce n'est point l'âme façonnée par les exercices d'école : c'est l'âme telle qu'elle sortit des mains de Dieu, vierge de toute formation, telle qu'on peut espérer la retrouver encore seulement dans la rue et à l'atelier, l'âme populaire ' : son témoignage présente un caractère de simplicité, de vulgarité, d'universalité qui garantit l'accent de la nature même et un écho de Dieu •'. Or l'âme, venant de Dieu,

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