‹ La théologie morale et les sciences médicalesChapitre 78 sur 99 · DÉPRAVATION DE LA VOLONTÉ DES FEMMES ENCEINTES · texte numérisé non relu

DÉPRAVATION DE LA VOLONTÉ DES FEMMES ENCEINTES

Tout le monde sait, ajoute encore Debreyne, que l'état de grossesse influe plus ou moins sur le moral de la femme, change son caractère , le rend bizarre, capricieux, fantasque; modifie ses affections, ses goûts, ses inclinations; détermine, disent les auteurs de médecine légale, chez certaines femmes, des désirs et des penchants si impérieux et tellement irrésistibles, qu'elles peuvent être entraînées à des actes plus ou moins contraires à la morale publique ou à l'ordre social. On cite à l'appui de cette assertion, une foule de faits de pareilles aberrations. Telle femme, d'une humeur habituellement douce et facile, devient violente, colère, emportée; telle autre, tendre épouse, bonne mère, déteste son mari, repousse ses enfants,- ou même leur voue une haine implacable, pendant tout le temps de sa grossesse. Langius rapporte un fait horrible de la cruauté d'une femme enceinte, qui désirait manger de la chair de son mari: elle l'assassina pour satisfaire son féroce appétit, et en sala une grande partie pour prolonger son abominable plaisir. Rassasiée de ce ragoût barbare, elle avoua son crime aux amis de son mari, qui cherchaient en vain le lieu de sa retraite. J'ai vu, dit Vives {Commentaire sur la Cité de Dieu, par S. Augustin), une femme cruelle mordre le cou d'un jeune homme, qui en éprouva une douleur insupportable : elle aurait infailliblement avorté, ajoute-t-on, si elle n'avait satisfait ce désir effréné.

Nous avons quelque peine à croire que la grossesse, indépendamment de tout autre principe, ait pu seule être la cause directe et productrice de ces sortes

d'aberrations ou dépravations de la volonté ; nous croyons plutôt qu'elles sont le résultat d'une véritable monomanie bomicide délirante, et que la grossesse n'en a été que l'occasion ou la déterminante, c'est-àdire que la femme était plus ou moins monomaniaque avant sa grossesse, ou prédisposée à le devenir prochainement. Nous croyons qu'il y aurait quelque danger pour la morale publique, à attribuer tous ces actes graves et désordonnés à l'influence seule de la grossesse ; car on pense bien sans doute que l'état de grossesse serait souvent invoqué ponr justifier et pallier des actions désordonnées ou criminelles. Avec le principe delamonomanie, comme cause desactions réprébensibles, il y aura infiniment moins d'inconvénients à craindre pour l'ordre social, qu'avec la théorie fondée sur l'état de grossesse , parce que les femmes monomaniaques sont infiniment plus rares que les femmes grosses, et surtout parce que ce principe nous paraît tout à fait fondé et entièrement dans le vrai.

Au surplus, nous ne sommes pas seuls de ce sentiment : un célèbre accoucheur et en même temps auteur d'un traité de médecine légale, M. Capuron, pense absolument comme nous . Voici ses paroles : « On ne croira pas facilement que la grossesse altère oudérange la raison, au point de faire méconnaître à la femme les lois les plus sacrées de la nature, les lois fondamentales de toute civilisation, l'humanité, la justice, la propriété... En vain on objectera les envies extraordinaires des femmes enceintes, leurs appétits désordonnés, bizarres, dépravés... Qu'une femme enceinte, ait envie de manger des fruits verts, du poivre, du sel, du plâtre; qu'elle boive plus qu'à l'ordinaire du vin pur, de l'eau-de-vie, du café ; qu'elle dérobe des friandises, il y a loin de là jusqu'au désir de voler, de mordre un jeune homme au cou, de tuer un mari. »

Si le moraliste ne doit pas admettre comme vraies

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