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CHAPITRE III

De l'onanisme ou de la masturbation considérée dans le sexe féminin.

§ 1er-

La femme, cette organisation si frêle et si délicate, presque toute faite de nerfs et de sensibilité, est l'être le plus impressionnable et le plus sensible de la nature vivante.

Mais trop souvent cette sensibilité n'est plus remarquable que parses écarts, ses aberrations, parfois même par sa dépravation, surtout si une mauvaise éducation vient donner au sentiment moral une impulsion ou une direction fausse et vicieuse. Rien, en effet, n'est plus propre à exalter la sensibilité, à amollir le cœur et à disposer le système nerveux aux plus funestes perturbations, qu'une éducation molle et voluptueuse. On sait assez que la lecture des romans, les plaisirs des sens, la fréquentation des bals et des spectacles, la culture des arts d'agrément, comme la musique, la danse, etc., exercent une prodigieuse influence sur le moral de la femme. L'expérience prouve tous les jours que la musique particulièrement attendrit et amollit les âmes, ou exalte immensément le système nerveux, et parla, trop souvent, ouvre la porte à toutes les vapeurs et à tous les accidents nerveux, qui sont le triste apanage des femmes de la classe opulente.

La plus fréquente de ces maladies nerveuses, c'est l'hystérie avec toutes ses suites, et particulièrement une certaine disposition erotique qui peut conduire aux plus grands désordres, à la masturbation et quelquefois même à la nymphomanie ou fureur utérine. La maladie hystérique, vulgairement connue sons lo

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nom de passion hystérique, est une affection convulsive, spasmodique, suffocante, propre aux femmes et surtout aux jeunes filles ; elle est souvent occasionnée par l'influence dominante du système nerveux utérin ou du sens génital. Quant à ses crises ou à ses accès, ils sont très rarement dangereux et se terminent quelquefois par une espèce d'évacuation critique, propre à ces sortes de personnes. L'antiquité païenne possédait déjà le secret de faire cesser certains paroxysmes hystériques. Galien en rapporte un exemple. Des médecins plus modernes , tels que Zacutus, Hoffmann et bien d'autres encore, citent de pareils faits; et même de nos jours on voit encore quelquefois certaines matrones ou des commères trop officieuses recourir à des moyens réprouvés par les lois de la décence et de la morale. Les moralistes et les directeurs des âmes doivent donc y faire une sérieuse attention.

La théologie nous apprend que, dans l'homme, l'onanisme ou la pollution volontaire est un mal intrinsèque, parce qu'il tend à détruire l'espèce et l'individu : d'abord l'espèce, parce que, outre que l'homme sera plus porté à s'éloigner du mariage, la masturbation indéfiniment continuée rendra enfin le sperme improlifique; en second lieu, l'individu, par la destruction totale delà santé qui amène la mort. L'expérience journalière ne le prouve que trop.

[Le mécanisme physiologique de l'acte masturbateur chez la femme, est le même que celui que je viens d'exposer à propos du même acte chez l'homme. Une excitation initiale du côté des organes génitaux (objective ou subjective), une impression transmise aux centres de perception sensitive du système nerveux, enfin, une réaction qui se traduit par des mouvements spasmodiques et par le flux vaginal, (lequel peut manquer) et s'accompagne d'un ébranlement plus ou moins considérable de tout le système ner-

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veux central. Tel est l'enchaînement des actes qui se succèdent en pareil cas. La sensation qui accompagne l'excitation portée sur les organes sexuels, l'éréthisme qui le suit et l'ébranlement considérable auquel il aboutit, sont, chez la femme, comme chez l'homme, la source des accidents qu'entraînent de telles pratiques, et en particulier, de l'épuisement nerveux qui en est la conséquence nécessaire. Et quant à l'écoulement qui en résulte quelquefois , il n'a rien de spécial, et il est de tous points comparable à la salivation qui se produit, lorsqu'on vient à exciter la sensibilité de la muqueuse buccale. (Voy. de l'onanisme chez l'homme, ci-dessus, page 46.]

