CHAPITRE II
De la pollution chez l'homme.
§ler.
Nous appelons pollution toute évacuation spermatique, soit nocturne, soit diurne, matériellement et actuellement involontaire.
Avant d'aborder directement cette grave et difficile question, présentons quelques considérations philosophiques et physiologiques sur cette espèce d'aberration fonctionnelle. D'abord cette excrétion, qui paraît anormale, parce qu'elle paraît sans but physiologique, pourquoi est-elle si fréquente? Mais on peut demander aussi pourquoi ces fréquentes évacuations sanguines, ces hémorrhagies nasales, hémorrhoïdales, cérébrales? etc.
Posons avant tout cette proposition incontestée et incontestable : la raison et les sciences physiologiques nous disent d'une commune voix que, selon l'intention de la nature ou plutôt de l'Auteur de la nature, il doit toujours y avoir une juste proportion, un parfait équilibre entre la quantité des fluides animaux et les besoins particuliers et généraux de l'économie avec lesquels ces mêmes liquides sont coordon-
nés. Cette harmonie dans l'ordre physiologique doit être constante, universelle et invariable. — Pourquoi alors n'existe -t-il pas un rapport constant entre une fonction et sa destination ou son but? Pourquoi faut-il plus de fluide spermatique qu'il n'est nécessaire à la fonction génératrice? Pourquoi aussi se forme-t-il plus de sang que ne comportent les besoins de l'économie animale? Pourquoi, en un mot, toutes ces voies de décharge, toutes ces évacuations ou fonctions anormales et accidentelles plus ou moins déplétives et exonératives? — Précisément parce qu'il y a excès; mais cette exubérance nutritive vient des abus et des vices de l'homme, et non des aberrations ou des fautes de la nature.
Ces anomalies, qui sont en dehors du domaine des lois physiologiques, ne peuvent être l'ouvrage de la nature, parce qu'elles sont opposées aux tendances harmoniques et au but de l'organisme animal ; elles sont donc l'œuvre de l'homme. Tout est bien en sortant des mains de Dieu; et tout dégénère et bien souvent se déprave entre les mains de l'homme.
Et en effet il est certain que les infirmités humaines se multiplient et se compliquent à raison des progrès delà civilisation, c'est-à dire par ses raffinements et ses excès, qui amènent presque nécessairement la dégradation physique et la corruption morale. L'homme déchoit de sa constitution physiologique primordiale, s'énerve et s'abâtardit; le moral suit la dégradation physique. La raison est comme étourdie et frappée de vertige par l'assaut violent des passions; elle chancelle et succombe sous le poids des appétits sensuels et des charnelles voluptés On conçoit très bien, en effet, qu'une immense perturbation de l'état social, un vice d'éducation physique et moral, le luxe, l'abondance, la mollesse, les plaisirs, la corruption des mœurs, l'oisiveté, l'usage, disons même la passion effrénée des boissons alcooliques, fruits trop ordi-
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naires d'un excès de civilisation, ont dû modifier et altérer profondément la constitution humaine, et la soustraire par là à l'empire des lois de la sage nature et de la droite raison. On conçoit encore que cette condition anormale a dû altérer la complexion et le tempérament de l'homme, vicier et abâtardir tout son être tant physique que moral. De là sont évidemment dérivés tous ces besoins faux et factices, avec cette déviation vitale et nutritive, qui ont enfin amené toutes ces évacuations comme les saignements de nez, les flux hémorrhoïdaux, les hémorrhagies cérébrales, c'est-à-dire l'apoplexie, tous actes de décharge, que la nature emploie souvent comme un moyen de rétablir l'équilibre altéré de nos fonctions physiologiques, mais comme un moyen, qui souvent aussi manque son but. et même compromet en le manquant, la vie qu'il devait sauvegarder.
L'expérience prouve que les personnes qui joignent la sobriété à une vie laborieuse, exempte d'exaltations nerveuses et de grandes perturbations morales, ne sont généralement point sujettes à ces superfétations humorales et à la plupart de ces terribles maux, mais bien plutôt les gens qui vivent dans des conditions opposées.
Or, la pollution ne doit-elle pas aux mêmes causes sinon son existence, du moins sa grande fréquence? Tous ces flux surabondants et plus ou moins superflus, puisque leur existence n'est pas physiologiquement nécessaire et essentiellement inhérente à la condition physique de l'homme, sont devenus de véritables nécessités, et se sont enfin organiquement perpétués de race en race, par la voie de l'hérédité.
Ce n'est pas sur l'homme seul qu'un excès de civilisation exerce un fâcheux empire ; nos animaux domestiques subissent également son influence. Et en effet les animaux qui vivent en domesticité, dans la société de l'homme sont, comme lui, sujets aux infirmités, et,
comme lui, ils ont des médecins, tandis que les autres, qui vivent en liberté et dans l'état de pure nature, ne tombent guère malades. Parmi les végétaux, la culture fait également dégénérer quelques espèces. Les roses doubles qui croissent dans nos jardins sont de vraies monstruosités ; c'est la culture qui, par une exubérance nutritive, en fait changer les étamines en pétales, ce qui est une anomalie ou une monstruosité du règne phytologique, contraire aux lois primordiales de la physiologie végétale. L'églantier, qui est la rose de la nature, n'offre jamais que des fleurs simples. Rentrons dans notre sujet.
Si tous les désordres ci-dessus signalés, sont les causes de tous ces flux exubérants, sans en excepter absolument la pollution nocturne, on peut croire que les conditions ou les causes contraires doivent produire un effet opposé, c'est-à-dire avoir pour résultat, sinon la suppression totale de ces évacuations superflues et antiphysiologiques, du moins leur notable diminution. Or, l'expérience de tous les temps a prouvé que les hommes, toujours tempérants, sobres, chastes, maîtrisant parfaitement leurs passions et se conduisant constamment par les lumières de la raison, sont en général infiniment moins sujets à ces illusions de l'imagination et à ces souillures nocturnes. Ainsi, si l'état de perfection humaine exclut en général ces fréquentes contaminations corporelles, ce sera donc tendre à perfectionner l'homme, que de chercher à l'affranchir, au moins en partie, de cette triste et fâcheuse servitude, en s'efforçant de le soustraire à l'empire et à la tyrannie de ses passions; de le faire rentrer dans la condition d'innocence de ses mœurs primitives; et enfin de le rendre laborieux, sobre, tempérant, chaste et soumis à jamais aux sages lois de la nature et de la raison. Et il est très probable que dans les temps antiques, antédiluviens et voisins de la création, avant que toute chair eût corrompu sa
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voie, quand la nature était encore dans toute sa force virginale, il est très probable, dis-je, que la tempérance et la chasteté, avec une vie active, étaient la principale cause de cette prodigieuse longévité dont l'histoire s'étonne, que la philosophie admire, sans pouvoir l'expliquer parfaitement 4.
