EMBRYOGÉNIE
D'après les physiologistes, les accoucheurs et les médecins légistes modernes les plus célèbres, dans les premiers temps de la grossesse, le produit de la conception ne paraît que sous la forme d'un flocon gélatineux demi-transparent, et n'offre rien de distinct. Haller etBaudeloque assuraient qu'on ne peut pas distinguer le fœtus humain avant le dix-neuvième jour. Suivant Ghaussieron n'y voit rien de distinct jusqu'au quinzième jour, même à la loupe. A trente jours l'embryon a le volume d'une grosse fourmi, d'un grain d'orge ou d'une mouche ordinaire, et sa longueur est de neuf millimètres tout au plus. A quarante-cinq jours on reconnaît très bien la forme fœtale, les linéaments des principaux organes, de l'emplacement des membres ; on compare alors l'embryon à une grosse abeille ou à une guêpe, c'est-à-dire qu'il a à peu près la longueur de ving-cinq millimètres ; sa tête égale
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en volume au moins la moitié du corps. A soixante jours ou deux mois la longueur du fœtus est de cinquante-cinq millimètres. On peut alors juger de sa figure ; les diverses parties de la face se distinguent plus nettement. Deux points noirs indiquent la place des yeux, la bouche est entr'ouverte et très sensible ; de petites ouvertures désignent le lieu du nez et des oreilles. On démêle les premiers rudiments des membres. A trois mois, toutes les parties extérieures du fœtus sont distinctes et bien dessinées ; il a alors près de quatre-vingts millimètres de longueur, et pèse environ quatre-vingt-dix grammes.
[Ce n'est guère qu'à ce moment (troisième mois) que la forme définitive et spécialement humaine, est acquise au fœtus.) (Pinard.)]
A quatre mois, le fœtus a environ cent soixante millimètres de longueur. A cinq mois, sa longueur est de deux cent cinquante millimètres. A six mois, il a trois cent vingt-cinq millimètres de longueur. A sept mois, sa longueur est de trois cent quatre-vingts millimètres. A huit mois, il a acquis la longueur de quatre cent quarante millimètres. A neuf mois, pleine maturité ; il a quatre cent quatre-vingt-huit millimètres de longueur. Le poids ordinaire du fœtus à terme est de trois mille grammes. Ces évaluations ont été faites d'après les recherches et les observations de deux célèbres médecins légistes, Chaussier et Marc. [Elles sont à peu près d'accord avec les tableaux plus récents de Bailly et de Hœcker.]
[Pour ce qui est de la viabilité, elle est admise légalement à partir du cent quatre-vingtième jour (six mois), mais elle n'existe bien réellement qu'à sept mois. (Pinard.) Avant cette époque le fœtus est vivant sans doute, mais il est incapable de survivre à sa naissance. Bailly dit qu'à partir du quatrième mois, la vie peut se prolonger plusieurs heures après la naissance, et cela sans mouvement respiratoire , mais avec de
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simples pulsations du cœur et du cordon. Tarnier, Cazeaux, ont observé la môme chose. C'est au sixième mois que les mouvements respiratoires peuvent s'établir; et l'enfant qui naît à cette période, vit souvent de un à quinze jours.]
§ 4. — de l'avortement.
[L'avortement se définit : Prœmatura, voluntaria et violenta ejectio fœtus ex utero matris, ex qva illius mors cuusatur. De ce qui vient d'être dit, il résulte que l'avortement provoqué est un meurtre, puisqu'il supprime la vie du corps ; un meurtre double, puisqu'il met l'âme de l'enfant dans l'impossibilité de recevoir la vie surnaturelle. Et quand c'est la mère elle-même qui l'accomplit, c'est un meurtre du genre des parricides.]
Gomme il est bon que les curés et les confesseurs connaissent les principales causes des avortements, afin de pouvoir donner les avis nécessaires aux femmes et aux filles enceintes, suivant que l'occasion et la prudence le leur permettront, nous en présenterons ici un court exposé.
