CAKACTEUE RATIONNEL DE LA FOI
à des chrétiens convaincus de la divinité du Christ, mais portés à interpréter la révélation divine selon leur fantaisie, et il les rappelle à la règle de la foi qu'ils ont emhrassée '.
Cette observation est de la plus haute importance si l'on veut apprécier au vrai les procédés polémiques de Tertullien. 11 se plaît à humilier les superbes qui manquent de déférence envers Dieu. Sans doute. N'oublions pas cependant que, même avec des hérétiques, le procédé est tout exceptionnel, que Tertullien aime à faire appel à la raison, qu'il refuse d'admettre une assertion nouvelle, si honorable qu'elle soit pour Dieu, à moins qu'elle ne se présente avec un cortège de témoignages et de preuves^. Lorsqu'au lieu de combattre avec les hérétiques, il discute avec les infidèles, le ton est tout différent. Sans doute on pourrait souhaiter plus d'adresse insinuante, moins de raideur et de provocations, plus d'égards pour les préjugés païens. Mais on ne retrouve plus ces audacieux défis qui veulent briser l'orgueil de secte. Tertullien met au contraire beaucoup de soin à s'emparer des vérités communes sur lesquelles l'accord est fait ou près de se faire entre la foi et le bon sens naturel. Nous en verrons plus d'un exemple, à commencer par l'unité (lu Dieu suprême^. Quand il doit proposer la donnée chrétienne à ceux qui l'ignorent, Tertullien ne s'entoure pas seulement de t(''moignages historiques, il recourt aux précautions oratoires, il atténue ce qu'une doctrine si nouvelle peut avoir d'offensant pour le sens humain, il insinue que, s'il faut à toute religion des postulata. ceux de la religion chrétienne ne sont pas les plus durs à admettre. Doit-il parler de l'Incarnation? Il ne craint pas d'évoquer le souvenir de l'anthropomorphisme païen'.
1. En (|iioi il applique lepi'incipe général énoncé' l'r. Il : QuaPivnduin est (lonoc invonias, ot credendnm iilii invenci'is. et nihi! nmpiius uisi custodionduni <|Uod crodidisti.
■2. Ainsi /'rrix. 10 : Niliil Doo tliflicilo. Quis hoc ni'.sciat?Kt impossiliilia apud saocuhini possibilia apud IJimuh quis ignorot?Et stulta niuiidi clcj^it Ii'^us ut confundat sapicntia... Plane nihil Doo diflicile. Hod si lam abrupto in praosumptionibus nostris liac sentcntia utaniur, quidvis de Deo confingere poterimus. quasi fecerit quia lacère potuerit. Non auteui. quia omnia potest lacère, ideo quoque credendum est illuin fecissi' etiaui quod non fecerit. Sed an Iccerit requirendnni.
:î. Ch. Il, ;^ 1, p. 37 sq.
4. Ap. v'I : Iteeipito intérim banc ral)ula"iii. similis l'st vestris. - Ce
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Doit-il parler de la résurrection corporelle? Il s'autorise de ceux qui ont tant divagué sur la métempsycose*. On ne saurait ex])loiter j)lus audacicusement les préjugés de ladversaire. Ce langage n'est pas d'un homme qui veut être cru sans raisons, et cru d'autant plus qu'il affirme des choses plus incroyables. Avant de se donner au christianisme. Tertullien l'avait méconnu et raillé-; s'il s'était ensuite rendu, il prétendait bien ne lavoir fait qu'à bon escient''. Il monlrc une confiance si intrc- })ide dans les preuves qui l'ont vaincu qu'il ne craint pas de promettre la foi à quiconque voudra bien interroger l'Ecriture en toute loyauté. Cette confiance, qui sans doute n'était pas la moindre puissance de l'apologiste, achève de donner son vrai caractère à la démonstration rationnelle que nous avons esquissée. Tertullien croit tellement à la force de la vérité chrétienne aidée par la grâce divine, qu'après avoir gravi la pente qui mène à la foi, il se porte garant du succès pour tous ceux qui s'y engageront après lui : Qui audierit, inveniet Deum; qui etiatn studuerit intellegere, cogetur et credere '*.
procédé d'argumentation n'était pas nouveau : Tatien en disait autant aux Gi'ecs {Discours, 21.) Voir encore saint Justin, 1 Ap. 54.
1. /?.. passim. — Au reste, ce n'était là encore qu'un lieu commun de l'apologétique.
2. Ap. 18 : Ilaec et nos risimus aliquautlo. De vestris sumus. Fiunt, non nascuntur Christiani.
3. Par ailleurs il insiste souvent sur le caractère éminemment rationnel des œuvres divines. Paen. 1 : Res Dei ratio, quia Deus omnium conditor niliil non ratione providit, disposuit, ordinavit, nihil non ratione tractari intellegique voluit. — 1 M. 23 : Sicut naturalia, ita rationalia in Deo omnia. — An. IG : Naturale enim rationale credendum est, quod aniniae a primordio sit ingenitum, a rationali videlicet auctore. — Mais les raisons de Dieu sont souvent mystérieuses : /.'. 3 : Ratio autem divina in medulla est, non in superficie, et jilerumque aemula manifestis. — Neander, un Juif converti au protestantisme, commente e.xcellemment ces paradoxes de la foi, que Tertullien avait appris de saint Paul. Anlignoslicus-, p. 171 sq; 370 sq.