[Remarquons encore que, parmi les fonctions de l'économie vivante, celles de reproduction sont les plus temporaires, les fonctions dont l'exercice est le plus intermittent, celles qui sont le plus subordonnées à une foule de circonstances extérieures, même en ne tenant compte que des lois naturelles. C'est d'elles certainement que l'on peut dire : que, si les posséder en puissance est un des caractères essentiels de la virilité, les faire passer en acte n'ajoute rien aux aptitudes de l'individu, et peut au contraire diminuer en lui l'énergie dont il a besoin, pour le libre essor de ses aptitudes supérieures. J'insiste encore sur le peu d'importance relative qu'il y a pour l'individu, à perdre ou à retenir un produit de sécrétion, qui n'est pas élaboré pour être rejeté au dehors, au même titre que les excrétions nuisibles, les résidus et déchets de l'économie. La liqueur séminale, qui ne trouve à réaliser sa fonction que dans sa rencontre avec les éléments ovulaires de la femelle, peut donc être gardée par le mâle, sans aucun danger pour lui.
Elle diffère sous ce rapport, de la matière des autres
* « Les peuples, dit M. le docteur Virey, à mesure qu'ils se sont montrés plus chastes, ont présenté plus de vigueur et de longévité. Ainsi les anciens Germains, si longtemps jeunes et daus l'innocence, qui connaissaient à peine l'union des sexes avant vingt et trente ans, étaient des espèces de Patagons, à grands et gros corps charnus, robustes, de longue et forte vie. Plus la puberté est tardive, ou moins on prodigue avant le temps le noble baume de l'existence, plus on conserve le trésor entier de ses facultés physiques et morales. » V. notre physiologie.
flux et sa suppression n'entraîne d'ailleurs que des inconvénients que l'on peut combattre.]
Les considérations qui précèdent nous portent naturellement à dire quelques mots de l'abstinence des fonctions génératrices ou de la continence absolue, c'est-à dire de l'état de parfaite virginité. Cette condition presque angèlxqm , qui paraît au premier aspect violer les lois de la nature, n'y est pas si opposée qu'on le pense communément. Mais, dira-t-on peut-être, tout être organisé est physiquement prédestiné à reproduire son semblable; son organisme l'y détermine , l'y impulsionne nécessairement, et l'homme qui viole cette loi universelle de la nature est un être qui se révolte contre l'ordre du Créateur. Philosophe matérialiste , ne confondez pas l'homme avec la brute; distinguez au moins une fois l'un de l'autre. Sachez donc que l'homme n'est pas le singe, un pur animal, sicut equus et mulus quibus non est infellectus.
[On se ferait d'ailleurs une assez fausse idée des lois de l'hygiène si l'on regardait toutes leurs prescriptions comme également absolues et constantes. Que la continence soit une exception aux lois ordinaires de la nature, cela est incontestable; mais au-dessus des lois de la nature, au-dessus des intérêts purement spécifiques de l'humanité, il est d'autres lois et d'autres intérêts , dont l'objet, supérieur à ceux-ci, justifie ces exceptions. Les lois sociales ne sont pas sans en commander d'assez fréquentes, en raison des intérêts de la communauté civile ; il n'y a donc pas lieu de s'étonner que, en raison des aspirarations les plus élevées de l'humanité, l'ordre religieux justifie d'autres exceptions. Et, qu'on n'objecte pas ici les intérêts de la société et la question de populalation. Le chiffre des sujets qui se vouent au célibat religieux est insignifiant, relativement à celui des célibataires qui n'ont pas le même motif; et, quant
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aux intérêts bien entendus de la société, ils peuvent bénéficier considérablement des travaux, des prières et des vertus, auxquels se consacrent les personnes qui embrassent le célibat religieux.]
Nous considérons l'homme tel qu'il est ou doit être véritablement, c'est-à-dire un être intellectuel, moral et social; il s'agit donc de l'homme civilisé. Or, l'histoire prouve que dans l'ordre social, l'état de virginité n'est pas contre la nature humaine. Toutes les nations civilisées ont attaché une idée de perfection et de sainteté à l'état de continence, gardé par un motif ou un principe de religion. Cet état sublime, on l'a constaté chez tous les peuples, en tous temps, en tous lieux, dans le paganisme comme dans le christianisme; chez les anciens philosophes, les ministres des fausses comme de la vraie religion ; les vestales, les muses, les sibylles, les prêtres de Minerve, de Gybèle, d'Atys, etc. Donc, selon la maxime de Cicéron et du bon sens, ce qui a été toujours, partout et chez tous les peuples, doit être regardé comme une loi de la nature. Dans l'état de continence, de chasteté et de parfaite sobriété, avec abstinence de stimulations physiques, mentales ou morales, ou du moins avec leur répression convenable, l'appareil génital ne travaille, ne fonctionne guère que pour la conservation des forces viriles, ou pour le maintien de la virilité.
« Les philosophes matérialistes, qui ne voient dans l'homme que ses sens, montrent tous une aversion insurmontable pour la chasteté ; et cela seul prouverait combien leur doctrine est pernicieuse et fausse, même à ne la considérer que dans ses rapports avec la vie présente. Car, avant d'être un devoir de morale, la chasteté est une loi de conservation que la nature impose à tous les êtres vivants; et même si elle est un devoir pour l'être moral, c'est en partie parce qu'elle est une loi pour l'être physique. Hors quelques courts
moments destinésà la reproduction, les animaux sont chastes par instinct, sans quoi il y a longtemps que les espèces auraient péri. Loin que l'union des sexes ait le plaisir pour fin, le plaisir voulu, recherché comme fin, contrarie directement les vues de la nature dans cette union et tend même à éloigner un sexe de l'autre, en introduisant des mœurs infâmes, trop communes chez les anciens, et justifiées, conseillées môme, par certains philosophes. Oh! la vile créature que V homme, et abjecte, s' il ne se sent soulever par quelque rhose de céleste {.
« Pour peu qu'on ait conservé, je ne dis pas de conscience, de goût pour la vertu, de respect pour soimême, mais de prévoyance et de raison, il est inouï qu'on s'abuse au point de mettre le bonheur dans une passion brutale, qui conduit tôt ou tard au dernier excès de la misère et de l'avilissement. Que l'ardente jeunesse, en contemplant les suites affreuses du dérèglement des sens, apprenne à réprimer des penchants funestes, toujours aisément maîtrisés par une volonté forte!
