I.ES APPROCHES DE FRUCTIDOR
U Année religieuse parue par livraisons à partir de floréal, était, comme l’indiquait son sous-titre, un « recueil de discours, de lectures, d’hymnes et cantiques pour toutes les fêtes religieuses et morales que célèbrent les théophilanthropes pendant le cours de l’année, soit dans les temples publics, soit dans le sein de leurs familles ». \u (renient dit, c’était un vadc-niccum à l’usage des directeurs du culte. On y lisait des morceaux choisis de moralistes anciens et modernes, sur l’existence de Dieu1 2, l’immortalité de l’Ame, la loi naturelle, des pages sentimentales sur les beautés de la nature3, des pensées et des dissertations morales4 5, enfin des hymnes et des cantiques h
La morale, enseignée dans Y Année religieuse, n’est pas toujours très relevée. M. Gachon a remarqué qu’elle ressemblait beaucoup à la vertu d’Horace, quæstat in medio, et l’a appelée « une sagesse vulgaire, avisée, égoïste6 ». Et en effet, il arrive qu’on rencontre, à côté de maximes d’une très belle inspiration, des justifications de la vertu par l’ égoïsme comme celle-ci : « Il n’est point d’individu qui n’ait le plus grand intérêt à éprouver les effets de la vertu, et à montrer les vertus aux autres. Sous quelque point de vue qu’on l’envisage, l’idée de la vertu est néces-
1 . La première livraison est annoncée dans le Moniteur du 24 lloréal. On en trouve deux éditions à la Bib. nat. sous la cote Ld188 5 A et B. . Dans la première édition (p. 13-71) est reproduit le Manuel, qui est supprimé dans la seconde.
2. Plusieurs semblent être de Voltaire; par ex. : le morceau intitulé : « Sur la nature de Dieu. »
3. Certaines paraissent être de Bernardin de Saint-Pierre, par ex. : « Contemplation de la nature dans les premiers jours du printemps », « Sur le printemps », « Cantique du matin », « L’Aurore ».
4. Par exemple: des Extraits de la morale de la Bible, des Pensées morales de Confucius, d’un ancien sage de l’Inde, de Théognis, de Pylhagore, de Phocylide, etc... Des dissertations seraient dues (d’après Grégoire, Histoire des Sectes, 1, p. 38g), celle sur l’amour de nos semblables à Parent, celle sur la constance et la courage dans le malheur à Richard, celle sur l’amour de la Patrie à Michel.
5. Parmi les hymnes, citons l’hymne du matin de Dauhermesnil, l’hymne de Desorgues : Père de l’Univers, une traduction en vers de l’hymne de Cléanthe, le poème de Louis Racine sur l’Immortalité de l’âme, etc.