‹ La théologie morale et les sciences médicalesChapitre 80 sur 99 · CONSÉQUENCES PRATIQUES RELATIVES A LA SÉPULTURE ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES PRATIQUES RELATIVES A LA SÉPULTURE ECCLÉSIASTIQUE

Nous pensons qu'on doit généralement refuser la sépulture ecclésiastique à tous les individus qui se tuent par suite d'une forte commotion morale, déterminée par l'annonce d'un événement tragique , de la perte de la fortune, de l'honneur, ou par quelque passion violente, parce qu'ici l'on doit présumer qu'il n'y a point de monomanie, ni de folie, ni de délire soudain au moment de l'acte, mais une passion ou un désespoir subit, ou toute autre passion véhémente, mais non absolument invincible ou irrésistible.

Mais, dira-t-on peut-être, si, sur l'annonce d'une nouvelle funeste, d'un événement tragique, un homme se tue à l'instant même, ne doit-on pas attribuer plutôt ce suicide immédiat et soudain à un trouble, à un égarement subit de la raison, ou du moins à un premier mouvement comme machinal {motus primo primus, en termes de l'école)? à ce que j'appelais tout à l'heure un mouvement réflexe ? — Nous pensons que la chose est possible dans quelques cas rares ; et dans ces occurrences il faut invoquer les antécédents du sujet : s'ils sont honorables, chrétiens et moraux, ils établiront, pour le premier mouvement qu'on peut appeler réflexe ou indélibéré, une présomption, qui pourra peut-être autoriser l'inhumation ecclésiastique

Nous concevons qu'une forte commotion morale, soudaine et inattendue, un chagrin violent et subit, la perte de l'honneur, de la fortune, etc., sont des causes perturbatrices très puissantes, capables de bouleverser toute la sensibilité humaine et de priver l'homme de toute réflexion ; nous comprenons encore que le délire des passions ne permet guère de réfléchir, et que toutes les lois acquittent un homme qui a commis, dans le premier emportement d'une passion véhémente, une action qui eût été criminelle sans cette circonstance ; mais nous ferons remarquer que ces sortes d'explosions subites et ces suicides , ne s'observent généralement que chez les hommes sans religion, sans croyances, et surtout sans pratiques religieuses.

Une commune catastrophe frappe en même temps deux hommes absolument placés dans les mêmes conditions physiques ; l'un des deux est bon et fervent chrétien, l'autre est un incrédule et un impie : le premier se résigne chrétiennement comme Job, l'autre se tue comme Saiil. Citons ici un passage remarquable d'un médecin sincèrement religieux, qui, en même temps, est l'autorité la plus grave du siècle, concernant les maladies mentales : « Si, par son éducation, l'homme n'a point fortifié son âme par les croyances religieuses, par les préceptes de la morale, par les habitudes d'ordre et de conduite régulière ; s'il n'a pas appris à respecter les lois, à remplir les devoirs de la société, à supporter les vicissitudes de la vie ; s'il a appris à mépriser ses semblables, à dédaigner les auteurs de ses jours, à être impérieux dans ses désirs et ses caprices, certainement, toutes choses égales d'ailleurs, il sera plus disposé à terminer volontairement son existence, dès qu'il éprouvera quelques chagrins ou quelques revers. L'homme a besoin d'une autorité qui dirige ses passions et gouverne ses actions ; livré à sa propre

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