RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES
populaire et facile qu'elle paraisse, est généralement plus nuisible qu'utile. La raison en est que les gens du monde, quels qu'ils soient, savants, physiciens ou prêtres, en font presque toujours des applications intempestives, fausses ou dangereuses. Et, supposé qu'ils ne fassent que des médications très simples et inoffensives, leur ministère, généralement plus officieux qu'éclairé, est encore préjudiciable en ce sens qu'il fait perdre un temps précieux, laisse échapper l'occasion d'enrayer la marche de la maladie, et la rend par là peut-être incurable ou mortelle '. De plus l'expérience prouve tous les jours que les personnes du monde qui s'adonnent à la lecture des livres de médecine deviennent très souvent hypochondriaques ou malades imaginaires. Ajoutez encore à cela que le prêtre, marchant contre ses habitudes sur un terrain inconnu et glissant, peut facilement y faire de faux pas, commettre avec la meilleure intention du monde de graves et d'irréparables fautes, et encourir par là l'irrégularité ecclésiastique.
Si Benoît XIV et plusieurs conciles interdisent l'exercice de la médecine aux prêtres qui connaissent à fond l'art de guérir, quels anathèmes ne doivent-ils pas lancer contre tout ecclésiastique assez téméraire pour oser pratiquer la médecine sans la savoir 2 ?
1 [Je ne puis qu'appuyer autant qu'il est en moi, une opinion si justement établie et si nettement formulée.]
* Voici une note que nous avons fait insérer dans un livre de polémique médicale imprimé en 1831. — Tout prêtre non reçu médecin devrait s'abstenir de conseiller aux personnes atteintes de maladies aiguës les remèdes même les plus simples et les plus inoffensifs, comme différentes tisanes adoucissantes ou rafraîchissantes; ou du moins, s'il le fait, il ne faut pas que ce soit de manière à faire croire aux malades, que ces petits remèdea innocents doivent suffire pour les guérir, sans l'intervention d'un médecin, mais qu'on ne les donne que comme provisoires, en attendant l'arrivée d'un homme de l'art. On conçoit en effet que, si l'on se contentait de prescrire ou de conseiller
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§ 2. — DE l'animation de l'embryon OU DU FOETUS.
Platon, Asclépiade, Protagoras et plusieurs stoïciens ont prétendu que l'âme raisonnable n'existait point avant la naissance. L'enfant, disaient-ils, reçoit l'âme par infusion au moment de sa naissance. Il est évident
ces sortes de remèdes purement et simplement, sans s'expliquer sur leur valeur, il pourrait souvent en résulter de graves inconvénients, et même les plus grands dangers pour la vie des malades, et surtout ceux de la campagne, qui souvent sont très contents de n'être pas obligés de faire venir un médecin d'assez loin quelquefois, et surtout enchantés par la pensée et l'espoir de peu ou de ne rien dépenser. Qu'eu arriverait-il? On le devine facilement. Les malades, se confiant aveuglément eu leur bienveillant et charitable médecin, prennent avec confiance ses remèdes peu désagréables et surtout très peu dispendieux, et comptent sur leur efficacité comme sur leur récolte quaud elle est dans les greniers. Mais en attendant, la fluxion de poitrine marche, la pleurésie fait des progrès, l'oppression devient alarmante, sans respect pour les quatre fleurs, et en présence de la verveine et de l'avoine grillée.... ; et encore très heureux si quelque officieuse commère ne fait point avaler au malade haletant du viu chaud à la canelle. Cependant arrive le septième ou le huitième jour; tout est terriblement aggravé, l'oppression est à son comble, l'expectoration nulle, anxiété, agitation, délire, la face se décompose ; enfin le médecin arrive, un peu tard, il est vrai : il a de la besogne devant lui. Arrive encore un autre médecin, c'est M. le curé, pour administrer les derniers sacrements. L'homme de l'art, de son côté, en murmurant, administre aussi les derniers médicaments, quelque potion expectorante ou une potion stibiée, quelques vésicatoires ; ce sont de purs sine quitus qui feront ce qu'ils pourront, c'est-à-dire rien. Deux jours après le malade ne souffre plus du tout ; il est entré dans l'éternel et immobile repos.