L'avortement peut survenir dans toutes les époques de la grossesse indistinctement ; quand il est spontané, on l'observe le plus souvent dans les deux ou trois premiers mois de la gestation. Desormeaux, dit M. le professeur Velpeau, d'accord avec presque tous les auteurs anciens et avec le raisonnement, pense que la fausse couche est d'autant plus commune que la grossesse est moins avancée. (Mercatus va jusqu'à dire que la fausse couche est plus fréquente que l'accouchement à terme.) Selon d'autres, l'avortement a lieu le plus souvent, les premiers jours qui suivent la conception, sur la lin du troisième mois, et aux approches du terme de la gestation ; ce qui a fait dire à Galien
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que plus le fruit est tendre ou approche de sa maturité, plus il se détache facilement. De là sans doute encore ce précepte de S. Ambroise, de S. Jérôme, de S. Augustin et de plusieurs autres Pères : Parentes primis septern à conceptionc diebus ac tempore partui proximo ad abstinenduma maritali congressu obligantur, propter abortûs timorem l.
Les médecins et les accoucheurs modernes ne démentent pas les témoignages de l'antiquité. Le célèbre accoucheur Levret attribuait au coït la plupart des avortements dont on ne pouvait déterminer la cause. Zimmermann, Gardien, Murât, Dugès, etc., ont aussi regardé cet acte comme une cause fréquente des avortements. On compte en général, dit Marc, que deux cents femmes prostituées ne produisent que deux ou trois enfants par an. Ce résultat est conforme aux observations de Parent-Duchâtelet. Les accouchements laborieux et désespérés dans lesquels la mère périt avec son fruit, dit l'auteur de Y Embryologie sacrée, ont souvent pour cause le dérèglement de la passion qui accompagne l'usage du mariage.
Causes prédisposantes. Les principales sont : une très grande sensibilité nerveuse, un excès de pléthore et plus souvent encore, un excès de faiblesse et d'épuisement; le séjour dans le voisinage de foyers d'émanations infectes et malsaines ; des odeurs trop fortes, des cosmétiques très odorants ; les vêtements trop serrés, ou l'usage des corsets qui déterminent une constriction sur la poitrine ou sur le ventre; les chaussures à talons élevés qui rendent l'équilibre très difficile et exposent à des pertes dangereuses ; l'abus des bains généraux et locaux, l'intempérance, une alimentation exubérante ; l'usage habituel ou immodéré des aliments acres et stimulants , comme ra-
' [J'avoue ne pas comprendre comment la première partie de cette prescription pourrait être appliquée, le moment de la conception u'étaut jamais certain.]
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goûts épicés, viandes noires, et surtout des liqueurs spiritueiises, stimulantes, des vins chauds, alcooliques, des liqueurs fortes, du café, etc., et surtout des boissons glacées; par contre, la diète sévère, des jeûnes excessifs, une grande misère; l'allaitement prolongé, pendant la grossesse; des veilles excessives, la constipation, la diarrhée, la dyssenterie, les épreintes, les ténesmes, la leucorrhée, les toux violentes quinteuses , convulsives ; tout j ce qui peut causer des efforts violents ou de brusques secousses, des coliques et des tranchées ; enfin des passions tristes et dépressives, l'inquiétude, le chagrin, etc.
Causes déterminantes. L'impression vive et subite d'un air froid, surtout s'il y a transition brusque du chaud au froid ; l'immersion du corps ou des membres dans l'eau très froide ; les chutes et les coups sur le ventre, les lavements irritants, les purgatifs violents, les préparations aloétiques, les vomissements; les sternutatoires violents et réitérés, les remèdes dits emménagogues ou propres à provoquer le flux menstruel, les saignées, surtout celles du pied, les sangsues vers les parties inférieures, une marche prolongée et forcée, les secousses et les commotions causées par, des sauts, par l'équitationouparunevoiture point ou mal suspendue; la danse et surtout la valse, qui est la plus échauffante et la plus mauvaise sous tous les rapports ; des travaux durs et pénibles, des efforts, le mouvement des bras nécessaire pour puiser de l'eau, soulever un fardeau pesant ou atteindre quelque chose d'élevé. « Les nations les plus sauvages, dit un médecin allemand (Mezler),dispensentleursfemmes enceintes de travaux pénibles 1 ; l'Européen seul ignore, dans les campagnes,cette attention que la nature elle-même semble indiquer. 11 est au delà de toute imagination, combien ce seul abus entraîne d'avortements , combien il
