‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 131 sur 519 · LES ÉCOLES · texte numérisé non relu

LES ÉCOLES

gion ne devient durable qu’à condilion de s’emparer de l’esprit des jeunes générations, les théophilanthropes s’efforcèrent de bonne heure de fonder des écoles, où seraient enseignés leurs principes. Ils auraient voulu qu’à chacun de leurs temples correspondit une école des deux sexes, dirigée par un instituteur et une institutrice.

L’instituteur, après avoir instruit les enfants pendant le cours de la décade ferait, le jour de repos, l’instruction morale à ses concitoyens. Il serait le lecteur et l’orateur habituel des fêles religieuses et morales.

Les élèves, qu’il formerait au chant, composeraient les chœurs. Ainsi l’école théophilanthrope serait en même temps une maîtrise, et l’instituteur le prêtre ordinaire du nouveau culte1. L’idée était ingénieuse et il faut avouer que si elle avait pu être appliquée partout, la théophilan thropie aurait pris une sérieuse consistance. Rétribués pour leurs fonctions d’instituteurs, les lecteurs théophilanthropes, désormais à l’abri du besoin, auraient pu se consacrer tout entiers à leur apostolat religieux. Ils y auraient d’ailleurs été directement intéressés, puisque la prospérité de leur école aurait dépendu de la prospérité du culte.

Cii.vpi'is. — Ce fut Chapuis qui ouvrit la première école théophilanthropique, le i3 messidor an V (ier juillet 1797)- Dans un prospectus, reproduit intégralement dans le Moniteur 2 3 du 20 prairial, il disait répondre au vœu de respectables pères de famille, en ouvrant une école également éloignée de l’impiété et de la superstition ’.

Les élèves « apprendront à lire', à écrire et le calcul

1 . Chemin expose très nettement ce programme dans une longue note de son Rituel, p. 2.

2. Le prospectus se trouve aussi en placard à la Bib. nat , Ld188 45. Le Moniteur, qui le reproduit, a change le titre d’Ecole théophilanthropique en celui d'Ecole philanthropique.

3. Il fait parler ainsi les pères de famille : « Qu'il est déplorable, ajoutaient-ils, que dans presque toutes les écoles on néglige renseignement de la morale religieuse (allusion aux écoles officielles) ou que l’on ne mette entre les mains des enfants que les livres d’un culte exclusif ! (allusion aux écoles catholiques). »

LES APPROCHES DE FRUCTIDOR

(sic), les éléments de la langue latine, de grammaire française,' d'histoire, de géographie, etc.., et ce qu'on doit à Dieu, à ses parents, à son pays, à tous les hommes, à soi-même... » Chapuis recevra des pensionnaires aussi bien que des externes. Par la suite, il compte pouvoir donner « un cours complet d’éducation, dans lequel entrera l’étude des langues étrangères ». Son appel fut entendu, car l'école s’ouvrit au jour dit, « place ci-devant Royale, arcade n° 276 1 ».

L’esprit du comité de diiiectiox. — Prudence et modération. — La secte se fortifiait tous les jours. Ce résultat était dû en partie à l’esprit de prudence habile, qui règne au comité de direction jusqu’au 18 fructidor. Vraisemblablement sous l’influence de Dupont (de Nemours) et de Goupil, les théophilanlhropes se gardaient d’exagérer leurs tendances, de proclamer trop haut leur mépris du catholicisme et leur volonté de le détruire en le remplaçant. Le Journal des Campagnes , ayant publié, dans son numéro du 28 prairial, un parallèle entre la théophilanthropie et le catholicisme2, qui contenait des attaques un peu vives contre ce dernier culte, le comité désavouait l’article dans un numéro suivant. La lettre de désaveu répudiait toute opposition entre la théophilanthropie et le catholicisme, déclarait que « les catholiques, les protestants, les juifs et les sectateurs de tous les cultes sont vraiment théophilanthropes et ne cesseraient de mériter ce nom qu’autant qu’ils persécuteraient leurs frères », protestait que l’association des théophilanthropes s’attendait plutôt « au sourire dédaigneux de l’athéisme et du matérialisme » qu’aux attaques des catholiques, « dont en réalité elle seconde

1. Moniteur du i3 messidor an V (Avis). — A l’origine, elle devait se tenir dans le cloître ci-devant Notre-Dame, n° 35 (prospectus).

2. Ce parallèle signé « Un théophilanthrope » est probablement de Benoist-Lamothe (Voir plus haut, chap. n, p. 122, note 4)-

l’esprit du comité de DIRECTION 1 83

les efforts pour le rétablissement de la religion et de la morale ».

Voulant paraître tolérant avant tout, le comité s’abstetenait de répliquer, pour les mêmes raisons, aux attaques furibondes de la presse catholique. Quand on leur reprochait d’admettre à leurs fêtes des jacobins, les ihéophilanthropes se bornaient à répéter dans le privé cette réponse, que fit un jour Chemin à de pareilles accusations : « Laissez-les venir au milieu de nous, ou ils sont amenés par un sincère attachement à nos principes et, dans ce cas, ils ne tarderont pas à déposer aux pieds de nos paisibles autels leur fanatisme révolutionnaire et alors nous aurons rendu un grand service à la société, ou ds espèrent détourner cette institution de son objet, et comme ils n’y réussiront pas, ils nous auront bientôt abandonnés1. » Et Chemin, qui écrivait ces souvenirs en l’an X, ajoutait alors : « C’est ce qui est arrivé depuis longtemps. »

Si on en croyait un passage d’une brochure2, parue vers le milieu fie l’an V, tous les théophilanthropes n’auraient pas vu, avec une satisfaction sans mélange, les avances que leur faisait alors le gouvernement. « Généreux théophilanthropes, dit l’auteur qui est lui-même théophilanthrope, vous ne demandez pas de préférence, vous ! La religion universelle n’a pas besoin des faveurs du gouvernement, ni pour s’établir, ni pour se soutenir, ni pour se propager! » Sans doute c’était là de l’ingratitude; sans les faveurs du pouvoir, la secte n’aurait pas fait de si rapides progrès, mais il est à noter qu’elle resta, du moins en apparence, étrangère le plus qu’elle put aux querelles politiques3, et que si elle contribua au coup

1. Chemin tenait ce langage à la naissance du culte : « Quand, à la naissance du culte, on exprimait à ceux-ci (les théophilanthropes) le regret de voir leurs modestes oratoires fréquentés par des hommes que l’opinion publique accusait, ils répondaient avec une tranquillité digne de la douceur de leur morale : « Laissez-les venir au milieu de nous, etc... » (Qu’est-ce que la théophilanlhropie?, p. 03.)

2. La Religion de nos Pères ou Examende quelques questions à l’ordre du jour, par P.-L. Léon. Bib. nat., Ld4 7752.

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