‹ La théologie morale et les sciences médicalesChapitre 50 sur 99 · DU BAPTÊME DES MO-XSTRES · texte numérisé non relu

DU BAPTÊME DES MO-XSTRES

Les embryologistes et les naturalistes ont longuement et savamment disserté sur la question des monstruosités. Cette matière, il est vrai, pique toujours plus ou moins la curiosité du vulgaire, qui ordinairement, cherche dans les monstres quelque chose d'extraordinaire, de sinistre et d'affreux ; mais ce qui est réellement pratique et utile à notre objet se réduit à peu de chose.

Les monstruosités sont des vices de conformation par excès ou par défaut. Il y a des êtres humains qui présentent deux têtes et deux corps distincts ; ils tien-

DU IîAl'TKME DES MONSTRES.

ncnt ensemble par les reins ou par le ventre, ou par d'autres parties. Point de difficultés pour le baptême dans cette sorte d'accolement fœtal; on baptise les deux individus.

On en connaît un très grand nombre d'exemples. Un des plus frappants est celui de ces deux filles hongroises dont parle Buffon, appelées Hélène et Judith. Elles étaient unies par les reins ; elles vécurent vingt-deux ans. Enfin Judith mourut à vingt-deux ans, et Hélène fut obligée de subir le même sort : trois minutes avant la mort de sa sœur elle entra en agonie, et mourut presque en même temps. Chacune avait son moi, sa vie distincte ; il n'y avait de commun que l'orifice anal.

Un autre fait semblable s'est présenté de nos jours, et c'est sans contredit un des plus extraordinaires qu"on ait encore observés. Ritta, Christine/, ou Ritta- Cluistina,sont ou est arrivée à Paris le 2G octobre 1829, comme s'exprime M. le docteur Julia de Fontenelle dans sa notice sur cette monstruosité, et a ou ont été présentées successivement aux Académies des sciences et de médecine. Cette fille bicéphale est née le 12 mars 1829, en Sardaigne. Chacune des têtes a été baptisée séparément : l'une a reçu le nom de Ritta, et l'autre celui de Cristina. Cet être monstrueux offre deux têtes, deux poitrines et quatre bras ; mais il n'a qu'une région abdominale, un bassin, deux cuisses et deux jambes. Ritla-Christina a succombé le 21 novembre 1829, âgée de huit mois et demi ; à peine Ritta eut-elle rendu le dernier soupir que Cristina poussa un cri, et expira à l'instant même. A l'autopsie on a trouvé deux cœurs dans la même enveloppe (péricarde) ; ces deux cœurs étaient unis par leurs pointes.

Si le monstre a deux têtes et un seul corps, ou deux corps et une seule tête, il faut donner deux baptêmes en disant : Situ es homme et si tu vis, etc. ; et puis : Si tu es un autre homme et si lu vis, etc. Si c'est

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un acéphale, on doit le baptiser en disant : Si tu vis et si tues homme, je te baptise, etc. Si tu, es capax est encore une meilleure formule.

Nous croyons après tout que l'on peut baptiser sous condition tout monstre qui sort du sein de la femme, quelque difforme et bizarre qu'il soit, et quelque ressemblance qu'il puisse avoir avec la brute. Il ne faut pas trop s'arrêter au principe d'Aristote, que l'homme est le vrai principe de l'homme. Ceci n'est probablement qu'une erreur à ajouter à tant d'autres que le moyen âge a prises de ce philosophe ; car alors en philosophie, en histoire naturelle, en physique, etc., on ne jurait que sur la parole de ce grand maître :inverba magistri. Il est aujourd'hui démontré que la femme fournit le germe ou l'ovule. On découvre à l'aide du microscope, dans un œuf de poule non fécondé, tous les linéaments de l'être qui doit en éclore.

Il s'ensuivrait du principe d'Aristote qu'il faudrait baptiser tout monstre né du commerce d'un homme avec une femelle brute, ce qui commence à sentir l'absurde et le ridicule ; ou plutôt nous nions formellement la possibilité de ces procréations bestiales : car Dieu ne permettra jamais ces productions abominables, ni la confusion de l'homme avec les espèces animales.

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