IMPUISSANCE
plus souvent aux grands et longs excès vénériens et surtout onaniques, et àl'énervation,ou plutôt à Yériration précoce de la jeunesse. Voilà, selon nous, le plus grand maléfice, qui aujourd'hui, comme autrefois probablement, noue, enchaîne etparalyse la puissance virile.
[Sans vouloir étendre ce chapitre quia d'ailleurs été traité d'une manière pertinente par les médecins et par les théologiens, nous rappellerons que l'impuissance, souvent confondue avec la stérilité, doit cependant en être distinguée, en ce que la stérilité signifie : incapacité à procréer; et l'impuissance : impossibilité d'établir les relations sexuelles qu'exige la génération. L'impuissance absolue est ainsi une cause certaine de stérilité.
Les causes d'une impuissance absolue chez l'homme se peuvent réduire à trois principales : 1° l'absence des testicules, qu'il ne faut pas confondre avec l'absence apparente ou cryptorchidie et l'atrophie de ces mêmes organes. C'est l'état qui résulte de la castration, qu'elle soit accidentelle ou qu'elle ait été artificiellement pratiquée; 2° l'absence du membre viril (pénis) laquelle peut reconnaître les mêmes causes. (Les eunuques sont des sujets qui ont été artificiellement privés par une opération et du pénis et des testicules.) 3° les vices de conformation de ces mêmes parties et notamment l'exstrophie de la vessie, infirmité dans laquelle la vessie urinaire étant largement ouverte au dehors, le pénis est toujours plus ou moins compris dans la malformation, de telle sorte que l'impuissance est à peu près absolue. Huguier a cependant noté quelques exceptions possibles dans le cas de cette dernière variété.
Chez la femme, tout obstacle absolu à l'intromission est une condition d'impuissance. On peut rencontrer ici toutes les occlusions congénitales ou acquises, de la vulve, du vagin et de l'utérus. La persistance de l'hymen et son imperforation peuvent avoir cet effet;
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mais on y remédie facilement par une opération. Quant aux coarctations de ces mêmes parties, fussentelles arrivées au point de rendre toute intromission impossible, du moment où elles ne sont pas absolues, elles n'entraînent pas fatalement la stérilité, alors même qu'elles la rendent des plus probables.
On a vu des femmes, sur le point d'accoucher, présenter encore intacte une membrane hymen, qui, n'avait certainement pu permettre l'intromission des organes virils, et cependant n'avait pas empêché la conception de se produire. Tout exceptionnel qu'il soit, ce fait est important et suffit à prouver la proposition ci-émise.
Je n'ai pas à revenir sur les impuissances plus apparentes que réelles, qui tiennent à la frigidité ou absence de tout désir sexuel, lesquelles ne sont rien moins qu'absolues et peuvent toujours céder, soit à la disparition des causes qui y ont donné lieu, soit à l'usage des moyens rationnels. Il en est de même de l'impuissance qui résulte du spasme et de la sensibilité exagérée des parties génitales; tel le vaginisme, qui a été récemment étudié, n'est pas une maladie qui ne puisse céder à l'usage d'un traitement approprié.]
Nous ne mentionnerions certes pas ici ces étranges idées que le moyen âge nous a léguées, si Mgr Bouvier lui-même ne nous assurait que tous les théologiens parlent de ces conjonctions abominables, c'est-à-dire diaboliques H ; et cela apparemment, sur l'autorité de saint Augustin et de saint Thomas. Voici les pas-
1 Omnes theologi loqmmtur de cougressu cura dœmone in forma viri, mulieris aut alicujus bestias apparente. (Dissert, in sextum Decalogie prsecep., de Bestialitate.)
sages de ces Pères ou docteurs, qui ont pu donner lieu a ces singulières aberrations.
... « Dicendum quôd sicut Augustinus dicit, (15, de Civit. Dei)multi se expertos, vel ab expertis audisse confirmant, sylvanos et faunos (quos vulgus incubos vocat) improbos sœpè exstitissemulieribus, et earum expelisse atque peregisse concubitum. Undè boc negare impudentiae videtur. Seth angeli Dei sancti nullo modo sic labi ante diluvium potuerunt. Undè per filios Dei intelliguntur filii Seth, qui boni erant : lilias autem hominum nominat Scriptura eas quœ notae erant de stirpe Gain. Neque mirandum est quod de eis gigantes fuerunt, sed multo plures ante diluvium quàm post. Si tamen ex coitu dsemonum aliqui interdum nascuntur, boc non est per semen ab eis decisum aut à corporibus assumptis ; sed per semen alicujus hominis ad boc acceptum, utpotè, quod idem dœmon, qui est succubus ad virum, fiât incubus ad mulierem : sicut et aliorum rerum semina assumunt ad aliquarum rerum generationem, ut Aug. dicit, 3, de Trinit., ut sic ille qui nascitur, non sit fdius dsemonis, sed illius hominis cujus est semen acceptum. » [Somme théologique de saint Thomas, première partie, quest. ol, art. 3, utrùm angeli in corporibus assumptis opéra vitse exerceant.)