1 On pourrait citer à cette règle des exceptions aussi nombreuses que déplorables.
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augmente le nombre d'enfants mort-nés, combien, en un mot, il influe dans certaines contrées sur la stérilité conjugale. Je connais un endroit où il est excessivement rare qu'une femme accouche, sans avoir éprouvé une hémorrhagie pendant la grossesse. Une femme me raconta qu'étant un jour occupée abattre en grange, elle sentit que quelque chose se rompait dans son ventre et s'échappait par les parties génitales. Ne sachant ce que ce pouvait être, et redoutant les railleries des paysans qui travaillaient avec elle, elle marcha dessus pour l'écraser, et s'aperçut, à la résistance qu'elle éprouvait, que c'était un corps solide. Ce récit ne fait-il pas frémir? Cependant les homicides de ce genre se répètent fréquemment, sans que l'on s'occupe de les prévenir, et je vois tous les jours des femmes enceintes exécuter les travaux les plus pénibles. Si, à la suite des efforts qu'ils exigent, une femme éprouve quelque accident, le bailli la plaint, le curé la réprimande ; mais personne ne songe à instruire et à éclairer les gens de la campagne sur leurs devoirs et sur leurs véritables intérêts. »
Enfin, il est encore quelques causes morales capables de déterminer l'avortement, comme une subite explosion de colère ou de fureur; d'autres fois, des cris violents, des vociférations bruyantes, une joie excessive, des ris immodérés, la colère, la brutalité, les mauvais traitements, etc., etc. Nous résumons toutes ces causes en disant, que ce sont tous les moyens propres à augmenter considérablement l'afflux du sang vers la matrice, toutes les causes de perturbatiou ou d'irritation un peu forte dirigée vers l'utérus ou vers les parties voisines, enfin toutes les substances qui accélèrent notablement la circulation sanguine, et surtout celles qui sont propres à produire des congestions ou des pléthores utérines : c'est surtout parmi ces derniers agents qu'on a cherché et cru trouver les abortifs proprement dits. « Il n'est point
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de médicament, dit le docteur Marc, médecin légiste célèbre, qui puisse décider l'avortement, et rien que l'avortement, d'une manière directe et spécifique. La nature au contraire, qui semble leur avoir refusé à dessein ce pouvoir, a hérissé d'obstacles, de dangers et d'incertitudes, toute tentative de détruire et d'expulser L'être intéressant par sa faiblesse, que renferme le sein maternel. Si on a vu de ces entreprises criminelles réussir quelquefois, on les a vues plus souvent encore échouer. Dans tous les cas, on ne saurait trop le répéter, malheur à la mère qui s'expose à une pareille expérience! Non seulement sa vie court les plus grands dangers, mais sa santé éprouve constamment une atteinte dont il est difficile et presque toujours impossible d'effacer l'impression. »
[Est-il permis de provoquer l'avortement? — Provoquer l'avortement, c'est provoquer la mort du fœtus ; pour cette raison le christianisme en avait fait une défense absolue. Les Anglais paraissent avoir été les premiers à le remettre en pratique ; les Français et bientôt les Allemands les ont suivis dans cette voie.
On a invoqué pour justifier cette conduite, que le fœtus ne possédant pas encore une âme raisonnable, pouvait être traité comme un produit de peu d'importance. Nous venons de dire ce qu'il faut penser de cette hypothèse ; nous n'y saurions donc trouver une justification de l'avortement provoqué.
Sans doute, si l'on pouvait être assuré de la mort du fœtus, rien ne s'opposerait plus à ce qu'on provoquât son expulsion. Mais lorsque rien ne permet de coustater la mort du fœtus, (et dans les cas où il y a doute , le fœtus doit être supposé vivant), dans ce cas, dis-je, l'avortement n'est pas permis. C'est la règle générale.
