‹ La théologie morale et les sciences médicalesChapitre 89 sur 99 · LES INSTRUMENTS DE PÉNITENCE · texte numérisé non relu

LES INSTRUMENTS DE PÉNITENCE

§ 5. — QUELQUES MOTS SUR LES INSTRUMENTS DE PÉNITENCE. TELSQUE LE CILICE, LA I1AIRE, LES CEINTURESMÉTALL1QUES ET SURTOUT LA DISCIPLINE. — LEUR EFFET PHYSIOLOGIQUE ET MORAL.

Le dernier de ces instruments, c'est-à-dire la discipline ordinaire, soit simple, soit garnie, est communément, par le vice de son mode d'emploi, le plus souvent nuisible à la santé. Et en effet, la flagellation thoracique, si elle est pratiquée avec trop de vitesse ou de précipitation, produit ordinairement un essoufflement considérable, des palpitations, de l'oppression et quelquefois des maux de tête. Ces grandes perturbations des fonctions respiratoires etcirculatoires se font particulièrement remarquer cbez les sujets délicats, nerveux, impressionnables, et plus ou moins prédisposés aux maladies des poumons ou du cœur; et l'on conçoit aisément que, chez ces sortes de personnes, l'ébranlement nerveux et le rapius sanguin, se reproduisant souvent, peuvent à la longue amener des désordres graves. Ces accidents sont encore plus à craindre chez les femmes, indépendamment de ceux qui sont propres à leur sexe. Je me rappelle le fait d'une religieuse trappistinequi, par un coup de discipline porté sur le sein, y a fait développer un cancer auquel elle a fini, je crois, par succomber.

Il est donc nécessaire que les confesseurs, les directeurs des âmes, les supérieurs monastiques règlent ces sortes de mortifications avec beaucoup de sagesse et de discrétion, et qu'ils en défendent constamment l'abus ou l'emploi imprudent ou indiscret.

Après tout, quel est le but de ce genre de macération? Est-ce de mater et de dompter la fougue impétueuse du tempérament, de réprimer la révolte et l'insolence de la chair ? Nous ne le voyons guère. On

obtiendra toujours mieux ces effets dépressifs par le jeûne, par l'abstinence, et surtout par le travail et par la fatigue du corps, quiémoussent bien plus facilement et plus sûrement le sentiment de la volupté cbarnelle. C'est ainsi que le grand Apôtre cbâtiait son corps et le réduisait en servitude. Castigo corpus meiim et in servitutemredigo... in laooreet cerumna, invigiliismultis,in famé et siti, in jejuniis multis, in frigore et nuditate. (Cor.) Si saint Paul a été battu de verges, ter virgis cœsus sum (Cor.), c'est qu'il avait été jugé digne de subir, à l'imitation de son maître et pour son maître, le flétrissant outrage de la flagellation. Dignus habitue est pro nomine Jesu contumeliam pati.

Que se propose-t-on donc enfin par la flagellation disciplinaire? La souffrance physique, la douleur du corps. Le motif sans doute est fort louable, puisqu'on veut imiter, quoique bien imparfaitement, l'horrible flagellation de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais, en tout ce qui regarde ces choses extérieures, que l'on ne soit pas trop littéral et trop attaché à l'écorce, comme les Pharisiens; il faut pénétrer plus avant et jusqu'à la moelle; c'est-à-dire, qu'il faut prendre davantage l'esprit des choses, s'appliquer en même temps, et même avant tout, à discipliner et à flageller vigoureusement le cœur, scindite corda vestra (Joël), à. mortifier sévèrement ses passions, à châtier vivement l'amour-propre, et mettre surtout le mors et la bride à cette fière et impétueuse volonté de l'homme déchu et devenu esclave de l'orgueil. Voilà, sans contredit, la meilleure pénitence et sans laquelle l'autre ne servirait à rien. Nihil proderit.

Le but de la discipline n'étant donc que de se procurer une salutaire douleur, changez-en le lieu ou le mode. Qu'on la prenne sur la face dorsale des mains ou des avant-bras, ou sur les pieds et les mollets. Ledos, les épaules et les membres sont encore des surfaces sur lesquelles on peut provoquera [douleur,

Page 1