« Le premier effet, l'effet inévitable des habitudes voluptueuses, est de lier les puissances de l'âme et d'en exclure toute autre pensée que celle des plaisirs dont elle s'est rendue l'esclave. Distrait par des plaisirs sans cesse renaissants, obsédé d'impurs fantômes, l'osprit perd sa vigueur et sa fécondité; tout s'altère et dépérit, la mémoire s'éteint, le caractère s'énerve, le cœur se dessèche. On ne sait plus aimer, ni compatir, ni répandre les délicieuses larmes de l'attendrissèment. Le visage même s'empreint d'une expression dure et repoussante. Des traits heurtés et morts annoncent que la source des doux sentiments, des pures émotions, des joies innocentes est tarie.
« On dirait que la vie s'est réfugiée tout entière
1 Montaigne.
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dans les organes; mais les organes mêmes s'usant bientôt, les infirmités, les maladies, les souffrances accourent en foule. J'ai vu, et le souvenir m'en sera toujours présent, j'ai vu de ces malheureuses victimes d'une passion dévorante, offrir à la fleur de l'âge la dégoûtante image d'une complète décrépitude : le front chauve, les joues hâves et creuses, le regard plein d'une tristesse stupide, le corps chancelant et comme courbé sous le poids du vice, épuisées de vie, de pensées, d'amour, déjà hideusement en proie à la dissolution ; à leur aspect on croyait entendre les pas du fossoyeur se hâtant de venir enlever le cadavre. » [Indiff. en mat. de religion.)
Enfin il est faux de dire que tous les êtres organisés, c'est-à-dire tous les individus de toutes les espèces, doivent nécessairement se reproduire. Nous voyons dans les espèces animales qui vivent en colonies sociales et républicaines, comme les abeilles, les fourmis, les termites, des êtres primitivement et naturellement vierges ou eunuques si l'on veut, qui, selon les lois de leur nature, ne peuvent ni ne doivent jamais procréer.
Mais revenons à l'homme. Ce dominateur de la nature terrestre n'est donc pas uniquement créé pour vivre, se reproduire, mourir et rentrer dans le néant. Cette image de Dieu, ce roi de la création est un être intellectuel, moral et social; il a une origine et une destination célestes. Il faut donc qu'il cherche la lumière de la sagesse, cette inextinguible lumière de l'éternelle vérité. Inextinguibile est lumen illivs. (Sap., vu, 10.)
Les anciens sages de la Grèce, Socrate, Platon, Pythagore, etc., guidés par les seules lumières de la raison, ou plutôt par quelques débris traditionnels de la révélation primitive, avaient déjà entrevu dans un obscur lointain les beautés et les charmes de la vérité. Ils avaient senti qu'il fallait sacrifier à l'acquisition de
la sagesse, les jouissances de la vie terrestre, et qu'au milieu des occupations matérielles, l'esprit est incapable de saisir les hautes vérités intellectuelles. C'est par un genre de vie austère, abstème et presque ascétique, qu'ils se sont élevés à une immense hauteur l.
Nous terminerons ces réflexions, par un passage pittoresque de M. Virey, faisant allusion aux contemplatifs, soit religieux, soit philosophes. L'auteur ne peut être suspect de mysticisme, puisqu'il est médecin, philosophe, naturaliste, académicien, etc.
« Mortels sublimes, anges de la terre, passagers sur cette planète, où vous vécûtes étrangers aux fureurs et aux attentats qui la ravagent, les cieux vous protègent; vous resplendissez dans votre humilité même, au-dessus des couronnes et des empires ! Heureux dans la simplicité de l'innocence, ignorant l'injure et les artifices de la fraude, tantôt douces colombes, tantôt aigles planant au-dessus de la foudre, vous contemplez à vos pieds les ignobles intérêts pour lesquels tant de créatures s'entr'égorgent. Qu'est en effet cette vie, entre les abîmes de l'éternité, et ce globe, à travers ces légions d'astres innombrables qui roulent dans les profonds espaces des cieux ! Et, nous nous croyons quelque chose ! alors nous méritons de mourir. »
On a distingué la pollution en nocturne et en diurne. La pollution nocturne est celle qui survient ordinairement pendant le sommeil de la nuit. Il serait plus exact et plus convenable de l'appeler active, parce qu'elle a lieu avec éréthisme ; et alors toute pollution offrant ce caractère et survenant même dans l'état de
1 Voir plus loin ce qui est dit plus spécialement de la continence, à propos de l'ascétisme.
76 MOF.CHIALOGIE.
veille serait une pollution active, par opposition à la pollution passive ou diurne. Cette dernière n'a lieu que le jour, ou pendant la veille et sans aucun éréthisme, ordinairement au moment de la défécation, même quelquefois immédiatement après la miction ou l'émission des urines, très souvent sans la moindre sensation et même à l'insu des personnes. Mais ces distinctions sont plus utiles aux pathologistes ou aux médecins, qu'elles ne conviennent à notre objet, qui est la conduite morale. Nous conserverons donc l'ancienne division : pollution nocturne et diurne.
Elle a lieu ou peut avoir lieu chez tous les hommes, depuis la puberté jusqu'à la vieillesse plus ou moins avancée. Notre sujet ne demande point que nous fassions ici l'exposé des détails théologiques, que nous supposons suffisamment connus de tous les confesseurs ; notre principal objet est de leur faire connaître ce que nous croyons nouveau, d'éclaircir les doutes ou de dissiper les difficultés, à l'aide des principes des sciences physiologiques etpathologiques. Passons donc immédiatement aux points obscurs ou fort mal élucidés jusqu'à ce jour.
Quelle est la règle à suivre ou la conduite à tenir lorsque, une pollution préparée, imminente ou commencée pendant le sommeil, on se réveille avant qu'elle soit consommée ? — Un très grand nombre de théologiens soutiennent que nul n'est tenu de l'arrêter. Mais, avant de rien décider sur cette délicate question, nous citerons les textes des plus célèbres auteurs, qui ont formulé leur opinion sur ce point. Gela fait, la lampe de la physiologie et la logique à la main, nous scruterons, nous examinerons la question avec soin, dans le but d'y répandre un jour nouveau et d'apprécier à leur juste valeur les opinions théolo-
piques sur cette matière. Voici quelques textes originaux :
« Non tenetur quis (modo tamen absit periculum « consensus in voluptatem, nec voluntarie promoveat) ;< impedire pollutionem sponte sua evenientem, aut « jam cœptam., v. gr., in somno reprimere, sed potest « sanitatis causa sinere ut natura se exoneret : quia id « non est procurare sed pati ut effluat quod, alias « corruptum, sanitatem lsederet. » {Gomment. S. Ligorii in Busenbaun^ lib. ni, num. 479.)
