‹ La théologie de TertullienChapitre 67 sur 455 · Prax · texte numérisé non relu

Prax

TRINITÉ. COXTRt: PRAXÉAS. 09

la Vierge et né d'elle, Homme-Dieu, Fils de l'homme et Fils de Dieu, surnommé Jésus-Christ; qui a souffert, est mort, a été enseveli, selon les Ecritures, qui a été ressuscité par le Père, et rappelé au ciel, où il siège à la droite du Père, qui doit venir juger les vivants et les morts, qui a envoyé, selon sa promesse, lEsprit-Saint ou Paraclct, venu du Père pour sanctifier dans la foi ceux qui croient au Père, au Fils et au Saint- Esprit. Telle est la règle immuable de IKvangile, antérieure à tous les hérétiques, dont Praxéas vint hier grossir les rangs. Cette déclaration générale, opposée une fois pour toutes aux hérésies quelles qu'elles soient, pourrait suffire, même dans le cas présent. Néanmoins, Tertullien consent à discuter de plus près, pour n'avoir pas Fair de condamner l'erreur sans l'entendre. Avant tout, il faut redire que l'unité de Dieu n'est pas en question, puisqu'on admet une seule substance divine en trois personnes. Père, Fils et Saint-Esprit. Trois personnes, non par la condition, mais par le degré, non par la substance mais parla forme, non par la puissance mais par l'aspect; une substance, une condition, une puissance, car il n'y a qu'un seul Dieu se communiquant dans la diversité de degré, de forme et d'aspect, sous les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit'.

A travers les impuissances d'une terminologie rudimentaire, on reconnaît ici une profession nette du dogme de la Trinité. Le reste du traité n'en est que le développement.

Les simples et les maladroits- — c'est le grand nombre parmi les fidèles — prennent ombrage du nom de Trinité, comme s'il cachaitune résurrection du polythéisme. Nous nous en tenons, disent-ils. à la monarchie. Et les Latins s'en vont répétant ce nom de monarchie, comme un mot d'ordre qui les dispense de réfléchir. Les Grecs eux-mêmes refusent de comprendre l'économie de la Trinité. Mais enfin, que veut dire

1. Prax. 2 : Sic quoquc uniis sitoiiuiia dum o.\ uno omnia, per siil)Stantiae se. uiiitateiii ; et nihilomimis custodiatur ooconomiae saci-amciUiiin. nuae iinitatom ia trinitatem disponit, tros dii-if,'ons, l'atroni et Filiiini ci SpiritiiniSanctuni.Trcsautem non statu. sodirradu, nccsubstantiasodl'onua. nec potf'Statc sod spocle ; unius autom substantiae ot uniiis status et uuius potestatis, quia unus Deus, ex quo et p^radus isti et formae et siteejcs in nomine Patris etFilii et Spiritus Sancti di'putantur.

•2. Prax. :>.

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monarchie y Unité de pouvoir. Dans un royauniC; lunité de pouvoir n'est pas détruite par l'association au trône d'un prince royal, non plus que par la désignation de divers oITiciers de la couronne. Ainsi en est-il dans la monarchie divine : ni ces milliers d'angles qui, selon l'Écriture (Dan. 7, 10), assistent au trône de Dieu, ni le Fils et le Saint-PJsprit qui, après le Père, participent à la même substance, ne portent la moindre atteinte alunite. Ils sont au contraire les organes essentiels de cette monarchie. Tout autre est le concept des Valentin et des Prodicus. qui érigent en face du Créateur d'autres puissances indépendantes, par conséquent rivales : ceux-là détruisent effectivement la monarchie. Et comment porteraitelle atteinte à la monarchie ' , cette doctrine selon laquelle le Fils procède uniquement de la substance du Père, ne fait rien sans la volonté du Père, tient du Père toute puissance? Selon la même doctrine, l'Esprit-Saint procède du Père par le Fils. Ceux-là bien plutôt portent atteinte à la monarchie qui en suppriment l'économie et les degrés voulus de Dieu. Mais la monarchie demeure si bien sauve dans la Trinité que, selon l'Apôtre (1 Cor. 15, 24. 25. 28), le Fils doit remettre son royaume au Père et rentrer lui-même sous le sceptre paternel. Ce texte de l'Apôtre, d'ailleurs conforme à l'oracle du psaume (Ps. 109, 1) suffît à établir la distinction du Père et du Fils. Mais il faut étudier de plus près -, à la lumière des Ecritures, tout ce qui concerne le Fils [an sit, et qui sit, et quomodo sit). Quelques-uns ont cru le reconnaître au début de la Genèse, dans ces mots : In principio . Mais on n'a pas besoin de cet argument scripturaire pour le trouver en Dieu avant l'origine du monde. Avant toutes choses. Dieu seul existait. Seul, mais déjà portant en lui sa pensée [ratio, sensus). Cette pensée, les Grecs l'appellent d'un nom qui signifie aussi parole : Aoyoç. Pour simplitier, les Latins ont aussi adopté un terme unique : Sermo; et ils disent que le Sermo, ou Verbe divin, était en Dieu dès le commencement. Au fond, assez peu importe qu'on dise ratio ou sermo. Sans doute, par nature, la

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