N" 46, 10 germinal an VI
2. Rome venait d’être prise par les troupes de Berlhier et la République romaine proclamée.
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une fois de plus « l'espèce d'abandon dans lequel le gouvernement laisse les fondateurs de ce culte sublime », en appelait à La Réveil ière en ces termes : « Puissent mes observations parvenir à celui des magistrats suprêmes (pic son goût pour l’étude, son amour ardent pour la réformation des abus et ses tentatives pour l’extinction du fanatisme religieux désignent à l’opinion comme plus particulièrement occupé des objets qui se rapportent à la philanthropie ! »
Conclusion. — Aveux d'impuissance. — Il est probable que les vœux de Siauve étaient en ce moment partagés par les chefs delà secte. En implorant ainsi l’appui déclaré du pouvoir, en demandant la nationalisation de leur culte, ils avouaient implicitement que, laissés à leurs seules forces, ils se croyaient incapables de procurer à leur œuvre un avenir assuré. Siauve en avait conscience, puisqu'il écrivait: « Que le grand patriarche de France (c’est le nom qu’il donne habituellement à Grégoire) ne prenne pas notre invitation au gouvernement pour un aveu de faiblesse delà part des lliéophilanthropes ! » En dépit de la précaution oratoire, l’aveu existe et doit cire retenu par l’historien. La théophilanlhropie était cependant dans sa période la plus prospère. Maîtresse de la plupart des églises de Paris, elle se répandait en province, et acquérait de jour en jour plus de consistance et à ce moment meme scs chefs semblaient douter de l’avenir! C’est que les divisions entre les patriotes avaient reparu avec les élections de germinal, et que l’enthousiasme républicain, qui avait suivi fructidor, était déjà bien éteint. C’est (pie le gouvernement lui-même, jusque-là protecteur officieux de la secte, commençait à se défier d’elle. Le théophilanllrrope Sotin est renvoyé du ministère de la police, le 9.5 pluviôse an YI, sous prétexte qu’il favorisait les sinisnistres projets des jacobins.
Défections et lassitude. — Enfin les ambitieux, qui ne sont entrés dans la théophilanlhropie que pour s’en faire un titre à la faveur du gouvernement, commencent à s’en retirer, soil qu’ils se voient trompés dans leurs
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calculs, soil qu’ils soient nantis des places qu’ils convoi taient1 *.
Chapuis, l’un des théopliilanthropes de la première heure, le fondateur de leur première école, embarrassé de dettes, sollicitait immédiatement après fructidor, un emploi de Sotin, son ami, et, après bien des supplications, Unissait par être nommé commissaire du Directoire près l’ administration municipale du \II“ arrondissement, le 22 pluviôse an \ 1 \ Le comité central perdait avec lui un de ses membres les plus actifs.
Sous le litre Conversion 'étonnante, L’Écho des théopliilanthropes dans son n° 34 (3o nivôse an VI) houspilla vertement le petit poète l’iis « qui venait de se retirer de la théophilanthropie après avoir écrit des h) mmes pour elle. Mais avant de faire l’abandon doses liymmes, l’iis aurait voulu savoir quelle gloire et quel profil lui en reviendrait. »
En même temps, Dubroca, le meilleur orateur de la secte, assiégeait La Uévcllière de scs demandes d’emploi. Ses letlrcs sont assez curieuses3, parce qu elles nous le montrent sur le vif.
« .l'attache le repos et la prospérité de mon pays, écrivait-il fi' 28 brumaire an N l,à l'anéantissement de la superstition et du fanatisme religieux. Je me propose de consacrer à celle œuvre tous les moyens que la nature peut m’avoir donnés, mais, citoyen Directeur, je sollicite de vous un état (pii me nielle dans l'indépendance, non seulement des premiers besoins, mais encore des hommes dont |e provoque la haine et les passions. Je puis, citoyen Directeur, être appliqué à quelque genre de travail que ce soit dans les bureaux, surlout dans ceux qui concernent la correspondance ou la rédaction. J’ai fait de bonnes études, j’ai donné pendant longtemps les éléments de l'histoire naturelle à des jeunes gens qui m’élaienl confiés. »
i. Chemin lui-même en a fait la remarque: « Les ambitieux sc sont retirés quand ils ont été convaincus par le fait qu’il n’y avait dans cet apostolat ni argent ni emploi à gagner. » (jQu'csl-ce qiw la Théoph. ? p. l().)