Quoique chez la femme, comme nous l'avons dit ailleurs, il n'existe pas de sperme proprement dit comme il y en a chez l'homme, la masturbation dans le sexe féminin ne laisse pourtant pas d'être intrinsèquement ou essentiellement mauvaise, parce que, outre qu'elle inspire aussi de l'aversion pour le mariage, elle tend à détruire l'individu, et par conséquent l'espèce indirectement. Si l'on nous objecte que la matière de la pollution volontaire de la femme n'est point prolifique, mais une simple excrétion muqueuse , nous répondrous que cette pollution est, par elle-même et par son mode, essentiellement libidineuse et doublement débilitante, d'abord par la déperdition matérielle, et plus encore par la perturbation et l'ébranlement nerveux qu'elle détermine, comme nous le voyons manifestement chez les enfants ou les garçons impubères, encore incapables de sécrétion séminale, et que la masturbation n'en conduit pas moins au marasme et quelquefois même à la mort. C'est donc ici évidemment la stimulation ou la perturbatiou nerveuse seule, qu'il faut accuser comme cause de tous les désordres. Si dans ces jeunes sujets il y a parfois quelque légère évacuation, elle est l'effet de la stimulation locale portée à l'excès, un simple flux muqueux,

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comme peut en produire toute surface muqueuse irritée : ibi stimulus, ibi fluxus. Il est bon de faire observer ici, pour prévenir une autre objection, que l'on n'a point à craindre l'habitude destructive et mortelle de toute autre excrétion soit sanguine, soit muqueuse, quel qu'en soit l'appareil organique, parce que celui-ci ne peut jamais devenir le foyer d'une sensibilité élective, erotique, et par conséquent énervante. L'homme périt par où il se reproduit.

Quoique la femme ne secrète point de véritable sperme, la masturbation est pourtant aussi funeste à ce sexe qu'à l'autre, pour les raisons ci-dessus exposées. Ce malheureux penchant, cette passion tyrannique fait chez la femme presque autant de victimes que chez l'homme.

Nous l'avons déjà dit, la coriuption commence au berceau, erraverunt ab utero. On rapporte, dans le Dictionnaire des sciences médicales, qu'une petite fille, dès l'âge de quatre ans, se livrait à la masturbation; à huit ans on découvrit ce vice, et l'on employa inutilement pour la corriger, tous les moyens que la prudence peut inspirer. Il ne servait de rien de lui lier les mains, elle parvenait toujours à ses fins, pardes moyens que l'on devine facilement. Elle mourut à douze ans, dans un marasme dégoûtant et dans l'acte même de l'onanisme. Le même dictionnaire cite ailleurs encore, un autre fait dont voici l'abrégé : Une petite fille qui n'avait pas encore trois ans, couchée sur le carreau et s'appuyant contre un meuble, se livrait avec fureur à l'onanisme. Rien ne put la corriger ; elle grandit sans que sa malheureuse habitude diminuât. Partout elle s'abandonnait par tous les moyens possibles à ses manœuvres destructives. Au moment de ses crises elle semblait avoir perdu presque entièrement la vue et l'ouïe. Elle recherchait la solitude, et souvent on la trouvait exténuée et assoupie. Cet état résista aux moyens de l'art. Enfin elle grandit néanmoins, s'en-

gagea dans le mariage, devint enceinte et succomba pendant le travail de l'accouchement. On nous rapporte, pendant que nous écrivons ceci, un fait que l'on ne peut lire sans effroi. Un saint prêtre a vu, il y a quelques mois, une petite fille de cinq ans que des religieuses étaient parvenues à retirer d'une maison de prostitution. Cet enfant déjà, nuit et jour, se livrait avec fureur à la pratique de la masturbation.

Voici encore une effrayante histoire d'une petite lille livrée au désordre dès l'âge de quatre ans : « Cette fille, dont les premières années s'étaient passées chez son aïeule, femme respectable et pleine de religion, avait environ sept ans quand elle revint chez sa mère. Pendant les premiers mois qui suivirent son retour, on remarqua qu'elle était triste ne s'amusait pas comme on le fait à cet âge, et ne caressait jamais ni son père ni sa mère; son embonpoint se perdait avec rapidité, et l'on cherchait en vain la cause de cet amaigrissement, quand un jour, quelques questions, peu explicites cependant, lui ayant été adressées, elle fit connaître, au grand étonnement de sa mère, en termes très clairs, qu'elle n'ignorait rien des choses dont on lui parlait. Immédiatement elle raconta ellemême que, depuis l'âge de quatre ans, elle s'amusait constamment chez sa bonne maman, avec des petits garçons de dix à douze ans ; que ce qui la rendait si triste depuis qu'elle était avec sa mère, était de ne plus avoir les mêmes occasions, mais qu'au surplus elle y suppléait toute seule. Les parents, désespérés, cherchèrent à déraciner ce funeste défaut; on employa les raisonnements, les caresses, les petits présents; on lui donna tous les vêtements qu'elle désirait; des médecins furent appelés ; on eut recours aux pratiques religieuses ; tout fut inutile : l'enfant portait la main sur soi jusque dans le sommeil.

