Les théophilanthropes défendirent timidement le projet de
LES APPROCHES DE FRUCTIDOR
d’état de fructidor, ce fut de loin et dans la coulisse. Plus tard l 'Echo, journal officiel de la secte constatera, dans son numéro du i5 nivôse an \ I, qu’avant le 18 fructidor, plusieurs membres du comité de direction « se détachèrent du gouvernail quand la tempête devint sérieuse », et il ajoutera : « On pourrait citer des théophilanthropes estimables mais qui, par faiblesse ou par insouciance, se tenaient cois avant le 18 fructidor, et qui n’ont osé se montrer ouvertement théophilanthropes qu’après cette mémorable journée. »
Conclusion. — Nous verrons qu’après le 18 fructidor, le comité ne sera pas toujours animé par ce même esprit de modération. Mais auparavant jetons un regard en arrière et mesurons le chemin parcouru. Avant que La Révellière prononçât son discours à l’Institut, la théophilanthropie, réduite à un seul temple, était à peu près inconnue, en dehors d’un petit cercle de littérateurs, de bourgeois et d’hommes politiques. La presse n’en avait pas encore dit un mot, sauf par allusion ; on pouvait douter de l’avenir de la secte. Il semblait tout au moins qu’elle n’était, pas appelée à jouer un rôle sur la scène historique.
Le discours de La Révellière a tiré la théophilanthrôpie
Leclerc dans la brochure : Les crimes des philanthropes dévoilés par les catholiques. Bits, nat , Ld188 12, parue probablement au moment delà discussion du projet de Leclerc sur la religion civile : « 11 doit y avoir, répétaient-ils avec Rousseau, une profession de foi purement civile, dont il appartient à la volonté souveraine de fixer les articles, non pas précisément comme dogmes de religion, mais comme sentiments de sociabilité sans lesquels il est impossible d’être bon citoyen. Sans pouvoir obliger personne de les croire, elle peut bannir de la République quiconque ne les croit pas, elle peut le bannir non comme impie, mais comme insociable, comme incapable d’aimer sincèrement les lois, la justice, la liberté et d’immoler au besoin sa vie à la patrie... », etc.
Les mêmes idées sont exposées dans un écrit anonyme, d'inspiration toute théophilanthropique : Essai sur l’origine du culte religieux et sur la nécessité d’un culte extérieur et public dans les Sociétés religieuses, paru en tan V (Bib. nat., Ld* 8i84), avec cette épigraphe: « On bâtirait plutôt une ville en l’air qu’on n’établirait une cité sans religion. » L’auteur s’attache à démontrer que l’Etat doit adopter un culte, car, dit-il, « il sera toujours impossible de retirer nos fêtes publiques de l’espèce d’abjection où elles sont tombées, tant qu elles ne seront pas soutenues du caractère auguste et du respect que leur imprimait la religion... », p. 98.
CONCLUSION
de l’obscurité, l’a mêlée — un peu malgré elle — à l’action politique, lui a imprimé, en un mot, l’élan nécessaire à son progrès. Depuis que le gouvernement a pris hautement parti pour elle, tous les amis du gouvernement — et ils sont toujours nombreux dans un état centralisé — accourent lui offrir leurs services. Sure maintenant du lendemain, la secte complète son organisation, donne une forme plus précise à ses cérémonies, facilite la tâche de ses amis en mettant à leur disposition des recueils de discours, d'hymnes, de lectures ; ouvre de nouveaux temples, des écoles. Il lui vient des ambitions; elle veut s’installer à Notre-Dame, pensant que la possession de la cathédrale de Paris sera la consécration définitive de son existence et le gage de ses futurs progrès. Ne nous étonnons pas si, en présence de ces résultats du discours du 12 floréal, les contemporains ont considéré La Révellière comme le véritable fondateur de la théophilanthropie, comme le pape, le Mahomet de la nouvelle religion. Ecrivant ses Mémoires longtemps après les événements (en 1822-2!!), La Révellière ne sait plus bien lui-même qu elle a été au juste la portée de son action. Il s’imagine, à tort, avoir donné dans son discours la première idée de la théophilanthropie1 ( sic ), il écrit — nouvelle erreur — qu’Haüy et ses amis « basèrent leur culte sur les prin cipes qu’il avait publiés2. » C’est que pour lui, comme pour beaucoup de contemporains, toute l’histoire de la théophilanthropie, antérieure au 12 floréal, ne compte pas. Et, en effet, c’est de ce jour que date vraiment son rôle historique, sa véritable histoire.