POLLUTIONS NATURELLES
comme une décharge naturelle, et même, dans de certaines limites, n'est pas sans utilité. Nul doute que la réplétion des canaux spermatiques ne soit le point de départ d'impressions nerveuses plus ou moins inconscientes, en vertu desquelles, le sujet qui les éprouve est davantage sollicité du côté des fonctions génitales.
Or, chez l'homme viril, à partir de la puberté, et surtout dans les conditions d'excitation nerveuse auxquelles nous soumet plus ou moins la vie civilisée, la pollution nocturne peut se produire ainsi spontanément, sans prendre le caractère d'un accident fâcheux, mais, comme une de ces tristes exigences, auxquelles nous soumet périodiquement notre nature déchue. D'après les faits que nous avons observés, nous serions tentés de conclure que le fait peut se produire une fois ou deux par semaine, à de certaines périodes de l'adolescence, une fois par semaine environ chez l'homme fait, une fois par mois vers l'âge dit de retour, c'est-à-dire aux environs de cinquante ans. Mais ces chiffres n'ont rien d'absolu et comportent de larges exceptions.
Sans doute le fait n'est pas absolument constant, la fonction génératrice peut sommeiller à tel point chez certains sujets, que la pollution leur soit inconnue, mais c'est là un cas rare et exceptionnel. D'autre part, il est certain que la pollution est déterminée le plus souvent par un mauvais couchage, par une chère trop abondante, et surtout par un écart de régime, ou encore par l'usage de quelque aliment trop excitant, enfin par des écarts d'imagination ou par de fâcheux spectacles. Mais il faut se rappeler que ce ne sont là, bien souvent que des causes occasionnelles ou déterminantes, comme on dit en médecine ; en d'autres termes, une occasion dont la nature profite ; elle s'exonère ainsi d'un produit qu'elle avait préparé pour l'émettre au dehors,mais qu'elle eût pu d'ailleurs, sans cetto occasion conserver indéfiniment en elle-même.
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Lorsqu'elles se produisent dans cette mesure, les pollutions sont encore suivies d'un état de fatigue et de malaise physique, quelquefois assez marqué (courbature lombaire, mal de tête, dyspepsie) ; elles sont aussi un danger moral; à ce double titre, il est bon de les éviter. Mais j'ai vu souvent des personnes s'exagérer la portée de ces accidents, au point de les déplorer comme une faute et de les redouter comme un danger grave pour la santé. C'est une exagération dont il importe de préserver ceux qui s'y abandonnent; et cela d'autant plus, que l'on sait quelle part énorme les passions tristes et l'hypocondrie peuvent prendre aux progrès de l'onanisme véritable, soit à titre de cause, soit à titre d'effet.
Rien en effet n'est plus propre à favoriser de tristes habitudes, que cette préoccupation continuelle de l'esprit et son application portée exclusivement sur des organes, dont elle ne peut qu'exagérer encore la sensibilité déjà excessive.
En présence de tels sujets il faut donc avant tout, les rassurer sur la portée physique et morale de la pollution prise en elle-même, pourvu qu'elle se produise en dehors de toute provocation volontaire, directe ou indirecte, et dans la mesure déjà indiquée. Il faut engager ces personnes à se distraire de semblables idées par l'exercice et le travail. Il faut au besoin faire violence à leurs scrupules et leur enjoindre de chasser ces préoccupations, et même les leur représenter comme une tentation et comme un piège. Quelques moyens médicamenteux prescrits par un médecin, qui ne les emploiera qu'avec prudence et discrétion, pourront compléter ces conseils ; on diminuera ainsi la tendance aux pollutions, dans ce qu'elle peut avoir de maladif ou d'exagéré, en même temps que les précautions de l'hygiène en éloigneront les occasions. Et il arrivera souvent qu'une prescription médicale de peu de portée physique, réussira à achever
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la cure, en raison de l'effet moral quelle aura produit.
