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CHAPITRE IV

De la pollution chez la femme.

§ Ier-

La pollution, chez la femme , est une effusion externe ou interne, plus ou moins voluptueuse, matériellement et actuellement involontaire; elle est déterminée par un stimulus moral ou physique, mais sans le secours de la volonté. Les caractères suivants décèlent ces sortes de pollutions : effusion externe ou interne, c'est-à-dire une excrétion ou du moins une exsudation de matière muqueuse, qui n'est que le simple produit des glandules vaginales, avec un sentiment plus ou moins vif de plaisir charnel dans l'appareil génital, devenu le siège d'un mouvement érectile et spasmodique. Cette sensation est aussitôt suivie de la cessation plus ou moins prompte du mouvement désordonné interne ou de l'orgasme erotique, auquel succède un état de satiété, de résolution et de repos du système générateur.

Nous entendons par l'effusion externe, une évacuation qui se produit à l'extérieur et se rend appréciable par les sens, cela ne demande pas d'autre commen-

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taire ; et par l'effusion interne, une simple exsudation muqueuse renfermée et arrêtée dans l'appeil utérin ou génital, parce qu'elle est en quantité trop minime pour se répandre au dehors. Dans toute pollution véritable, il y a nécessairement une de ces deux évacuations, sensible ou latente, sans quoi il n'existe point de pollution proprement dite, mais un simple orgasme; ou bien encore, il y a des mouvements qu'on appelle déréglés, lesquels, s'ils ne sont suivis de pollution, s'apaisent peu à peu sans sensation extraordinaire. La quantité et la qualité de la matière excrétée sont relatives aux dispositions individuelles, et dépendent des tempéraments plus ou moins lymphatiques et phlegmatiques, ou plus ou moins secs ou pituiteux, et surtout de Timpressionnabilité et de la susceptibilité nerveuse des personnes : tout cela est extrêmement variable; mais dans tous les cas, l'ébranlement nerveux se fait sentir et exerce sur toute l'économie physique et morale, une influence plus fâcheuse que l'évacuation elle-même.

[Il est certain que, chez la femme, Torgasme vénérien peut se produire, sans qu'il soit suivi d'aucune excrétion, même muqueuse, ou bien encore cette excrétion peut être réduite à des proportions assez minimes pour passer tout à fait inaperçue. Le rôle de la femme, dans l'acte générateur, essentiellement passif, se retrouve tel dans les déviations et les abus dont cette faculté est l'occasion. Il est possible de dire en ce sens, qu'il peut y avoir chez elle pollution sans effusion, en ce sens que l'éréthisme nerveux pourra être total, la sensation complète, la détente qui la suit réalisée, tout cela, sans qu'il y ait eu effusion d'aucun produit.]

§ 2i DE LA POLLUTION DIURNEa

Les pollutions, chez la femme comme chez l'homme

sont diurnes ou' nocturnes. Les premières, sont celles qui ont lieu seulement dans l'état de veille et contre la volonté ; elles sont déterminées par les mêmes causes occasionnelles que chez l'homme : des pensées, des souvenirs, des imaginations contraires à la pureté et suivies d'impressions libidineuses, et enfin d'un éréthisme génital avec ou sans pollution. Très souvent tout cela se succède très rapidement, et quelquefois d'une manière brusque et instantanée. Les auteurs citent peu défaits de ces sortes de pollutions; nous nous contenterons d'en relater ici un seul, rapporté par Sauvages et cité en latin par Tissot. « Ille celebris medicus puellam novit hujuscemodi quse, ad senis putidi et inficeti pedes prostrata et accerrimè suam calamitatem deplorans, interea hisce invitis seminis profluviis erat obnoxia, à duobus annis his miseriiscruciata, etcastimoniam mentis intemeratam servans : immanè patiebatur veneris desiderium sensitivum cui constanter reluctabatur voluntas. »

Quelquefois les pollutions diurnes sont provoquées par le simple contact des objets extérieurs ambiants. Ces pollutions, déterminées par excitation physique et non manuelle, arrivées par accident et contre l'intention ou la volonté des personnes, ainsi que celles occasionnées par stimulus mental, sont absolument semblables, quant à la forme et à la terminaison, à celles qui sont volontaires ou qui sont le résultat de la masturbation. On les reconnaît aux mêmes caractères, qui sont l'effusion externe ou interne lorsqu'elle a lieu, et la sensation voluptueuse ; et si ces signes manquaient, l'éréthisme ou l'orgasme allégué ne serait point une véritable pollution, mais de simples mouvements déréglés.

Il est des personnes organisées de telle sorte et si excessivement sensibles, quoique fort chastes d'ailleurs, qu'elles éprouvent des pollutions à la moindre excitation physique ou à la plus légère impression char-

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nelle. Parfois, dans ce cas, il est permis de croire que cette extrême susceptibilité erotique ou charnelle est la suite d'une longue habitude de masturbation, surtout chez les personnes très nerveuses, ou qui ne sont pas encore converties et arrivées à une chasteté parfaite. Parfois aussi, il s'agit alors d'un état maladif. Nous avons fait la même remarque à l'égard des hommes, chez lesquels il arrive quelquefois des pollutions nocturnes ou diurnes, à l'occasion de la pensée de quelque inquiétude, d'une affaire très pressée qui préoccupe beaucoup et que l'on ne peut terminer au temps marqué, d'un objet perdu que l'on recherche avec anxiété, etc. Nous avons constaté aussi des pollutions diurnes déterminées par la simple rasure de la barbe et autres causes semblables, purement mécaniques, sympathiques et de nature tout à fait indifférente.