« Mais un penchant horrible, bien plus horrible encore, ne tarda pas à se manifester. Cette petite fille

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fut prise du désir de voir ses parents mourir et même de leur donner la mort! Ce désir, elle l'exprimait avec une franchise épouvantable, ainsi que ses regrets d'avoir manqué les occasions de le satisfaire; aussi se promettait-elle bien de saisir avec empressement celles qui pourraient se présenter désormais. Avoir les hardes et l'argent de sa mère, puis aller ensuite avec les hommes, étaient les seuls motifs qu'elle donnait de ses affreux désirs. Bientôt les choses en vinrent à ce point, que les parents durent à leur sûreté de s'enfermer chaque nuit, leur fille n'ayant point dissimulé l'intention qu'elle avait de les assassinerpendant leur sommeil. La surveillance que ses habitudes avait rendue nécessaire, se trouvant ainsi interrompue, cette enfant put s'abandonner à elle sans contrainte; aussi n'y manqua-t-elle pas : c'était le seul de ses goûts qu'elle pouvait satisfaire. Elle ne pleurait, ne riait jamais, ne s'amusait de rien; assise toute la journée sur une très petite chaise, les mains croisées, elle portait les mains sur elle aussitôt que sa mère lui tournait le dos. Les châtiments ne réussirent pas mieux que les présents et les caresses. Son père un jour l'attacha avec une courroie au pied du lit pendant une demi-heure; elle ne versa pas une seule larme, et répondit froidement : Les coups ne me font rien, vous me couperiez le cou que je ne changerais pas. Tous ces faits donnèrent lieu à une enquête juridique d'où sont extraits les détails que nous venons de rapporter. » {Annales d'hygiène et de médecine légale, janvier 1832. Citation de M. Deslandes.)

11 serait difficile, si l'expérience ne le montrait, de se former une idée exacte de l'immense sensibilité erotique, ou, s'il est permis de s'exprimer en termes phrénologiques, de la sensibilité amative ou de ïama- Uvitè de la femme, à la prendre dès l'âge le plus tendre. Ce besoin de sensations et d'affections expansées se fait déjà et même particulièrement remarquer

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chez les petites filles, et peut facilement, s'il n'est prudemment comprimé ou sagement dirigé, conduire aux plus grands désordres et surtout à la masturbation, Voici ce que dit à ce sujet le Dictionnaire des sciences médicales : « Naturellement plus timides et plus cachées que les jeunes garçons, les effets de leur réunion (des filles), quoiqu'ils soient très fâcheux, le sont cependant moins que ceux de ces derniers. Toutefois, une coupable négligence dans les pensionnats déjeunes demoiselles, y laisse trop fréquemment introduire les désordres de la masturbation. Cette pratique est dissimulée aux yeux impénétrants ou inattentifs des maîtresses, sous le voile de l'amitié, poussée chez les adolescentes, dans un grand nombre de cas, jusqu'au scandale. Les liaisons les plus intimes sont formées sous ce spécieux prétexte; un même lit reçoit deux amies, et, par un raffinement inouï, l'on voit de jeunes filles se déchirer l'épiderme léger qui recouvre les lèvres et se donner des baisers ensanglantés, afin de mieux attester et l'ardeur qui les dévore et leur fidélité. Nous avons vu des billets de ces jeunes filles, à peine âgées de onze à douze ans, dont les expressions brûlantes et passionnées nous faisaient frémir. La lecture clandestine de certains livres, dans lesquels d'abjects auteurs se sont efforcés de retracer avec les couleurs les plus vives, les déplorables égarements des sens, est une autre circonstance non moins funeste, qui hâte la corruption des mœurs chez les filles. Ou peut affirmer que cette lecture des romans, qui devient avec tant de facilité l'objet d'une véritable passion pour les jeunes personnes, est aujourd'hui l'une des causes les plus actives de leur dépravation. « Chez elles, comme chez les jeunes garçons, les organes génitaux peuvent être naturellement doués d'une prédominance excessive d'action, qui maîtrise toutes les affections, tous les mouvements de l'économie, et qui les porte à titiller sans cesse la partie de

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ces organes qui est le siège de la sensibilité la plus exquise. Souvent de très petites filles sont ainsi entraînées par une sorte d'instinct à la masturbation. »

Un curé de campagne nous a assuré que sur douze petites filles qui devaient faire leur première communion, il n'y en avait qu'une qui ne fût pas livrée à de mauvaises habitudes. S'il en est ainsi dans les campagnes, a-t-on lieu de se rassurer beaucoup dans les villes, où la jeunesse est généralement plus sensible ot plus précoce, c'est-à-dire plus portée au vice et à la corruption ?