Gens imprudents et insouciants! ne laissez donc pas échapper le moment opportun et favorable. L'occasion est fugitive comme une ombre : c'est Hippocrate, le père de la médecine, qui l'a dit il y a dix mille ans ; occasio prœceps. Appelez donc le médecin au commencement de la maladie, aussi bien qu'à la fin, et vous sauverez vos malades, et vous vous éviterez d'éternels et inutiles rearets.
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qu'ils ont pris 1<> souffle, spirili/s, lepneuma des Grecs, pour l'âme humaine. C'est Arislote qui le premier a fixé l'animation au quarantième jour pour les garçons, et au quatre-vingtième ou qaatre-uingt-di.rieme jour pour les tilles. S. Augustin, S. Thomas et tous les théologiens d'après eux, ont adopté l'opinion d'Aristote, qui a régné dans l'école jusque vers le milieu du xvue siècle. Mgr Bouvier fait observer que la Pénitencerie de Rome suit l'opinion d'Aristote , sans l'examiner ni la garantir, lorsqu'il s'agit de l'irrégularité portée contre les homicides.
L'observation d'un nombre immense de faits prouve que la distinction entre les deux sexes n'a aucune ombre de fondement ; et nous ajouterons qu'elle est absurde et ridicule.
Plusieurs auteurs n'ont admis l'animation que lorsque les principaux membres du fœtus étaient déjà formés. Zacchias croit qu'elle a lieu au moment même de la conception. S. Basile ne voulait pas que Ton distinguât entre le fœtus animé et inanimé, parce qu'il était persuadé que l'âme est créée à l'instant même de la conception. S. Grégoire de Nysse ajoute que le bon sens ne peut admettre qu'une chose inanimée ait la force de se mouvoir et de croître : « Enim verô posteriorem esse originem animarum, ipsasque recentiores esse corporum compositione, netno sanâ mente prœditus in animum induxerit : cùm manifestum et perspicuum sit quod nihil exanimis haleat in se vim movendi panier atque crescendi. » C'est cependant ce que l'on remarque dans l'enfant, dès les premiers temps de la gestation; il faut donc qu'il ait vie. S. Césaire était dans le même sentiment. Florentini dit qu'il est probable que l'embryon est animé immédiatement après la conception. Il enseigne en conséquence que l'on doit, sous peine de péché mortel, baptiser le germe ou l'embryon, lors même qu'il ne serait pas plus gros qu'un grain d'orge et qu'il ne donnerait aucun signe
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de vie, pourvu qu'il ne fût pas corrompu ou évidemment mort; et la raison qu'il en donne c'est qu'il croit cet embryon animé, c'est-à-dire déjà uni à une âme raisonnable. « Les théologiens célèbres et d'habiles médecins reçurent cet ouvrage avec une approbation marquée. Les facultés de théologie de Paris, de Vienne et de Prague approuvèrent ce sentiment : celle de Paris dit que la doctrine de Florentini est sûre, inclubitata doctrina; qu'elle est très utile pour empêcher les avortements que les femmes sans religion se procurent sans scrupule, sous prétexte que le germe n'est point encore animé. Cette doctrine reçut également les éloges du recteur de l'université de Reims, de l'université de Salamanque, de plusieurs évêques et des facultés de médecine de Vienne et de Prague. On soutint même alors, dans cette dernière, une thèse publique où on lisait cette proposition : Au moment de la conception le germe a ww âme raisonnable. » Cangiamila.)
Le célèbre Gangiamila, enseigne également qu'il est probable que le germe du fœtus est animé immédiatement après la conception.
Nous embrassons l'opinion de S. Basile et de Zacchias, de Gangiamila et de tant d'autres auteurs, c'està-dire que nous croyons que l'animation a lieu au moment même de la conception, et voici nos raisons : si la vie de l'homme cesse aussitôt que l'âme se sépare du corps, on peut croire qu'elle commence aussitôt que l'âme s'unit au corps, qu'elle qu'en soit l'exiguïté ou la forme rudimentaire. Or dès que l'ovule est fécondé, ce qui a lieu au moment même où l'acte de la génération est consommé, il croît ; et il ne croît que parce qu'il vit, et il ne vit que parce qu'il est animé; donc le germe ou l'œuf humain est animé à l'instant même de la conception.