On n'objectera pas que le médecin qui provoque l'a» vortement, défend la mère contre le danger dont l'enfant la menace. L'enfant étant inconscient ne peut porter la peine d'une situation dont il n'est pas res-
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ponsable. Et puis ajoutons que, le plus souvent, le danger vient des difficultés que présente la grossesse et de celles que présentera l'accouchement; or ces difficultés tiennent bien plus souvent à la mère qu'à l'enfant. D'où les théologiens concluent qu'il n'est jamais permis de provoquer directement l'avortement.
Dans le cas où la vie de la mère peut être en danger, est-il permis de provoquer l'avortement indirectement? c'est-à-dire, une femme enceinte étant gravement malade, peut-on employer des remèdes qui sont capables de la guérir, mais qui sont en même temps susceptibles de provoquer l'avortement? — Oui certainement, si la mère est sérieusement menacée et que sa guérison puisse être obtenue par l'effet direct du remède employé, mais non par l'avortement que ce remède pourra produire. Du reste, c'est là une circonstance qui ne peut que bien rarement se rencontrer. J'en citerai toutefois un exemple : une femme grosse est prise d'un accès de fièvre pernicieuse. Une forte dose de sulfate de quinine peut la guérir, mais elle l'expose à avorter. Il est juste néanmoins de donner le médicament, parce qu"il doit sauver la vie de la femme, et quoiqu'il expose le fœtus à la mort par avortement. Ceci est juste, pourvu qu'il n'y ait pas d'autre remède qui permette de concilier les deux indications.
Il est bien entendu que la sévérité des prohibitions relatives à l'avortement provoqué ne saurait s'appliquer, s'il s'agissait, non plus de l'avortement d'un fœtus non viable, mais seulement de l'accouchement prématuré d'un enfant viable. L'intervention de l'accoucheur serait alors d'autant plus justifiée que les chances de viabilité seraient plus grandes.
Les cas dans lesquels l'avortement a pu être proposé sont, outre les conformations vicieuses de la mère, certains accidents tels que les vomissements incoercibles, le renversement en arrière de l'utérus, une
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hémorrhagie abondante et rebelle, comme celle qu résulte d'une insertion vicieuse du placenta sur le col, les convulsions éclamptiques, avec ou sans albuminurie. Ces divers accidents, lorsqu'ils prennent une proportion considérable, peuvent mettre à la l'ois en danger la mère et l'enfant ; alors, ils peuvent motiver un accouchement prématuré, ce qui est le cas le plus fréquent, ou même l'avortement.Ce qui est bien plus rare.
S'il s'agit de l'accouchement prématuré, rien ne s'oppose à ce qu'on hâte la naissance de l'enfant; il est viable et l'opération, tout en exposant sa vie, le soustrait à une mort probable et le fait bénéficier du baptême.
Mais quand l'enfant n'est encore qu'à l'état de fœtus non viable, (et il en est ainsi le plus souvent, quand l'avortement est motivé par les vomissements incoercibles ou par l'albuminerie),le cas est plus délicat : dans ce cas sans doute, provoquer l'avortement pourra permettre, en guérissant la mère, de pratiquer plus sûrement le baptême de l'embryon; car si la mère peut succomber au milieu des accidents qu'elle éprouve, il n'est pas impossible que le germe pâtisse et succombe avant elle. Dans ce cas, il n'est donc pas sans danger d'attendre la mort de la mère, pour extraire le germe et lui administrer le baptême ; et si le germe meurt le premier, ce qui, quoique exceptionnel, est arrivé quelquefois, il meurt sans baptême. L'avortement semble donc devoir être permis et même indiqué dans ce cas. D'un autre côté, l'avortement provoqué ne se fait quelentement et expose bien le germe à mourir avant son expulsion. On pourrait encore , dans ce cas pratiquer le baptême hitra uterum, selon le mode déjà indiqué, et laisser les choses s'effectuer selon la marche naturelle, ou bien effectuer l'avortement au^si rapidement que possible, pour assurer à
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l'enfant le bénéfice du baptême administré selon les rites ordinaires.
Il est évident que cette question ne se posera que bien rarement, et alors seulement que tous les moyens médicaux auront été mis en œuvre pour combattre les accidents qui mettent en péril et la mère et son fruit. Or il est à espérer que, les progrès de la thérapeutique aidant, les cas où cette question peut se poser deviendront de plus en plus rares.]