Les lettres de Chapuis à Sotin sont conservées aux Arch. nat , F7 7338.
3. On les trouvera aux Archives nationales .sous la cote F17 1*97.
:îo', i.i: lèkdkmain ni; fructidor a faris
M’ayanl reçu aucune réponse, Dubroca revient à la charge, le ier frimaire:
« Citoyen Directeur, il est vrai (pic les cœurs tics amis de la République s’entendent et se devinent; j'espère (pie ma lettre pourra vous intéresser, sans qu’il soit besoin de m’étendre beaucoup sur les titres que je puis avoir à votre bien vcillance.
« Citoyen Directeur, mon sort est irrévocablement lié aux destinées de la République. Depuis le commencement de la Révolution, j’ai acquis quelques titres à l’estime des patriotes et beaucoup à la haine des royalistes. Je puis consacrer quelques années encore et quelques talents à l’utilité de mon pays : tous mes moyens d’existence sont épuisés, tels sont les motifs qui m’engagent à recourir à vous pour obtenir une place qui puisse me rendre indépendant de la misère et me faciliter les moyens de continuer la carrière que j’ai entreprise.
« L’objet de celte carrière, citoyen Directeur, ne vous est certainement pas indifférent ; trop d’intérêts sont liés à l’anéantissement de la superstition dans la République et vous avez vous-même énoncé'trop fortement vos principes à cet égard pour que le culte des ihéopbilanthropes n’ait pas obtenu rassentiment de votre esprit et de votre cœur.
« C’est aux progrès de ce culte que j’ai voué toute mon existence; il vous serait facile d’avoir auprès du comité qui le dirige des renseignements sur le zèle et le dévouement avec lequel j’ exerce les fonctions de compositeur et d’orateur.
« Mais cela 11e serait rien, s’il ne s’agissait point dans cet objet des intérêts de la République cL si la clm Le des erreurs superstitieuses ne devait assurer le bonheur et le repos des générations futures, en laissant à leur place les dogmes de la raison cl la pratique de la morale universelle.
« Heureux si je puis contribuer en quelque chose à celle révolution qui , moins brillante que celle de la politique, n’en a pas une influence moins puissante sur l’amélioration du sort des hommes!
« Veuillez, citoyen Directeur, me soutenir par l’intérêt que je vous prie de prendre à mon sort et vous ajouterez aux sentiments de respect et d’estime ([ue depuis longtempsj’ai conçus pour vous, un sentiment plus cher au cœur sensible, celui d’une reconnaissance qui ne finira qu’avec ma vie. Salut et fraternité, Dubroca.
« P. -S. — Un instant d’audience suffirait à mes vœux pour vous expliquer la nature de l’emploi que je pourrais remplir. Dubroca, rue du Théâtre-Français, n° <y. »
SI A U VE ET LA NATIONALISATION DE LA SECTE 3o5
Sans se laisser émouvoir par ces doléances, La Piévcllière lit répondre par le ministre de l’intérieur qu’il ne pouvait disposer d’aucune place en faveur du postulant. Dubroca dut ainsi rester dans la tliéophilanthropie, mais à son corps défendant.
Il n’est pas jusqu’à Chemin lui-même, si sévère cependant pour les ambitieux et les quêteurs d’emplois, qui ne sollicite humblement une place quelconque qui put le faire vivre. Dès le 28 fructidor an Y, il demande un emploi ou un secours de 1 200 livres pour faire les frais de ses livres théophilanthropiques Il reviendra plus tard à la charge, le 12 nivôse an VII, auprès du ministre de l’intérieur François de Neufchàteau 2, sans plus de succès sans doute.
Ces témoignages de la misère et de la lassitude des principaux chefs théophilanthropes doivent être médités. Ils nous expliquent, mieux que 11e sauraient le faire de plus hautes considérations, pourquoi -leur tentative sera éphémère.
Nous verrons d’ailleurs dans un prochain chapitre comment les élections de germinal an VI et la crise du 22 floréal arrêtèrent brusquement les progrès de la secte.
1 Reg. d’ enregistrement de la correspondance du Directoire (Arch. uat., AF111* 7G).
2. Voir sa lettre à la collection d'autographes de la section moderne aux Archives Nationales.
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