Voici maintenant le texte propre de S. Liguori et les autorités qu'il cite :
« Quando pollutio incipit in somno, et emissio con- « tingit in vigilia semiplena, tum, si homo aliquam <r experitur delectationem, non plene deliberatam, « non peccat quidem nisi venialiter, ut bene notant « Sanctus Ant.,p. 2. n. 6, c. v, in fin. Navarr., c. xiv, « n, 8, v. non est. Salm., de Qprœc, c. vu, ». 74 ; ac Con- « rbia, n°4s. Quando vero emissio incepit in somno, « sed postea consummatur in plena vigilia, eo casu « (modo absit consensus in delectationem, vel proxi- « mum consensus periculum ex praeterita experientia) « non tenetur homo illam cohibere; tum, quia diffi- « cillimum est avertere exitum seminis jam e lumbis « elapsi, ut communiter dicunt DD. cum Salm., 1. c, « Nav.Azor. Trutt., etc., tum quia non tenetur per- « sona cum periculo morbi ex semine corrupto retento « efîusionem impedire, ut docent Sanch. de matr. 1. ix, « D. 17, n. 16. Conc, 1. c, Spor., de matr., n. 657. <( Holzm. de Gprœc, n. 688. Tamb. 1. vu-, c. vu, § 2, « n. 17. Et alii communiter; tune enim illa pollutio- « nem non vult, sed mère patitur. » (/>'. IJgorio, t. II, lib. m, n. 479).
Citons encore un auteur plus moderne, un célèbre théologien français, Mgr Bouvier : « Quœritur ad quid « teneatur homo qui,evigilans advertit se pollutionem « experiri. — R. Débet mentem ad Deum elevare, eum
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« invocare, signo crucis se munire, delaatationi volup- « tatis renuntiare, et modo hœc faciat, securus esse « potest, nec tenetur naturae impetum continere ; tune « enim secretio humorum jam facta est in vasis sper- « maticis, necesse est ergo ut flexus hic et nunc vel « postea locum habeat, alioquin semen e renibus exci- « sum corrumperetur, et in sanitatis detrimentum « vergeret. » (J. Bouvier, Dissertatio in sextum Decalogi prœceptum, p. 65.)
Du contenu de ces divers textes il résulte que les théologiens décident que l'homme, se réveillant au moment d'une pollution imminente ou commencée, peut absolument se constituer dans un état purement passif et abandonner à la nature un accident ou un effet, auquel sa volonté n'a pris aucune part, pourvu qu'il n'y ait nul danger de consentement. Et la raison sur laquelle ils appuient cette décision canonique est que le fluide spermatique, plus ou moins sorti de ses réservoirs, doit nécessairement s'altérer et se corrompre au préjudice de la santé. Il faut, dit-on, au moment de la crise, élever son esprit et son cœur à Dieu, invoquer son secours, se munir du signe de la croix et renoncer à tout sentiment de volupté, etc. ; et après cela on doit demeurer en paix, sans chercher à contrarier le mouvement et l'effet de la nature, chose à laquelle d'ailleurs on n'est pas tenu, parce que, diton, si l'éjaculation était brusquement et violemment arrêtée, le fluide spermatique se corromprait et deviendrait par là un principe ou une cause de maladie ou de grave indisposition. Voilà le sentiment des plus célèbres théologiens.
Cette opinion de la corruption séminale, bien qu'elle soit généralement admise par les théologiens, ne repose cependant que sur un fondement ruineux, ou plutôt c'est une erreur physiologique manifeste, reconnue aujourd'hui par tous les physiologistes.
On prétend que la liqueur spermatique, une fois
sortie plus ou moins de ses réservoirs, doit se corrompre et altérer la santé par son état de viciation ou ses qualités malfaisantes. Or, cette altération prétendue n'a lieu fort heureusement que dans les livres et dans les cabinets des théologiens, et non dans le laboratoire de la nature.
Ce qu'il y a de très certain et d'inattaquable en bonne physiologie, c'est que la portion du fluide séminal qui est parvenue jusque dans le canal de l'urèthre, doit nécessairement être éliminée du corps, soit immédiatement, soit avec ou par l'excrétion urinaire, et ne peut avoir le temps de subir aucune altération; et, pour le reste de la liqueur spermatique qui devait faire la matière de la pollution avortée, empêchée ou prévenue d'une manière quelconque, et qui n'est pas encore sortie des canaux éjaculateurs, cette portion rentre ou reste dans ses réservoirs, avec toutes ses qualités naturelles et vivifiantes. Non seulement elle ne cause point de maladies par sa corruption, mais elle est encore une source de force et de vigueur, soit pour le corps, soit pour l'esprit. Voilà un fait physiologique d'une certitude inébranlable. Nous ne voulons pas relever ici une erreur grossière d'anatomie que commettent les théologiens, parce que cela ne fait rien à la question. Ils disent que la semence est formée et sécrétée dans les reins, è renibus excisum; nous regardons cela comme une expression métaphorique sans aucune conséquence. Les reins ne forment autre chose que l'urine, et la liqueur séminale est faite dans les testicules. Ils tombent encore dans une autre erreur, quand ils avancent que le sperme, déjà entré dans ce qu'ils appellent les vaisseaux spermatiques, doit tôt ou tard être expulsé.
Voyons maintenant les conséquences pratiques que l'on peut déduire de ce nouveau principe ou de ces vérités physiologiques.
Nous pensons que tout homme qui éprouve une
<S0 MCECHIALOGIE.
pollution commençante ou très imminente, et qui ne peut l'arrêter sans ressentir de cette brusque suppression un grave incornmodum, n'est pas tenu de se faire cette violence , si toutefois il n'y a point de danger de consentement, parce qu'il n'est pas obligé de comprimer un mouvement, ou d'empêcber une excrétion exonérative, que la nature, dans l'état actuel de viciation physique et morale de l'homme, semble souvent susciter pour le soulagement du corps et le repos de l'esprit; surtout si l'on ajoute qu'il n'a posé aucune cause, ni physique ni morale, ni prochaine ni éloignée.