Nous allons rapporter encore quelques faits, propres à la fois à prouver l'existence de la masturbation dans le sexe féminin, et la gravité des désordres physiques et moraux que cause cette honteuse et criminelle manœuvre. Il est d'autant plus nécessaire de produire ici ces observations que, d'un côté, les médecins qui ont écrit ex professo sur l'onanisme ne disent que très peu de chose de la masturbation chez la femme, et que, d'une autre part, la plupart des moralistes, des casuistes et des théologiens la mentionnent à peine, comme désordre possible. Certains confesseurs, déjà assez vieux dans le ministère et fort instruits d'ailleurs, vont même jusqu'à nier ces sortes de désordres dans la femme, parce qu'ils ne peuvent s'en rendre compte ni en voir clairement les raisons. Il est fort ordinaire de voir des femmes consulter les médecins pour des délabrements de santé, des épuisements, des faiblesses considérables, des altérations notables de fonctions gastriques et utérines; et lorsqu'on leur en demande la cause, elles n'allèguent presque toujours que de grandes peines, de cuisants chagrins , des malheurs, et elles s'en tiennent là. Si souvent la sagacité du médecin n'y suppléait, les désordres subsisteraient indéfiniment et toutes les médications demeureraient impuissantes, en présence de maux dont la cause est ignorée. Tissot rapporte « qu'une fille âgée

de dix-huit ans, qui avait joui d'une très bonne santé, tomba dans une faiblesse étonnante; ses forces diminuaient journellement; elle était tout le jour accablée par l'assoupissement et la nuit par l'insomnie; elle n'avait plus d'appétit, et une enflure œdémateuse s'était répandue par tout le corps. Elle consulta un habile chirurgien, qui, après s'être assuré qu'il n'y avait point de dérangement dans les règles, soupçonna la masturbation. L'effet que produisit sa première question lui confirma la justesse de son soupçon, et l'aveu de la malade le changea en certitude ; il lui fit sentir le danger de cette manœuvre, dont la cessation et quelques remèdes ont arrêté en très peu de jours les progrès du mal et produit même quelque amendement. »

Voici enfin un fait récent que je tiens d'un des plus célèbres chirurgiens de Paris. Une jeune demoiselle de dix à onze ans, héritière unique d'une fortune considérable, fut traitée inutilement par les plus habiles médecins de Paris. Est appelé à latin l'homme de l'art qui a fourni ce fait; il n'est pas plus heureux que ses confrères. Ne pouvant s'expliquer cet insuccès général ni l'état de faiblesse toujours croissante de la jeune personne, il fait part à la mère de ses soupçons, sur la nature de la cause de tous ces accidents, que rien n'arrête. La mère, extrêmement étonnée et presque indignée d'une assertion qui lui paraissait si téméraire, soutient avec vivacité que la chose est impossible, vu que son enfant a toujours été sous ses yeux ou confiée à une gouvernante incapable de lui apprendre le mal. Cette gouvernante était une vieille femme qui avait élevé la mère, à laquelle elle n'avait jamais paru suspecte sous aucun rapport. Cependant le médecin fait éloigner la demoiselle de la mère et de la gouvernante; on la conduit à la campagne chez une de ses tantes, afin de la mieux dominer dans cet isolement calculé. Cette tante, usant de tout l'ascen-

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dant qu'elle avait sur son esprit, lui fait subir un interrogatoire secret. La jeune fille s'émeut, s'embarrasse, se décontenance, mais n'avoue rien ; son embarras l'a déjà trahie, et dès lors dans l'esprit de la tante sa défaite est assurée. Bientôt arrive le docteur, qui dirige contre la pauvre enfant une dernière et vigoureuse attaque. Mademoiselle, dit-il avec un ton d'autorité, de certitude et de conviction, le moment solennel est arrivé de nous dire ici la vérité et rien que la vérité. Madame votre tante et moi connaissons maintenant toute votre affaire; il ne s'agit plus que de savoir de qui vous avez appris cette détestable habitude qui a totalement ruiné votre santé et depuis quand ce funeste secret vous a été révélé ; car tout cela n'est certainement pas venu de vous-même. A ce langage sévère et inattendu la jeune fille se trouble ; on la presse, elle hésite, elle regarde sa tante et avoue tout. C'était sa vieille gouvernante qui lui avait appris la masturbation. Les secours de la médecine ont été impuissants pour lui rendre la santé qu'elle avait perdue. Après cela fiez-vous aux femmes, fiez-vous aux bonites, aux gouvernantes, croyez aux mères. Nolite confidere in mulier'ibus