2° 11 est en cette matière une erreur que Ton commet plus souvent encore : elle consiste à regarder comme une perte séminale un flux qui en est bien différent et qui n'a ni la même origine, ni la même composition, ni par conséquent la même importance. C'est une sorte d'écoulement glaireux, comme il peut s'en produire à la surface de toutes les membranes muqueuses; il ne renferme donc pas les animalcules qui caractérisent la liqueur spermatique. C'est un produit normal, dont la formation s'exagère facilement, sous l'influence des causes irritantes quelles qu'elles soient; il naît de la surface même de ces membranes et dans les follicules et dans les glandes qui leur sont immédiatement annexés. Son rôle paraît être de maintenir ces surfaces dans un état d'humidité et de lubréfaction suffisante, pour assurer l'intégrité de leur nutrition et de leurs fonctions. Ce flux muqueux se produit facilement sur la muqueuse des voies génitourinaires, où beaucoup de causes peuvent y donner lieu.Ilapour siège ordinaire laprostate et les follicules muqueux du canal uréthral. Quelques dispositions morbides constitutionnelles y exposent certainement, telles que la scrofule ou le lymphatisme. Et les causes locales qui peuvent le mieux y concourir sont : une inflammation antérieurement contractée, toutes les maladies de la prostate et celles des organes du voisinage, telles que les hémorroïdes ; une habitude de constipation excessive peut avoir le même effet. Cet écoulement peut enfin être la suite de l'excitation produite sur la muqueuse des organes génitaux par la masturbation.
Ce flux diffère de la perte séminale, non seulement par sa nature, mais encore par le moment où il se produit ; et c'est le caractère qui permet facilement de les distinguer, dans l'ordinaire. Le flux muqueux est
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permanent,ou bien il se produit à l'occasion des efforts dus à la défécation ou à une miction difficile ; il se montre dans les urines et ne tarde pas à se déposer au fond du vase dans lequel on les recueille. Une courte analyse chimique permet de manifester sa présence. Au contraire, la perte séminale est d'ordinaire seulement nocturne, ou bien elle succède à une provocation volontaire ou involontaire, et elle s'accompagne d'une sensation qui lui est particulière. Quand elle devient diurne et qu'elle se produit dans des conditions analogues à celles du flux simplement muqueux, c'est que le mal a fait de grands progrès, et l'état général du sujet l'indiquera du reste. D'ailleurs l'examen microscopique de la matière du flux en question, fait par un homme tant soit peu expert, lèvera tous les doutes; on y retrouvera des spermatozoïdes si c'est une pollution, et rien de semblable si c'est un simple flux. On rencontre quelquefois des cas dans lesquels l'excrétion muqueuse est provoquée par des manœuvres illicites. Il est bien évident que, dans ces cas, quelque fausse que soit la pollution, la manœuvre par laquelle elle a été provoquée constitue une action coupable, dont l'appréciation rentre dans les faits consignés au chapitre précédent. Il est d'autres cas observés, dans lesquels le flux muqueux, purement prostatique et non séminal, peut cependant s'accompagner d'une sorte de sensation voluptueuse, au moment de son émission. Il est évident qu'ici encore, il y a lieu d'agir comme dans le cas de pollution proprement dite, et de combattre ou de prévenir cet accident par les moyens appropriés, enfin de nele tenir pour coupable, que dans la mesure seulement où sa provocation aura été consciente et volontaire. Enfin, quand l'écoulement muqueux s'accomplit sans éréthisme ni sensation, sans stimulation directe ni indirecte, il n'y a point lieu de s'en occuper moralement, il ne relève que de la médecine.
3° Les actes physiologiques dont l'analyse nous montre l'enchaînement dans les pratiques de l'onanisme, peuvent se rencontrer à l'état incomplet; les premiers en particulier, peuvent faire défaut dans certains cas, rares sans doute, mais qu'il faut connaître. Je veux parler des cas dans lesquels la sensation initiale de l'acte réflexe est subjective.
L'excitation portée sur les organes externes est communément la première phase de cette évolution; et l'impression produite sur les centres nerveux est la deuxième. Or, cette première phase peut manquer, et les centres nerveux concevoir malgré cela une sensation, dont l'origine est ailleurs, dans le souvenir, dans l'imagination, ou dans toute autre modification des centres nerveux. Ceux-ci peuvent être impressionnés directement, comme si l'excitation avait été portée sur les organes périphériques, et la sensation qui en résulte, est rapportée par la conscience à ces organes, qui en sont habituellement le siège et le point de départ. Tel est le mécanisme des sensations que les physiologistes appellent des sensations subjectives, autrement dit, sans objet extérieur, et en particulier, tel est le mécanisme de celles qui nous occupent.
Or, l'imagination et le souvenir peuvent, en dehors de la volonté, provoquer la pollution, comme il arrive dans le rêve par exemple. Nul doute que celle-ci ne puisse se produire sous l'influence de modifications purement physiques du système nerveux central, d'une façon tout accidentelle et absolument étrangère à toute participation volontaire. Ce qui ne veut pas dire que la volonté ne puisse, à un moment donné, réveiller ces souvenirs, rechercher ou provoquer ces images et engager alors totalement la responsabilité de celui qui les recherche, ou même celle du sujet qui seulement s'y complaît et s'y arrête.
Ce mode subjectif de l'excitation sensitive est certainement une des formes les plus ordinaires de la