Ce principe a son application, particulièrement chez les sujets forts, robustes, sanguins, ardents , d'un tempérament erotique, éprouvant actuellement tous les effets d'une pléthore spermatique ; et encore dans quelques cas que des dispositions nerveuses extraordinaires, ou des idiosyncrasies nerveuses spéciales assimilent aux premiers, comme nous en avons rencontrés ; mais ces derniers cas sont assez rares. Chez tous les autres sujets, nous croyons généralement que l'on doit au moins tenter de prévenir ou d'arrêter une pollution imminente , parce qu'il ne faut pas s'exposer à un danger ou à une occasion prochaine de péché, lorsqu'on possède quelques chances de pouvoir l'éviter. Cette conduite est encore plus nécessaire aux personnes physiquement plus ou moins faibles, ou déjà presque épuisées par de nombreuses pollutions nocturnes, ou d'autres anciens excès ; et enfin à certaines personnes à conscience timorée, ou trop faibles à résister à l'attrait du péché ; parce que, indépendamment de la perte de la santé et même de la vie quelquefois, l'habitude des pollutions s'établit, et par conséquent, pour quelques-uns peut-être, le danger ou les occasions de pécher se multiplient à proportion. Nous avons vu des jeunes gens, que des pollutions nocturnes avaient conduits presque au bord de
la tombe, revenir à la plénitude de la vie et de la santé, par l'usage du moyen que nous leur avions indiqué, dans le but de rompre net et brusquement l'habitude fréquente des pollutions. Nous avons guéri, par le même moyen, d'autres sujets tourmentés à l'excès par des peines de conscience survenues à l'occasion des pollutions, et que ces accidents nocturnes, dont leur imagination, la faiblesse de leur esprit et leurs vains scrupules grossissaient excessivement le danger, auraient peut-être pu conduire au désespoir ou à la folie.
Vous voyez d'après cela, que notre principe n'a pas pour conséquence et effet constant, l'espèce de quiètisme ou l'état de passivité, qui est la conséquence ou le résultat du principe des théologiens. On a vu que leur méthode absolue est appliquée à tous les individus, à tous les tempéraments, à tous les caractères et à toutes les consciences.
Voici maintenant le sentiment d'un théologien fort sage et fort prudent, qui, dans son laconisme, s'il n'atteint pas toujours le vrai dans ces matières difficiles et abstruses, est au moins un de ceux qui s'en rapprochent le plus près.
« Nec incœpta in somno continuari potest post evi- « gilationem juxta multos, contra non paucos qui di- <l cunt, ob incommoda ex cohibitione forsan eventura, « posse simpliciter permitti continuationem, cor ad « Deum elevando. Ita Gerson, Billuart, etc., quia, « inquiunt, praeter incommoda et corporis gravamen. « pollutio in somno inchoata ulterius non subjacet « voluntati. Sed hœc ratio ad assensum non rapit. « His ergo theologis assentirer tantum cum, quod « rarum , verum adest sibi graviter nocendi peri- « culum, sine periculo consensus in re tam lubricâ : « aliundè non sat efficax forte foret displicentia, si « pollutio non cohiberetur per aliquem saltem cona- « tum , v. g., retinendo ejaculationem, quserendo
82 MŒCIIIALOCtIE.
« locum lecti frigïdum, è lecto prosiliendo : idem die « si accidat in vigiliâ. » (Vernier, Theologia practim, t, I, p, 431.)
Il nous semble qu'il existe une contradiction entre les citations de S Liguori et de M. Vernier. Ces deux auteurs, d'une opinion contraire sur la question, citent l'un et l'autre Gerson ' comme un théologien dont le sentiment est opposé au leur. Il s'ensuit donc que nécessairement l'une des deux citations est erronée, ou que Gerson lui-même s'est contredit.
Il suffit de faire remarquer que, dans ce passage de M. Vernier, on voit que l'auteur embrasse en partie l'opinion que nous avons émise plus haut, et qui s'éloigne de la doctrine d'un grand nombre de théologiens célèbres, comme Sanchez, S. Liguori, Mgr Bouvier, etc. Notez ces paroles de son texte : His ergo theologia assentirer tantùm cùm, etc.; déplus remarquez les paroles suivantes : Non sat efficax for le foret displicentia, sipollulio non cohioeretur per aliquem saltem conatum, etc. (Voyez le texte plus haut.) Ces paroles montrent assez d'ailleurs qu'il rejette l'opinion de la passivité; que S. Liguori appuie l'opinion de Gerson, quoique au fond la sienne soit celle de Sanchez, c'està-dire la passivité. Voici les paroles attribuées à Gerson, par S. Liguori, qui dit : Bene tamen monet Gerson. (Alph. 38, 1. III, prop. 9.) Suivent les paroles de Gerson selon S. Liguori : Pro exécution» virtutis et evitatione periculi, vidctur expediens ut homo conetur prohibere quantum et commode fier i potest^ .
1 La citation du passage do Gerson est rapportée ci-après.
2 Dans le même texte de Gerson on trouve les paroles suivantes que S. Liguori a omises : Qunniam, etsi hœcretentio nocere debeat corpori,prod,erit anima?. Natara denique postmodum, uno modo vel alio, talem humorem a se ejicit. Pxtet in mulieribus puerperis, quibus siccantur mammse dum non elicitw, lac, alioquin semper fluere paratum est, (Note de la troisième édition.)
De tout ce qui précède, nous croyons pouvoir conclure : que l'on doit faire ce que l'on peut moralement, pour prévenir ou empêcher une pollution imminente, excepté les cas ci-dessus posés, p. 80. L'expérience nous a prouvé que, de ces mesures préventives il ne résulte, dans des circonstances données, que des avantages réels et positifs, tant physiques que moraux, surtout si l'on y procède par la méthode que nous conseillons ordinairement, et qui est iniiniment plus sûre et surtout moins perturbatrice que tous les moyens brusques proposés par les théologiens, lesquels d'ailleurs manquent très souvent leur but.
Si l'on parvient à prévenir ou à arrêter les pollutions, on se préserve de leur habitude, qui peut entraîner de graves inconvénients. En second lieu, en les refoulant en quelque sorte vers l'intérieur, on les force pour ainsi dire à devenir sourdes et latentes, c'està-dire à faire brusquement irruption sans évigilatioti, ce qui sans doute est préférable sous tous les rapports.
Nous avons ci-dessus insinué que toute méthode de suppression brusque et soudaine pourrait notablement gêner certaines personnes à pléthore spermatique, ou des sujets très nerveux, ou chez lesquels il existe une disposition spéciale, idiosyncrasique ; mais l'expérience nous a encore prouvé que cette gêne, cet embarras ou ce sentiment pénible n'est que momentané. Nous n'avons pas encore vu en résulter aucun dérangement appréciable dans la santé ; peut-être aussi parce qu'alors les pollutions deviennent latentes et sans évigilation. Quoi qu'il en soit, on peut, dans ces derniers cas, se borner à quelques tentatives d'efforts physiques, pour mieux témoigner l'opposition et la résistance de la volonté à toute espèce de désordre moral.