[Certaines maladies du pudendum, et en particulier les éruptions cutanées, celles surtout qui s'accompagnent de prurit, peuvent être encore l'occasion de ces accidents. La malpropreté pourrait, à la rigueur, avoir le même effet.]

Elle n'a lieu que pendant le sommeil. On la croit généralement beaucoup plus rare que chez l'homme ; peu d'auteurs en font mention. Peut-être cette rareté est-elle plus apparente que réelle; car il est possible que chez les femmes, les pollutions nocturnes surviennent à peu près comme chez l'homme , et qu'elles soient généralement inaperçues et insenties.

Quoique toutes ces pollutions nocturnes et diurnes soient ordinairement involontaires, elles peuvent cependant, comme tout le monde sait, devenir matière à des fautes fort graves, si la personnequi les éprouve

y consent, s'y arrête volontairement avec complaisance et délectation; ou si par une imagination déréglée, elle en veut, désire ou souffre la cause, soit physique, soit morale : elles deviennent alors volontaires dans leur principe ou dans leur cause, et rentrent dans l'espèce ou dans la nature de la masturbation, dont elles prennent toute la malice.

Gomme il est à la rigueur possible que des personnes excessivement simples ou scrupuleuses se méprennent sur la nature d'une certaine infirmité propre aux femmes, et croient, sur quelques questions de leur confesseur, avoir des pollutions lorsqu'elles ne sont atteintes que d'une leucorrhée ou de ce qu'on appelle vulgairement flueurs blanches, fluor albus, ou de la blennorrhée, suite d'un commerce impur, il est bon de dire un mot sur leurs caractères différentiels, afin que le confesseur ne soit pas induit en erreur sur ce point, et que la pénitente ne se forme pas une conscience fausse et erronée *. Dans la leucorrhée, qui est un état maladif, l'écoulement est habituel, plus ou moins permanent, plus abondant avant et surtout après les règles. Il se produit encore quelquefois par intervalles, mais sans aucune sensation voluptueuse ou erotique. Enfin il est ordinairement accompagné d'un sentiment incommode à l'épigastre, c'est-à-dire de ce que les femmes appellent un tiraillement d'estomac. Dans la blennorrhée, qui est aussi continue, l'émission urinaire se fait souvent

1 Nous croyons que généralement les médecins prescrivent trop facilement les injections vaginales contre la leuchorrée ou flueurs blanches. Ces médications locales, qui manquent souvent le but qu'on se propose, ne laissent pas aux yeux du moraliste d'offrir quelque inconvénient, ou plutôt elles peuvent devenir la cause ou du moins l'occasion de désordres plus ou moins graves. Sans vouloir en condamner l'usage, nous pensons qu'il sera bon de n'en user qu'avec réserve, et de les éviter dans le traitement des leucorrhées de jeunes filles; cette maladie pouvant céder à do tout autres moyens.

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avec quelque douleur ou ardeur. On peut quelquefois en reconnaître l'origine et la rapporter au coït impur, qui en est la source. La pollution, comme on Ta vu, est intermittente ; de plus elle est intimement liée à un sentiment de plaisir charnel, et se termine par la prompte cessation de toute sensation voluptueuse et de l'éréthisme ou orgasme erotique ; enfin elle n'est point accompagnée de ce sentiment de tiraillement dans l'estomac que l'on éprouve dans la leucorrhée.

Mais il arrive bien plus souvent peut-être que des filles prennent des pollutions involontaires ou même volontaires pour des flueurs blanches, et trompent par là bien plus gravement leurs confesseurs ; il est donc important de distinguer sûrement les pollutions de la leucorrhée et de la blennorrhée.

Nous terminerons ce chapitre par une remarque qui, à nos yeux, n'est pas sans quelque valeur. Il est une certaine infirmité à laquelle les femmes sont fort sujettes, et qui constitue pour elles un véritable tourment : c'est une espèce d'affection dartreuseou plutôt un prurit violent qui se fixe à la vulve (pudendum). Cette circonstance est quelquefois l'occasion des pollutions, parce que les personnes affligées de ce mal sont presque irrésistiblement forcées de se procurer du soulagement. Les confesseurs doivent traiter ces sortes de femmes avec beaucoup d'indulgence et avoir égard à leur infirmité. Pour s'assurer avant tout si cette excessive démangeaison est un état maladif ou un mouvement libidineux extraordinaire, il faut leur demander si elles n'ont pas éprouvé des pollutions contre leur intention, en cherchant à combattre la violence du prurit; car, si le prurit est véritable, c'està-dire une dispositionmaladive, l'attouchement manuel pourra calmer l'intensité du mal sans le dissiper entièrement; tandis que si le sentiment du prurit n'est qu'un orgasme vénérien, il cesse aussitôt qu'il survient

de l'onanisme conjugal. 125

une pollution, et tous les mouvements déréglés se dissipent alors promptement pour se reproduire un peu plus tard.

Un autre moyen de constater le prurit morbifique et de le distinguer des mouvements purement libidineux, c'est de faire usage d'une lotion pharmaceutique, qui manque rarement de soulager notablement ou de guérir en fort peu de jours et dont le sublimé forme la base. Si ces lavages soulagent ou guérissent promptement, on est moralement sûr que le prurit est morbifique ; si, au contraire, ils ne soulagent guère, et que, d'un autre côté, des pollutions antécédentes aient promptement dissipé la démangeaison, vous pouvez en conclure avec certitude que le prurit prétendu n'est que l'effet de l'orgasme vénérien, et que, par conséquent, la femme doit s'abstenir de tout attouchement manuel.

[J'y emploie encore avec grand avantage une pommade à base d'oxyde de zinc et dont l'usage n'offre aucun danger d'intoxication. Aussi doit-on la préférer tout d'abord au précédent moyen. (V. mon Traité de thérapeutique.)]

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