DE LA SÉPULTURE ECCLÉSIASTIQUE
faiblesse, il tombe dans l'indifférence et après, dans le doute ; rien ne soutient son courage ; il est désarmé contre les souffrances de la vie, contre les angoisses du cœur, etc. » (Esquirol, Maladies mentales, t. I, p. 587,1839.)
Nous estimons d'ailleurs, que ces cas d'explosion subite et ces suicides aigus dont on vient de parler, sont plus rares qu'on ne pense communément : nous n'en avons pas encore rencontré, bien qu'on les con çoive très possibles. Nous croyons que les grandes peines morales produisent plutôt la folie véritable et plus ou moins durable. Nous n'avons jamais vu personne se tuer dans un accès subit ou un premier accès de manie. Quand les fous se donnent la mort, c'est en général dans l'état chronique, et ils le font avec plus ou moins de réflexion et de raisonnement, ou par suite ie quelque fausse combinaison ou de quelque faux calcul.
Si le suicide n'est pas subit et instantané, c'est-àdire s'il n'a lieu qu'à un temps plus ou moins éloigné delà cause déterminante, alors le cas est facile; car on a le temps suffisant pour reconnaître, constater et juger l'état mental du sujet.
Dans le but de s'éclairer sur la nature des motifs, on peut examiner les lettres et les papiers du suicidé, recueillir les témoignages de ceux qui l'ont connu, s'informer s'il existe ou s'il a existé des aliénés parmi ses proches parents; s'il n'était pas épileptique ; s'il était nerveux, très susceptible, impressionnable, mélancolique, hypochondriaque, hallucinatique, visionnaire; s'il se faisait remarquer par ses idées extraordinaires, son caractère sombre et bizarre, son esprit faible et borné, etc. Toutes ces circonstances peuvent sans doute venir à l'appui des présomptions de la folie, mais ne sauraient absolument la prouver. Après tout, la manie peut éclater subitement sans aucun symptôme précurseur. Si l'on a trouvé le corps pendu
ou noyé, on doit s'adresser à la médecine légale, pour s'assurer si l'individu a été pendu ou noyé avant ou après la mort.
Enfin nous pensons que l'on pourrait accorder la sépulture ecclésiastique, à toute personne réputée honorable, qui se serait suicidée sans que l'on eût pu découvrir chez elle aucun intérêt, aucun motif plausible et raisonnable, pour parler un instant suivant les idées reçues; parce que, dans l'espèce, avec monomanie ou non, on doit croire que, dans l'exécution même de l'acte, la raison était égarée et le libre arbitre perdu.
Deuxième conséquence pratique : c'est que dans tous les cas de monomanie, quelle qu'elle soit, homicide, suicide, incendiaire, etc., les moyens spirituels doivent passer en première ligne. C'est, en effet, dans la religion que ces sortes de malades doivent puiser les plus puissants motifs de résignation ; et surtout, ils trouveront la force nécessaire pour résister à leur mauvais penchant, dans l'usage fréquent des sacrements de l'Église et dans les avis et les consolations que leur prodiguera le zèle prudent et éclairé d'un sage et charitable directeur.