De plus, la vie matérielle étant sous la dépendance
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immédiate do la faculté sensitive do l'âme, et cette faculté sensitive de l'àme ne pouvant être séparée de la faculté intelligente de l'âme, il s'ensuit que l'âme raisonnable est unie à l'embryon au moment même delà conception.
Enfin, ne sait-on pas que l'âme demeure unie au corps jusqu'au dernier soupir de l'homme agonisant, alors même que presque tous les organes sont déjà frappés de paralysie et de mort ? Ce soufffe léger, ce faible reste de vie matérielle qui va s'éteindre dans quelques minutes, est-ce une vitalité bien supérieure à celle de l'embryon fécondé ? Celle-ci du moins est une vie formatrice, plastique et croissante. Et que notre raison ne soit pas étonnée de l'état informe et exigu où nous paraît être cette faible portion de matière animée. Vous ne voyez point d'organes dans le germe amorphe de l'œuf d'une poule; armez votre œil d'un microscope, et vous observerez aussitôt tous les linéaments de son organisation. Je le répète, que la petitesse matérielle n'étonne pas notre débile raison. Dieu est toujours grand et infini dans les petites choses comme dans les grandes; ou plutôt, dans l'ordre matériel, il n'y a aux yeux de Dieu rien de grand et rien de petit : ces qualités relatives de grandeur et de petitesse sont une création de la faiblesse de l'esprit humain.
[Les difficultés qu'on oppose à cette manière de voir et qui se rattachent à l'embryogénie, sont les suivantes : La vie de l'embryon étant d'abord purement nutritive ou végétative, puis simplement animale ou sensitive, avant d'être intellective, comment l'âme qui i-stun principe intelligent peut-elle présider également à ces vies diverses? — Les philosophes répondent à ces difficultés, que l'âme de l'enfant possède en puissance les facultés de ces trois vies distinctes, et que le développement graduel de l'organisme lui permet de faire passer en acte successivement ces
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diverses facultés. Voir l'âme de l'embryon présider à la vie de cet être, sans en avoir conscience, c'est là un fait qui , tout étrange qu'il puisse paraître , ne l'est cependant pas plus que de voir l'âme de l'homme présider à une foule de perceptions insensibles, ainsi que les appelle Leibnitz, et dont l'expérience de chaque jour nous apporte cependant la preuve. lien est ainsi par exemple dans le sommeil, dans la syncope, et dans tous les cas de mort apparente.
Historiquement, on peut rappeler que, du temps des Romains, le fœtus était un vil débris qui ne méritait ni soin ni respect. Plus tard, on s'appuya sur ce que les mouvements de l'enfant dans le sein de sa mère révèlent son animation, pour réclamer dès lors en sa faveur. Aujourd'hui l'on fait remonter cette animation à la conception: c'est l'opinion qui prévaut et que soutiennent encore S. Liguori et le car dinal Gousset.
Or, si l'embryon est animé dès sa conception par un principe spirituel, il est dès ce moment capable de recevoir le baptême, et en cas de mort imminente, ce sacrement doit lui être administré, autant du moins que cela est matériellement et moralement possible. Je citerai sur ce sujet et sur celui de l'hermaphrodisme l'opinion de deux savants aussi compétents que distingués.
« On ne sait ni pourquoi, ni à quel moment la sexualité apparaît. Existe-t-elle déjà dans l'ovule avant la fécondation, quoique le microscope ne révèle aucune différence, ou est-elle due aux spermatozoïdes, ou bien est-elle postérieure à la fécondation, et tient-elle à la mère elle-même? Il est impossible de répondre à ces questions. » (Beaunis. Nouveaux Éléments de physiologie humaine.)
D'après l'apparence des organes externes, le fœtus, après avoir été de sexe indifférent, revêtirait le caractère du sexe féminin, et la détermination du sexe