Voici maintenant les caractères ou les symptômes principaux auxquels on pourra reconnaître la masturbation dans le sexe : état général de langueur, de faiblesse, de maigreur; absence de la fraîcheur, de la beauté, du coloris du teint, du vermillon des lèvres et de la blancheur des dents, qui sont remplacés par une figure pâle, amaigrie, bouffie, flasque, plombée ; un cercle bleuâtre autour des yeux, lesquels sont enfoncés, ternes et sans éclat; un regard triste, languissant, éteint, etc.; toux sèche, oppression, essoufflement au moindre exercice, apparence dephthisie commençante; assez souvent la menstruation subsiste, au moins au commencement, ce qui éloigne aussitôt l'idée d'attribuer l'altération de la santé à la suppres-

sion ou au dérangement du flux menstruel. Il n'est pas rare de voir la taille se dévier ou subir une déformation totale. Le moral s'affecte comme dans l'autre sexe : il survient de la tristesse, de la mélancolie ; on recherche la solitude ; on montre de l'indifférence, de l'aversion pour les plaisirs honnêtes et légitimes, et une foule d'autres caractères communs aux deux sexes. (Voyez ce que nous avons dit au chapitre Ier). « Les femmes, dit Tissot, livrées à cette luxure périssent misérablement ses victimes... Le mal paraît même avoir plus d'activité dans le sexe que chez les hommes... Les femmes sont plus particulièrement exposées à des accès d'hystérie ou de vapeurs affreux, à des jaunisses incurables, à des crampes cruelles de l'estomac et du dos, à des pertes blanches dont l'âcreté est une source continuelle de douleurs des plus cuisantes ; à des chutes, à des ulcérations de matrice, et à toutes les infirmités que ces deux maux entraînent; à des fureurs utérines qui leur enlèvent à la fois la pudeur et la raison, les mettent au niveau des brutes les plus lascives, jusqu'à ce qu'une mort désespérée les arrache aux douleurs et à l'infamie. »

« La nymphomanie, dit Cabanis, transforme la fille la plus timide en une bacchante, et la pudeur la plus délicate en une audace furieuse, dont n'approche pas même l'effronterie de la prostitution. »

Sondons enfin toute la profondeur de cet abîme de ténèbres et d'iniquité où la passion prépare et immole sourdement tant de malheureuses victimes. Ne craignons point, dans l'intérêt de l'humanité et de la morale, dans l'intérêt surtout du salut des âmes, de dévoiler les affreuses machinations de l'enfer. Et pourquoi garderions-nous un timide et scrupuleux silence, lorsqu'il s'agit d'arracher à la corruption une foule d'âmes infortunées, que l'implacable ennemi du genre humain tient sous son tyrannique empire? Ayons donc le courage d'entrer dans ces tristes détails.

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Nous admettons trois espèces ou trois modes de masturbation dans le sexe féminin : la première, la masturbation clitoridienne ; la deuxième, la vaginale ; la troisième, l'utérine. On verra plus bas le motif et le fondement de cette distinction.

1° La première espèce ou le clitorisme est la manière la plus ordinaire. Cette souillure manuelle se pratique spécialement au moyen du clitoris, qui, selon les physiologistes, « est venerei œstri vel carnalis « voluptatis sedes aut prœcipuumorganuum. In supe- « riori et mediâ parte vulvee, id est pudendi, colloca- » tur. » Il se présente sous la forme d'un tubercule allongé et imperforé, lequel, soit par l'éréthisme fréquent ou presque habituel qu'y entretient quelquefois la masturbation, soit par une disposition native, peut acquérir un développement extraordinaire, et propre à simuler en quelque sorte le pénis viril. C'est cette ressemblance grossière qui a pu faire croire, dans des temps d'ignorance, à l'existence des hermaphrodites. Cet organe, instrument malheureusement si fréquent de l'onanisme ou de la masturbation chez la femme, dans quelques cas rares, a été retranché par une opération chirurgicale. C'est encore au moyen de cette partie excessivement développée que quelques femmes, poussées aux dernières limites de la démoralisation, « conantur aliquando usurpare vel potius imitari vices « exclusive viriles. » Jadis les femmes romaines, au rapport de Juvénal et de Martial, étaient fort adonnées à ce genre de corruption, et Tissot assure que ce désordre révoltant est fréquent de nos jours. Plus haut il avait déjà dit, en parlant de cette passion étrange chez les femmes, que le danger n'est pas moindre que dans les autres moyens de souillure, que

les suites en sont également affreuses, et que toutes ces routes diverses mènent aux langueurs, à l'épuisement, aux douleurs, à la déchéance physique, à la mort.