Nous ne pensons pas cependant, conformément au principe que nous avons établi ci-dessus, que,
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dans ce cas, l'on soit strictement obligé à cette conduite (pourvu qu'il n'y ait point de danger de consentement), parce qu'alors la pollution, dans l'état actuel de l'homme, est, comme tout autre flux, une espèce de fonction de déplétion et d'exonération établie par une loi physiologique, c'est-à-dire par la nature, dans un but d'ordre, de soulagement et de conservation de l'individu.
La pollution dont la brusque suppression n'est point suivie du grave incommodum ci-dessus mentionné, n'est réellement point une fonction qui a un but, mais un accident sans objet. Tout acte de la vie humaine qui n'offre point un but physiologique sage et appréciable, n'est proprement point une fonction : ainsi manger dans un état de satiété, par pure gourmandise et sans aucun besoin, n'est point exercer une fonction, c'est abuser d'une fonction ou d'une faculté physique. On peut donc dire d'après cela, que toute pollution dont la suppression brusque cause un grave incommodum quelconque, par cause spermatique ou nerveuse, est une évacuation que l'on peut respecter, et abandonner à la nature, comme une fonction qui a un but déplétif et exonérattf ; et qu'au contraire, toute autre dont la suppression n'est pas suivie du grave incommodum n' est point censée une fonction déplétive et exonérative, et que par conséquent il faut la supprimer, comme pouvant physiquement et moralement devenir dangereuse. Cette espèce de pollution donc, qui n'est point arrêtée, est, si l'on veut, dans le principe, physiquement indifférente ; mais, abandonnée à la nature, elle peut facilement dégénérer en habitude, et entraîner à la fin des suites plus ou moins graves, tant au moral qu'au physique. Et en effet, indépendamment de la débilitation du corps, il s'ensuivra encore un affaiblissement des facultés intellectuelles et morales, de l'âme, du caractère, etc. Il est inutile de parler d'un autre genre de péril inhérent à l'habitude de la pollution,,
i'est-à-dire du danger possible du consentement.
Ce que nous avons dit de la suppression des pollutions nocturnes doit encore plus étroitement s'appliquer aux pollutions actives, qui surviennent dans l'état de veille ou pendant le jour : ce sont les diurnes actives ou avec éréthisme. Il ne faudrait pas se persuader faussement, que , lorsqu'il surviendrait quelques graves accidents erotiques, ils devraient être exclusivement attribués, même chez les individus à pléthore spermatique, à la rétention ou à un excès de fluide séminal, dont le superflu est toujours éliminé tôt ou tard, mais plutôt, en grande partie du moins, à l'aberration ou à un excès d'exaltation et de concentration nerveuse, jointe à un surcroît de sensibilité ou à l'exaltation du sens génital; ou encore à quelque principe acre provenant de la malpropreté (matière sébacée ou smegmatique) fixée sur les organes génitaux.
Xous ferons observer en passant que le fluide spermatique ne peut nullement être assimilé aux divers autres flux sanguins ou autres. Ceux-ci peuvent être provoqués pour le soulagement du corps; le fluxus séminal jamais, à cause de la lubricité de la matière, la différence de destination et l'immense gravité des conséquences.
Les principes que nous venons de formuler paraîtront peut-être à certaines personnes un peu rigides ou trop rigoureux. Il n'en est rien cependant; et c'est ce que nous allons mettre dans un plus grand jour par l'examen d'une singulière question soulevée par les théologiens même les plus modernes. La voici cette question :
« Quseritur, dit Bouvier, an licet, ope medicamento- « rumàmedico pra3scriptorum,dissolvereetexpellere « semen morbifîcum cum periculo verte pollutionis.
« R. Communiùs affirmant doctores, modo sola « intendatur sanitas, et pollulio directe non excitetur,
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« nec desideretur, nec et, praeter intentionem acci<- « denti, assentiatur, et semen certo sit corruptum. Sic « Sanchez, Layman, Billuart, Ligorio, etc., contra « P. Concina, Bonacina, Lacroix de Lugo et plures « alios. »
Nous ne rapportons ici cette étrange question que dans le but de la signaler en passant. Nous laissons toutefois au lecteur le soin de l'apprécier à sa juste valeur scientifique et théologique. Seulement nous en prendrons l'occasion d'engager les théologiens, non pas à proclamer toujours leurs affirmations comme le sentiment commun des docteurs, communias affirmant doctores, mais à élaguer de leurs livres, les plus recommandables par la pureté et l'orthodoxie des doctrines, ces sortes de questions qui sont oiseuses, inconvenantes et sans aucune portée pratique.
[Debreyne a parfaitement raison de soutenir que la corruption de la semence retenue dans ses voies naturelles d'excrétion, n'est qu'une hypothèse que rien ne justifie et qui ne peut suffire à motiver l'opinion la plus large, admise par S. Liguori et par Mgr Bouvier. Mais cette question peut être envisagée sous un autre point de vue, capable d'appuyer l'opinion de ces éminents théologiens.
Ce point de vue est le suivant : l'ébranlement provoqué dans le système nerveux central, au moment où se prépare la pollution, et dès avant l'émission spermatique, constitue un état d'excitation, d'éréthisme, qui ne saurait être prolongé sans inconvénients, sinon sans danger. C'est pourquoi il est mal, dans l'accomplissement du mariage, de s'efforcer de retarder le moment de l'éjaculation , dans l'intention de prolonger cette jouissance. Il est d'ailleurs évident que ce mal ne constitue pas une faute grave, puisqu'en la commettant, on ne va pas contre l'exercice et le but de la fonction naturelle , mais qu'il ne constitue
DE LA l'OLLUTlON NOCTURNE. 81
qu'une recherche un peu trop sensuelle dans l'accomplissement de l'acte.
L'émission spermatique constitue donc une sorte de crise, après laquelle cesse l'état d'excitation nerveuse et l'éréthisme provoqué par les sensations préparatoires; elle en est comme la détente naturelle. Quand l'éjaculation ne se produit pas, ou bien quand elle est réprimée par la volonté, il en résulte un état de malaise plus ou moins durable, pendant la durée duquel le système nerveux garde une susceptibilité maladive. Sans doute ce n'est pas encore la maladie confirmée, mais c'est un état fâcheux, d'où la maladie pourra naître plus tard, si surtout le fait est souvent reproduit. Enfin , la modification ainsi déterminée dans l'activité du système nerveux, restera comme une provocation à de nouvelles excitations et comme une prédisposition à certaines maladies nerveuses , qu'une cause occasionnelle quelconque suffira dès lors à faire éclore.
