CHAPITRE IV
Le jeûne, l'abstinence, la tempérance et l'intempérance considérés au point de vue physiologique et hygiénique, et appréciés dans leurs effets moraux. — Ascétisme. — De l'usage et de l'abus des médicaments. — De la longévité.
Jejuniuin aniraabus corporibusque curandis institutum est.) Paroles tirées de l'oraison du samedi d'avant le premier dimanche de carême.)
§ Ier. — LE JEUNE ET L'ABSTINENCE.
Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous traitions ici ces matières avec tous les développements historiques, philosophiques et ascétiques, qui ne se trouvent que dans les livres exprofesso, ou dans les ouvrages spéciaux. Et d'ailleurs, ces sortes de détails, nous devons les supposer familiers, ou du moins suffisamment connus aux personnes pour qui nous écrivons.
Nous ne présenterons donc, dans ce chapitre, que quelques réflexions générales, moins connues peutêtre de la généralité des ecclésiastiques, et par là même, plus adaptées au plan et au but de cet ouvrage.
L'institution du jeûne et de l'abstinence remonte à l'origine des choses, ou du moins à l'apparition de
l'homme sur cette terre de misère et d'exil. Depuis la grande prévarication, ou la grande intempérance du premier homme, toute sa race, courbée sous le poids del'anathème de Dieu, a été condamnée à souffrir et à s'abstenir, sentence qui depuis fut consacrée par toute l'antiquité païenne, sous cette formule : sustine et abstine.
Toutes les nations en effet ont pratiqué le jeûne et l'abstinence, depuis les Hébreux, les Assyriens, les Indiens, les Chinois , les Égyptiens , les Grecs, les Romains, jusqu'aux chrétiens, chez lesquels ces saintes et salutaires institutions ont été empreintes d'un caractère de prévoyance et de sagesse singulièrement remarquable. Les législateurs de tous les autres peuples païens ont considéré le jeûne et l'abstinence, autant comme moyen de civilisation et d'adoucissement des mœurs, que comme pratiques ou rites religieux ; nous ne devons point en parler ici ; le jeûne et l'abstinence des chrétiens doivent seuls nous occuper.
[Ainsi que le dit le P. de Bonniot, il y a trois quantités qui doivent être équivalentes, si l'on veut maintenir l'équilibre de la santé physique; c'est-à-dire, le travail produit, les pertes qu'il entraîne, la restitution nécessaire pour les réparer. Or, il est bien certain que, en dehors des gens qui ont un travail manuel et une dépense physique considérable, l'homme de nos cités mange trop; en d'autres termes, il mange plus que la ration nécessaire à la réparation de sa dépense de forces.
J'en trouve la preuve, entre autres choses, dans la fréquence avec laquelle les médecins sont conduits à prescrire aujourd'hui, des régimes dont la frugalité frappe généralement de stupeur le malade auquel on les conseille. Il en est ainsi du régime lacté, dont l'usage s'est tant répandu. Ce n'est jamais sans un profond étonnement, que le malade s'entend dire