On doit croire que ces aberrations consignées dans les écrits de ces grands personnages, étaient moins leurs propres erreurs que les erreurs de leur siècle. C'était par la même erreur de physiqne ou d'ontogénie de ce temps, que saint Thomas avance que les grenouilles peuvent naître de la putréfaction. (Ibid., quest. 114, art. 4.) Tout le monde sait aujourd'hui (juo des êtres animés peuvent naître dans la putréfaction, mais non de la putréfaction comme d'une cause génératrice ; la putréfaction ne peut être qn'une condition de développement et non une cause productrice de génération. Omnia ex ovo.
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Saint Augustin et saint Thomas, malgré cette déviation, n'en sont pas moins deux des plus puissants génies qui aient jamais paru sur la terre.
Nous ne ferons point, sur le texte que l'on vient de citer, de longues réflexions critiques ; nous nous bornerons à dire que, pris en sa substance et avec l'esprit qui l'a dicté, il ne peut être aujourd'hui le sujet ni l'objet d'aucune discussion scientifique. D'ailleurs , tout lecteur instruit et judicieux portera lui-même sur ce passage le jugement qu'accepteront et la science, et la raison, et l'expérience.
Lactance assure que les démons peuvent séduire les femmes. Le cardinal Bellarmin croit même sérieusement que l'antechrist naîtra d'une femme qui aura eu commerce avec un incube, et que sa profonde malice sera une marque de son abominable origine.
Ces sortes de questions furent autrefois agitées devant l'empereur Sigismond, et l'on décida que ces conjonctions étaient absolument possibles. En même temps, une foule de sorcières disaient avoir été transportées la nuit au sabbat (comme nos somnambules magnétiques qui, sans bouger de place, font des voyages en Amérique, aux Indes et à la lune, s'il le faut), y avoir eu commerce avec les démons et en avoir conçu. Les livres de Delrio, de Sprenger, de Delancre et deBodin sont pleins de pareilles histoires. Au rapport de Pic deLaMirandole, un nommé Benoît, de Berne, âgé de soixante-quinze ans, fut brûlé tout vif, après avoir avoué que depuis quarante ans il avait commerce avec une succube qu'il appelait Hermeline. Le même auteur fait mention d'un autre vieillard nommé Pinet, âgé de quatre-vingts ans, qui parlait partout où il était à son incube Florine.
Léon, d'Afrique, assure (on le croit sur parole) que tout ce que l'on dit du commerce du démon avec les femmes n'est qu'une imposture, et ce que l'on attribue aux démons n'est commis que par des hommes lascifs
ou des femmes impudiques. Los sorcières du royaume de Fez, dit cet historien, veulent bien que Ton croie qu'elles oui beaucoup de familiarité avec les démons, et pour cela elles s'efforcent d'éblouir par des fascinations prestigieuses les femmes qui vont les consulter, et engagent celles qui leur plaisent à recevoir les honneurs de la visite nocturne de leur maître (le démon). Des maris stupides et imbéciles prennent ces grosses bêtises pour des faveurs insignes, abandonnent souvent leurs femmes aux dieux et aux vents, et la nuit suivante, au défaut ou en l'absence du démon, la sorcière, qui est une de ces femmes qu'on appelle tribades, rend elle-même à la belle dame les honneurs promis. (Léon.)
Les meilleurs remèdes à toutes ces folies, ces extravagances et ces impostures eussent été sans contredit l'ellébore, comme disent les anciens, les Petites- Maisons ou la prison.
L'Église d'ailleurs s'est déjà depuis longtemps élevée contre ces inconcevables folies humaines. Une décision du concile d'Ancyre « blâme et déteste la créance qu'ont les sorcières d'être portées de nuit au sabbat, jusqu'à l'un des bouts de la terre, de se joindre aux démons, et de prendre avec eux des plaisirs abominables ; puisque toutes ces choses, ajoute-t-il, no sont que des rêveries et des illusions, bien loin d'être des vérités. »
Disons maintenant quelques mots sur l'incube proprement dit, qui n'est tout simplement que le cauchemar ou la suffocation nocturne.
L'incube (d'incubo, qui se couche dessus) est une espèce de songe dans lequel le patient éprouve un sentiment de- suffocation, de forte pression, qu'il attribue à un poids énorme, et le plus souvent à un être vivant placé sur sa poitrine; cet état, comme on pense bien, lui cause souvent une anxiété et une angoisse inexprimables.