Une grande prudence est donc nécessaire en cette matière, et je crois bon d'y recommander la solution la plus tolérante. C'est-à-dire que toute pratique qui aura pour effet, dans l'acte du mariage, de déterminer cette détente chez l'un et l'autre conjoint, pourra être permise, pourvu d'ailleurs que le rapport soit effectué dans les conditions normales et physiologiques , c'est-à-dire conformes à la nature. S. Alphonse de Liguori, Sanchez, Mgr Bouvier se sont aussi arrêtés sur ce point à la solution la plus tolérante, mais en se basant sur un motif qui n'est pas fondé. Ils ont pensé que la semence retenue dans ses voies naturelles d'excrétion, pourrait y devenir le siège d'une corruption dangereuse. Or j'ai déjà montré (et Debreyne le fait aussi) que cette raison n'est pas fondée. Mais ai-je dit, il en est une autre qui n'a pas été appréciée jusqu'ici, que je sache, et c'est celle que je viens d'indiquer : c'est la perturbation nerveuse
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qui peut persister dans l'organisme, entretenue par la suppression de l'acte qui forme la crise naturelle de l'excitation vénérienne. C'est encore là une espèce de grave incommodum, qui peut résulter d'un rapport sexuel incomplet, ou de la répression d'une pollution imminente.
Nul doute cependant que des personnes énergiques ne puissent aussitôt faire diversion à ce malaise, et en s'y prenant à temps, ne puissent distraire leur système nerveux de l'impression sous le coup de laquelle il tend à demeurer : l'application du froid sur les parties sexuelles, une marche rapide de quelques instants pourront parfois y suffire ; mais ils n'empêcheront pas que le sujet ne reste pour quelque temps irritus, c'est-à-dire dans un état d'excitation pénible et plus ou moins fâcheux.
D'ailleurs l'importance de ce grave incommodum sera appréciée surtout en raison de la persistance du malaise qui le traduit, et aussi en raison du tempérament plus ou moins nerveux des sujets chez lesquels il se sera produit.
Il ne faudrait pas cependant que, de cette considération, on vînt à conclure que la consommation de la pollution provoquée, n'ajoute pas à la faute un caractère plus grave que celui qu'elle possède sans cela. La pollution est malsaine par l'ébranlement nerveux qu'elle provoque, elle est coupable, parce qu'elle est une recherche de la délectation vénérienne, en dehors de la fonction naturelle à laquelle cette sensation est attachée ; et comme cette dérogation aux lois de la nature est plus complète quand la pollution est effectuée, la faute est alors beaucoup plus grave. Et cette consommation de l'acte coupable ne saurait invoquer, pour se justifier, les inconvénients que je signalais tout à l'heure, comme attachés à la suspension de l'acte vénérien. D'où l'on peut conclure, com-
bien il importe d'éviter toutes les occasions susceptibles de provoquer de telles excitations.]
C'est une maladie, dit Lallemand, qui dégrade l'homme, empoisonne ses plus beaux jours et ravage sourdement la société.
La pollution diurne est celle qui a lieu pendant le jour, ou plus généralement et plus exactement, dans l'état de veille. Ainsi, d'après cela, la pollution qui arriverait au milieu de la nuit, sans sommeil, devrait être assimilée à la pollution diurne et être regardée comme telle dans la pratique. Tout se réduit pour nous à ceci : une pollution diurne est celle qui survient dans l'état de veille complète; elle est active ou passive. L'active est celle qui a lieu avec éréthisme et sensation, ou par stimulation physique ou mentale, comme par exemple par l'équitation, etc., par le fait d'une imagination vivement frappée, par l'action des sens fortement appliquée à certains objets qui ébranlent puissamment le moral de l'homme, etc. On peut rapportera cette sorte de pollution, celles qui ont été déterminées quelquefois par la fustigation ou par les purgatifs drastiques.
Quant à la conduite à tenir dans ces sortes d'accidents, on suivra en général les principes que nous avons formulés pour les pollutions nocturnes ; mais on s' y comportera avec plus de sévérité, parce que l'homme est ici tout à fait compos sut, plus libre et plus maître de son organisme.
11 n'est pas très rare de rencontrer des sujets qui, par la force de la tentation, par une imagination fort échauffée ou un vif souvenir de leurs anciens désordres, paraissent presque irrésistiblement poussés à se toucher soit directpmc-nt, soit indirectement. Cet état
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mérite beaucoup d'attention, parce que assez souvent, ces sortes de personnes succombent à la violence de la tentation et déterminent ou favorisent la pollution, sinon par des attouchements directs ou manuels, du moins par certains mouvements instinctifs ou semiinstinctifs, ou même pleinement volontaires, imprimés au corps ou aux membres. Sans doute ces sortes de pollutions ont lieu contre l'intention des personnes, mais apparemment aussi, leur volonté est fortement affaiblie et comme entravée par la force de la passion ou de la tentation.
Dans tous ces cas, on ne doit point excuser complètement ces pénitents quand ils sont dans un état de veille parfait, et, pour les juger et apprécier leur degré de culpabilité, il faut considérer leur degré de piété, de crainte de Dieu et de haine du péché, c'està-dire l'ensemble de toute leur conduite.
Cette sorte de tentation peut devenir quelquefois assez forte, assez impérieuse et assez tyrannique, pour nécessiter l'emploi de certains moyens mécaniques, comme la ligature des mains et l'application de certains appareils qui rendent tout attouchement absolument impossible. Ce sont là sans doute des moyens singuliers et extrêmes, mais après tout, ils deviennent quelquefois nécessaires.
La pollution diurne, que nous avons qualifiée passive, est celle qui survient ordinairement pendant le jour, au moment de la défécation, ou même immédiatement après l'acte de la. miction; elle a lieu sans éréthisme ni sensation , et même très souvent d'une manière inaperçue ou à l'insu des personnes ; elle peut aussi survenir avec les caractères de passivité latente pendant le sommeil, mais beaucoup plus rarement. On dira peut-être : où est ici le danger moral, si la pollution est non seulement involontaire, mais encore inaperçue et insentie? et à quoi donc bon d'en parler ?
D'abord cette pollution, étant souvent la suilc de grands excès antérieurs et de longues habitudes, soit vénériennes, soit onaniques, peut donner la mesure de leur intensité et de leurs conséquences, sur lesquelles il peut être bon de revenir quelquefois. En second lieu il est utile, et même essentiel, que le confesseur sache que ces sortes de pollutions changent notablement le caractère des personnes, y impriment un cachet de tristesse, de mélancolie et d'hypocondrie, à tel point que les malades, car c'est une vraie et fâcheuse maladie, perdent non seulement la santé par l'abolition totale des fonctions digestives et par le marasme, mais encore, poursuivis qu'ils sont par un immense et inexorable ennui ou dégoût de la vie, ils peuvent se livrer au désespoir et terminer leur triste vie par un affreux suicide. 11 est donc de la plus haute importance, aussi bien pour le moraliste que pour le médecin, d'être averti sur ce point, d'autant plus qu'une fois le mal reconnu, la guérison en est presque certaine.