On a demandé si l'ablation du clitoris, faite dans le simple but de guérir la nymphomanie ou la passion effrénée de la masturbation, ne pourrait pas devenir une cause de stérilité, et si dans ce cas cette opération, pourrait être permise en matière de morale. C'est sans doute là une question toute nouvelle. Nous avons tout lieu de croire que cette opération, qui se pratique d'ailleurs très rarement, ne peut rendre la femme stérile, parce que cette faible partie de l'appareil génital ne paraît nullement essentielle à l'acte de la fécondation. Le clitoris ne paraît être qu'un organe de volupté ; or la volupté n'est pas nécessaire, comme le prouvent les faits rapportés ci-après, chap. v. En attendant que des observations multipliées et bien constatées aient prouvé le contraire, nous demeurons persuadé que l'ablation du clitoris ne doit pas causer la stérilité, et qu'elle est par conséquent une opération aussi licite que l'amputation d'une autre partie, comme d'un sein malade.

On peut rattacher à la masturbation clitoridienne, celle qui d'ordinaire se fait non tactu manuaU, mais par tout mouvement volontaire, soit du corps, par son extension générale, soit des membres simplement, ou à l'aide de tous les corps ambiants.

2° La seconde espèce de masturbation est la masturbation vaginale Elle est moins fréquente et plus difficile à exercer. Cependant les conditions dans lesquelles elle s'exerce, ne rendent la passion ni moins violente ni moins criminelle. On pourrait même avancer, sans trop de témérité, que cette pratique suppose plus de corruption et une imagination plus lubrique et plus souillée ; car ce genre de masturbation ne se fait point « sine qualibet introductione, sive digitorum, « sive quorumlibet obviornm instrumentorum, » que

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de sataniques suggestions ne manquent pas d'offrir et d'administrer à la passion. Le croirait-on 1 on assure, et le fait n'est que trop certain, que le crime est froidement exploité par un autre crime, une horrible et inconcevable cupidité, une honteuse spéculation sur des moyens mécaniques inventés par l'enfer. Mais jetons vite un voile sur ces infamies.

3° Passons maintenant à la troisième et dernière espèce de masturbation ou la masturbation utérine, qui est beaucoup plus rare que les autres; mais qui peut-être est la plus grave, la plus dangereuse pour la santé, et par conséquent la plus criminelle, en raison du degré de malice des circonstances aggravantes. Dans cette dernière espèce de masturbation, « frequens « titillatus vel irritatio exercetur ad collum uteri (id « est ad inferiorem matricis partem, quse in vaginal « summitate reperitur) ope digitorum vel aliorum « quorumdam instrumentorum. » Cette circonstance, qui nous paraît notablement aggravante, doit donc être connue des confesseurs 1. Et en effet cette irrita-

1 Que les personnes qui nous demandent : « à quoi sert et à quoi conduit cette distinction ou cette division? » nous disent si un homme qui, par un raffinement de corruption, se serait fait une mutilation organique, qui l'eût rendu pour toujours inhabile à l'acte de la génération (témoin le fameux pâtre du Languedoc) ne serait pas plus coupable que celui qui se serait livré à la pratique de masturbation ordinaire, sans en avoir subi la même conséquence Aucun doute ne peut s'établir ici. Or ce qui est arrivé chez l'homme peut bien plus facilement avoir lieu dans la femme. — Si les pénitents sont obligés d'acciser les circonstances qui aggravent notablement le péché, et surtout celles qui en changent l'espèce, ne serait-ce pas également un devoir pour eux de déclarer en confession l'acte criminel qui les prive à perpétuité de l'aptitude génératrice ? Et, pour en revenir à l'espèce du n° 3, p. 142, la femme qui a criminellement détruit en sa personne la faculté de jamais concevoir, ne pèchet-elle pas bien plus grièvement que celle qui ne s'est livrée qu'à des actes de la masturbation ordinaire, sans perdre pour cela sou aptitude à la conception? Ces deux fautes sont-elles de même espèce? Et, si vous ne voulez pas, admettre la différence de l'es-