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Forestus rapporte que, dans son enfance, étant, profondément endormi, il lui sembla qu'un chien noir s'était couché sur sa poitrine, et le pressaitsi fort qu'il craignit d'en être étouffé; il se réveille frappé de terreur, et, poussant quelques cris pour appeler du secours, il ne put parler aux personnes qui se présentaient devant lui ; mais au bout de quelques instants l'incube se dissipa, et Forestus n'en fut plus attaqué le reste de sa vie. — « Un officier de marine ayant soupe à table d'hôte avec un voiturier qui, pourvu d'un appétit extrêmement vorace, mangeait tout ce qui restait sur les plats, crut sentir pendant la nuit ce nouveau Gargantua lui sauter sur la poitrine et lui presser sur l'estomac, comme s'il eût voulu lui arracher les aliments qu'il contenait : l'officier se réveilla en sursaut, et rejeta par le vomissement tout ce qu'il avait mangé la veille. » (Dubosquet.)
Les personnes les plus exposées à l'incube sont celles qui mènent une vie sédentaire, qui mangent très copieusement le soir, et se couchent immédiatement après, sur le dos et la tête basse. Dans ces circonstances, un lit trop chaud et trop mou, le poids des couvertures et surtout la suppression d'une évacuation sanguine habituelle, suffisent pour déterminer une attaque de cauchemar.
De plus, les individus doués d'une sensibilité excessive, dont le système nerveux est fort exalté, les mélancoliques, les hypochondriaques, les visionnaires, les hystériques, les atrabilaires, surtout certains sujets plus ou moins âgés et usés de débauches antérieures, et qui n'ont plus en leur puissance que des souvenirs avec une imagination lubrique, les filles impudiques, jeunes ou vieilles, sont également très prédisposées aux atteintes de l'incube erotique ou vénérien.
Les formes sous lesquelles se présente le plus communément àl'imagination l'objet de l'incube, sont celles
d'un homme- difforme et hideux, d'une vieille femme, d'un animal affreux, d'un cheval monstrueux, d'un gros singe, d'un chien noir, d'un gros chat (ce dernier chez les petits enfants surtout) qui sautent sur la poitrine et y demeurent couchés ou assis; quelquefois c'est la forme d'un fantôme, d'un spectre, d'un démon qui vient embrasser la personne, pour la solliciter au mal.
Enfin, l'on conçoit aisément que des sujets d'un esprit faible, nourris dans les préjugés de l'enfance, imbus des rêveries et des contes absurdes de prétendues sorcières, de revenants et d'assemblées de sabbat, surtout si à tout cela se joint une vive propension vénérienne; on conçoit, dis-je, que ces sortes de sujets, particulièrement du sexe féminin, doivent être quelquefois le jouet de leur lubrique imagination ou de leurs délires libidineux; et si ces créatures sont livrées au démon de l'impureté, qui pourra nous dire toutes les sales images que leur imagination impudique et bizarre leur représentera?
On peut croire encore que certaines filles lascives, pour couvrir leur propre turpitude, ont calomnié le démon et mis sur son compte ce qui était le fait d'un être qui n'était rien moins que fantastique.
[Ce que j'ai dit plus haut, relativement aux sensations subjectives, peut rendre compte d'un certain nombre de ces faits et permet de concilier ensemble ces deux opinions, dont la première consiste à ne pas croire à la réalité de ces fantômes, et la seconde à regarder comme vraie, la perception, par le malade, il'' la sensation qu'il accuse. En un mot, c'est un genre d'illusion, qui s'explique par la subjectivité dont les sensations sont susceptibles.]
Concluons, et disons qu'il faut désormais entirrement effacer de l'histoire théologique ces 'pages suspectes, qui nous retracent des absurdités et des tur-
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pitudes qui déshonorent la raison et l'humanité *-.
1 Dans les quatre éditions de cet ouvrage faites depuis 1842, nos idées sur ces diverses matières n'ont subi aucun changement, aucune modification. Cela n'empêche pourtant pas M. Génin, professeur à la Faculté des lettres de Strasbourg, de dire dans un pamphlet intitulé : Actes des Apôtres que le « chartreux Debreyne est inébranlable dans sa foi aux sortilèges, aux incubes et succubes. »
Ilestaisé de voir que M. le professeur Génin est lui-môme inébranlable dans sa fidélité à la maxime de son maître. Pour nous, nous serons inébranlables aussi dans notre foi à la maxime de notre maître, qui n'est pas de mentir et de calomnier, mais de prier pour ses calomniateurs. Orate pro calumniantibus vos.