Les pollutions diurnes, d'après les belles et nombreuses observations de M. le professeur Lallemand, peuvent être produites par d'autres causes que celles déjà ci-dessus énoncées. Ces causes, autres que celles de coupables excès, peuvent être la présence de vers parasites dans le rectum, la constipation opiniâtre et persévérante, les hémorrhoïdes, les fissures à l'anus, la matière sébacée amassée sous le prépuce, un prurigo, de l'eczéma, du lichen, une dartre prurigineuse quelconque fixée aux organes génitaux, etc., etc.
D'après les observations de Wichmann, de Sainte- Marie et de M. Lallemand, il est bien des hypocondries, des fièvres lentes hectiques comme nerveuses, des consomptions, des étisies ou apparences de phthisies pulmonaires, qui résistent aux médications les plus rationnelles, que l'on regarde comme incu-
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rables, et qui cependant ne sont produites que par la pollution diurne.
Quoiqu'il n'entre guère dans notre sujet de parler des moyens que l'on peut opposer aux pollutions, nous ne pouvons pourtant pas terminer ce chapitre et tout ce qui se rattache à cette matière, sans indiquer au moins brièvement, les principes généraux d'un traitement matériel ou médical.
Voici donc les principaux moyens hygiéniques : ne jamais se coucher sur le dos, mais seulement sur les côtés, et toujours sur le lit le plus dur que l'on pourra supporter, ou au moins ne se servir que d'un matelas de crin, le tout dans le but spécial d'éviter un excès de chaleur pendant le sommeil ; éviter avec soin la constipation et la réplétion de la vessie. On suit un régime doux, sobre, et lacté; on soupe fort légèrement; on s'abstient d'aliments échauffants, excitants, épicés et flatueux, de poisson de mer, et surtout de crustacés, écrevisses,homards. etc., ainsi que des boissons spiritueuses et même de la bière , etc. Manger et boire froid le plus que l'on pourra, prendre des boissons frappées de glace, et même de la glace pure. Des bains froids de rivière, d'étang et surtout de mer conviendront beaucoup ; on fera des lotions froides au périnée et même des applications réfrigérantes locales au moyen d'une vessie renfermant de la glace pilée, de la neige ou de l'eau très froide. De petits lavements froids, simples ou préparés avec une décoction de houblon pourront être pris avec avantage, une ou deux fois par jour. On se livrera à un exercice modéré, des promenades fréquentes et légères au grand air et surtout à la campagne ; on entretiendra doucement les fonctions cutanées, et on évitera le froid et l'humidité, etc., etc.
Quant aux moyens pharmaceutiques, les meilleurs sont, dans le cas de faiblesse ou d'atonie générale et locale, les préparations ferrugineuses et le quinquina,
auxquels on peut ajouter quelquefois avec beaucoup d'avantage, les absorbants, la magnésie, l'eau de cbaux, etc.
[Et comme agents plus spéciaux, on pourra employer utilement lelupulin,le camphre, les bromures, et en particulier le bromure de camphre. (V. Spermatorrhée, in notre Traité de thérapeutique.)]
Quant aux pollutions diurnes passives, on les combattra généralement par un régime plus fortifiant et plus restaurant, et par des médications plus toniques, à l'aide de préparations de fer et de quinquina. On emploiera des bains froids de rivière, d'étang et surtout de mer, des réfrigérants locaux, etc. ; quelquefois aussi des bains sulfureux peuvent être très utiles. Enfin le dernier et le plus efficace de tous les remèdes contre la pollution diurne passive invétérée paraît être la méthode du professeur Lallemand, c'est-à-dire la cautérisation de la portion prostatique du canal de l'urèthre par le nitrate d'argent. [Cette pratique, peu employée aujourd'hui, ne mérite peut-être pas l'abandon qu'on en a fait.]
[L'examen, au microscope, de la liqueur séminale peut être demandé par le médecin, dans un but utile, pour la solution de certaines questions médicales, soit diagnostiques, soit pronostiques. Quelle conduite doit suivre le malade, ou le sujet auquel cette demande est adressée? Cet examen suppose qu'il faudra recueillir la liqueur en question, et communément l'on ne voit à cela d'autre moyen que d'en provoquer l'excrétion. Or cette provocation est illicite et constitue même une faute grave. — J'ai vu des confesseurs qui, en pareil cas, n'hésitent pas à absoudre les sujets qui, sont évidemment dans la bonne foi et à qui, l'utilité du but à atteindre a fait perdre de vue la turpitude du moyen qu'ils y ont employé. Cetto solution n'est pas sans dangers, et puis elle n'est pas complète; car on ne rencontre pas toujours tant
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de bonne foi ou de simplicité. Le seul conseil pratique à donner en ce cas me paraît être le suivant :
La personne qui consulte sur ce point n'est pas sans éprouver des pollutions spontanées ; l'éveil de son esprit à l'endroit de ces matières suffirait à en causer d'ailleurs; et si c'est une personne mariée, on peut lui conseiller de s'abstenir de rapports conjugaux, jusqu'à ce que se produise une perte spontanée de semence. Au moyen de quelques précautions préalables , telles que l'adaptation d'un mouchoir ou même d'une toile gommée autour du membre viril, le produit de cette pollution pourra être facilement recueilli et remis à qui de droit. Ce moyen échappe à toute imputation mauvaise, tout en satisfaisant aux exigences que peut présenter la maladie ; mais encore sera-t-il bon, en ces matières, de s'adresser à un médecin capable de comprendre et de respecter (sinon de les partager) les scrupules du croyant, et de lui faciliter les moyens d'agir selon sa propre conscience, tout en satisfaisant à ce qui lui est demandé.!
§3. — 1° POLLUTIONS NATURELLES, 2° FAUSSES POLLUTIONS, 3° SENSATIONS DITES SUBJECTIVES.
1° Je crois devoir ajouter ici ce chapitre, au sujet de quelques accidents dont certaines personnes se préoccupent souvent avec excès, ou même à tort.
L'excrétion de la semence n'est certainement pas un acte nécessaire à la santé, et sa rétention dans les canaux spermatiques ne paraît pas susceptible de provoquer de graves inconvénients. Mais la production de cette liqueur échappe totalement à notre spontanéité, et il est aussi certains sujets, dans de certaines conditions hygiéniques, chez lesquels la pollution nocturne, toute spontanée et involontaire, se produit