tion utérine, indéfiniment réitérée, peut amener directement la stérilité. Les autres modes de souillure manuelle pourraient aussi à la longue finir par rendre stérile, en conduisant au dernier degré de faiblesse et de marasme ; mais cette stérilité ne serait déterminée que d'une manière indirecte et accidentelle et par des causes générales, tandis que la dernière espèce ou la masturbation utérine, indépendamment de ces mêmes accidents, peut encore causer directement la stérilité, en déformant et en désorganisant le col utérin, par le développement d'irritations chroniques, d'ulcères et de tumeurs diverses. Ainsi, nous le répétons,

pèce, vous êtes certes bien forcé d'y reconnaître une circonstance notamment et terriblement aggravante : donc, dans tous les cas, il y a matière à accusation; donc aussi cette distinction n'est pas subtile, inutile et purement spéculative.

Si vous dites que, dans l'espèce, les personnes sont dans la bonne foi, je rétorque l'argument contre vous, et vous réponds que les pénitents peuvent être également dans la bonne foi dans une foule de cas où les théologiens les obligent à déclarer les circonstances qui aggravent notablement le péché ou qui en changent l'espèce, comme par exemple la fornication avec circonstance de la parenté et de l'affinité au degré le plus éloigné (inceste) ; ou la percussion d'un laïque, ou d'un clerc, ou d'un religieux; ou le cas de levis ou atrox percussio, etc. (censure). Je pourrais donc vous dire aussi : à quoi bon ici la déclaration de ces circonstance? Les pénitents sont dans la bonne foi, et hors d'état d'apprécier la valeur et la portée de ces distinctions théologiques. 11 résulterait donc de là, que la doctrine des théogiens sur les circonstances aggravantes serait entachée du même vice que la mienne. Mais comme cette doctrine des théologiens doit être maintenue, puisqu'elle est fondée sur les décisions du concile de Trente, il s'ensuit que la nôtre, qui lui est identique, doit l'être également et nécessairement. Enfin, cette distinction ou cette connaissance peut aider au moins le confesseur à mieux juger de l'état ou du degré de passion de sa pénitente, ce qui est toujours fort utile : mais pour cela il n'est pas abligé de faire des questions directes : il peut se contenter d'interroger d'une manière générale et implicite; ou, suivant les circonstances , se borner même au rôle de simple auscultateur.

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la dernière espèce ou la masturbation utérine, outre qu'elle peut, comme les autres, produire les effets généraux et même la mort, est de plus capable de déterminer, par son action locale, une stérilité directe et incurable. Que les confesseurs se rappellent ce passage de saint Césaire : « Mulier autem quaecum- « que fecerit boc per quod jam non possit concipere, « quantoscumque parère poterat, tantorum bomici- « diorum ream se esse cognoscat. »

[Cette troisième variété du mode de masturbation chez la femme doit être plus rare que les deux autres. En tous cas, les effets que Debreyne lui attribue, peuvent être provoqués aussi par la seconde variété, et c'est pourquoi il est bon de les connaître.]

Nous ne doutons pas qu'une foule de maladies de l'appareil génital de la femme ne soient le résultat de la masturbation. Et vit-on jamais en plus grand nombre qu'aujourd'hui tous ces ulcères, ces squirrhes, ces carcinomes affreux du col de Yutérus, qui trop souvent tuent les femmes ou les rendent stériles ? Et telle femme qui attribue le principe d'un mal horrible qui la dévore, aux suites de l'hérédité, et sa stérilité, à des causes qu'elle fait dériver d'une nature dure et ingrate, ne devrait s'en prendre qu'à sa funeste passion, qui l'a mise dans une position sans ressource et sans espérance.

