AVERTISSEMENT. IX
Mais dans ces jours mauvais que nos prévarications nous ont préparés, clans ce siècle de positivisme ou de matérialisme, ce qui est à peu près la même chose, la vertu seule ne suffit plus au prêtre : il est nécessaire qu'il se crée un nouveau genre d'influence, une influence de lumière et de science. Il faut qu'il soit aujourd'hui ce qu'il fut toujours, le flambeau des intelligences, le dépositaire de la science et la lumière du monde, lux mundi; en un mot, le prêtre doit être désormais l'homme de l'avenir, c'est-à-dire du progrès intellectuel, moral et social : il faut donc qu'il s'efforce de reconquérir la haute influence intellectuelle et scientifique que jadis il exerça si heureusement sur la société. Et cette émancipation scientifique, au point de vue de notre époque, nous paraît d'autant plus nécessaire que le clergé est aujourd'hui privé du crédit que jadis lui donnèrent souvent la naissance et la fortune : autrefois l'impiété taxa faussement le prêtre d'avarice et d'ambition; elle l'accuse aujourd'hui d'ignorance ; il faut qu'il ne lui reste désormais qu'à l'accuser d'être pauvre, vertueux et savant.
Il faut enfin que, dans l'ordre des vérités humaines ou sociales, ce qui est la même chose, le prêtre marche avec la société pour la perfectionner, et qu'il suive le progrès et le mouvement scientifique de son siècle ; c'est désormais un besoin social et une nécessité de l'époque qu'il saura comprendre.
Un grand nombre d'ecclésiastiques sentent aujourd'hui la nécessité de faire entrer dans l'enseignement de la théologie morale les données nouvelles que nous fournissentles progrès des sciences humaines, et surtout des sciences physiologiques