Un autre fait, qu'il faut encore signaler ici, comme une suite fréquente de la masturbation, c'est la leucorrhée, plus connue sous le nom vulgaire de /lueurs blanches ou fiertés blanches. Tous les jours les médecins sont consultés pour les jeunes filles atteintes de ce genre d'affection, et très souvent aussi, s'ils ne sont suffisamment prévenus et qu'ils ne poussent pas assez loin et avec une finesse suffisante l'interrogatoire obligé, ils méconnaissent la véritable cause et la nature du mal. La plaie non reconnue n'est que palliée, fait des progrès sourds mais constants ; et, sous

l'empire tyrannique de la passion secrète, la santé se ruine complètement. « J'ai lieu de croire, d'après un grand nombre de faits que la pratique m'a présentés, que sur vingt cas de leucorrhée ou d'inflammation aiguë ou chronique de la vulve et du vagin, chez les enfants et les jeunes filles, il y en a quinze ou dix-huit au moins qui résultent de la masturbation, Des aveux répétés m'ont aussi donné la certitude que les leucorrhées et les métrites chroniques, si fréquentes chez les femmes de nos villes, doivent le plus souvent leur origine, à des excès anciens et quelquefois récents de masturbation. » (Dr Deslandes.)

Nous avons vu au chapitre premier, en parlant de l'onanisme dans le sexe masculin, que la souillure manuelle peut être incomplète, nerveuse, sèche et sans effusion. Ces prodromes ou cet éréthisme préparatoire s'observent également dans le sexe féminin. La femme à vrai dire, ne peut avoir de pollution proprement dite, qu'elle soit provoquée ou non. Nous aurons à revenir sur ce sujet dans le chapitre suivant.

Nous terminerons ce que nous avons à dire sur la masturbation chez les femmes, par quelques mots sur la conduite du confesseur à l'égard des personnes excessivement timides, ou que la honte empêche de s'expliquer suffisamment sur cette matière. Qu'on nous pardonne ce petit hors-d'œuvre, qui a moins pour but de rappeler aux confesseurs expérimentés des choses qui doivent leur être familières, que d'apprendre aux jeunes prêtres qui entrent dans le saint ministère, ce qu'ils ignorent peut-être encore, ou ce qu'ils ne savent pas d'une manière assez parfaite et surtout assez pratique.

Le confesseur doit se montrer bienveillant. Il engagera les jeunes personnes à dire avec simplicité tout ce qu'elles savent sur le point en question. Il se composera convenablement, afin de ne pas paraître ému ou étonné de rien, et de ne pas avoir l'air d'écouter les

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accusations avec trop d'intérêt ou de curiosité; il vaut mieux en apparence y être assez indifférent. Le confesseur pourrait même dire qu'il en a entendu là-dessus, plus que ce qu'on pourrait lui apprendre. Lorsqu'il jugera nécessaire de faire quelque interrogation, il aura grand soin de toucher légèrement cette matière lubrique et dangereuse ; il usera donc d'une extrême réserve et d'une grande prudence, pour ne pas s'exposer, par un langage trop peu mesuré ou par des questions inutiles ou dangereuses, à apprendre aux pénitentes le mal que peut-être heureusement elles ignorent.

Pour découvrir la mauvaise habitude, il ne faut pas paraître en douter. N'interrogez donc point sur le point principal ou le fond de la chose, mais sur l'accessoire ou quelqu'une de ses circonstances. Au lieu de les questionner sur tel péché qu'on craint qu'elles ne cèlent, on doit leur faire dire combien de fois elles l'ont commis ; si elles hésitent à répondre, on leur demandera un nombre considérable, afin de les enhardir à en avouer un nombre moindre. En général, avant qu'elles aient fini de tout dire, il faut chercher à paraître les excuser, en rejetant tout l'odieux des fautes sur les complices, en leur disant qu'elles n'auraient probablement pas fait d'elles-mêmes ces actions déshonnêtes, si quelque compagne corrompue ne leur avait appris le mal malgré elles, et qu'elles le repoussent sans doute avec horreur, etc.

Mais un autre point que nous croyons important, et l'expérience l'a déjà prouvé, c'est que le confesseur ait soin de donner à certaines personnes du sexe, mariées ou non, mais grossières et plus ou moins privées d'éducation, une courte explication sur l'origine des connaissances pratiques qu'il possède, sur les matières du sixième commandement. Il sera bon, par exemple, de leur dire qu'il a appris toutes ces choses dans les livres des médecins, ou des médecins eux-

mêmes, afln d'écarter de leur esprit toute idée de surprise et de soupçon, sur la manière dont lui est venue la connaissance de ces détails, qu'elles s'imaginent devoir être tout à fait étrangers aux prêtres. On a vu l'oubli de cette précaution fournir l'occasion de propos plus ou moins indécents, souvent étranges, et toujours très inconvenants.

Quant aux moyens moraux à opposer à la funeste habitude de la masturbation dans le sexe féminin, voyez ce que nous avons dit sur ce point au chapitre de l'onanisme chez l'homme, page 80.

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