‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 211 sur 519 · Région de l'Est . — Châlons-sur-Marne : Léger.- — Troyes · texte numérisé non relu

Région de l'Est . — Châlons-sur-Marne : Léger.- — Troyes

— Côte-d’Or. — Dijon : Julien Paillet. — Autun. — Mâcon.

— Épinal. — Doubs. — Coligni (Ain).

8. Tonne. — Sens. - — Benoist-Lamothe et le culte des chrétiens français. — Cérémonies, baptêmes, mariages, funérailles. — Les premières séances. — Critiques des philosophes. — Benoist-Lamothe retourne à la théophilanthropie.

— Prospérité de l’église de Sens.

9. Yonne. — Auxerre : Chaisneau. — La Lhéophilanthropie au village. — Maillot. — Mâlai-le-Grand. — Egriselles-lcüoeage. — Saint-Fargeau. — Migé. — Saint-Florentin.

10. La théophilanthropie à l’étranger. — Pays annexés : Liège. — Suisse. — Italie : Julien fils. — Cercle constitutionnel et lhéophilanthropie à Milan. — Grégori. — Morardo,

1 1 . Hollande. — Société déiste internationale fondée en 1794.

— De Vos. — Le concours de la Société leylérienne de Harlem. — Sympathies des protestants rationalistes pour les théophilanthropes. — Gôricke.

TIIÉOPHILANTTIROPTE ET CERCLES CONSTITUTIONNELS 3o~

12. Allemagne. — Polémiques entre protestants au sujet de la théopliilanlhropic.

13. Angleterre. — David Williams, prêtre de la Nature à Margaret-street en 177G. — Pin précurseur. — Campagne déiste sous le Directoire. — Nouveau Monde.

i4- Le Directoire et la propagande théophilanthropique à l'étranger. — Conclusion.

Théophilanthropie et cercles constitutionnels. — D une maniéré generale, la théophilanthropie ne se répandit en province qu’après le 18 fructidor1. Avant celle date, les patriotes, comprimés par les royalistes victorieux aux élections, doutaient d’eux-mêmes et n’osaient pas se lancer dans les entreprises qui les auraient exposés sans défense aux coups de leurs adversaires. Mais le succès du coup d’Etat leur rendit courage. Sûrs maintenant de la protection des pouvoirs publics, les plus actifs se réunirent, fondèrent des cercles constitutionnels et des sociétés théophilanthropiques. Le Directoire ordonnait à ses commissaires de favoriser de tout leur pouvoir la formation de ces réunions patriotiques et de veiller sur elles avec sollicitude2 et le ministre de la police, Sotin, dans une circulaire du 5 février 1 797 a, s’appliquait à définir le programme que les sociétés politiques devaient remplir, à la satisfaction du gouvernement: « De quel objet importe-t-il à la patrie que ces sociétés s’occupent? D’infuser de plus en plus dans les cœurs la haine profonde de l’ancien gouvernement, d’en développer les

1. À t ersailles, la formalion de la société théophilanthropique était arrêtée dans ses grandes lignes avant cette date. A Épinal, il parut une édition locale du Manuel îles thcophilanlhropcs quelques jours avant le coup d’État.

2. Dans le Cher, c’était 1 adjudant général D’Auvergne qui formait et installait lui-même les cercles constitutionnels dans sa circonscription militaire (Aoir /. Echo des Ihéophilanlhropcs des 3o nivôse et 5 pluviôse an VI).

o. 1 ’ 11 DI i ce par Sauzay, Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Doubs, IX, p ùo.

àr

3o8 T.l'. LENDEMAIN DE FRUCTIDOR DANS LES DÉPARTEMENTS

vexations et les crimes ; de la justice des contributions et de l'empressement à les acquitter, des crimes du gouvernement anglais, etc, etc. Ces objets doivent être à l’ordre de chaque jour des sociétés politiques. Veillez sur ces associations civiques : dirigez, éclairez les patriotes énergiques, mais pauvres et incorruptibles, qui en sont membres... Magistrats républicains, ces sociétés vous offrent un levier tout puissant pour remonter l’opinion républicaine, corroborer l’action du gouvernement et pi’éparer des élections dignes du peuple français... »

Presque toutes les villes patriotes de quelque importance eurent alors leurs cercles constitutionnels, assez pâles copies, il est vrai, des sociétés populaires de l’an II, dont ils n’avaient ni l’indépendance, ni l’autorité, jalousement surveillés par le pouvoir et sévèrement réglementés par la loi. Règle générale, la société théophilanthropique sortit du cercle constitutionnel et on peut dire que c’était le même groupe d’hommes qui prenait alternativement l’un ou l’autre titre1. A Troyes par exemple les mêmes citoyens qui, en pluviôse an VI, signent une pétition à la municipalité pour obtenir le droit d’exercer le culte théophilanthropique dans l’église de la Madeleine, avaient déjà signé quelques mois auparavant, en vendémiaire, les déclarations nécessaires pour ouvrir les deux cercles constitutionnels qui existaient alors dans la ville2. A Montreuil près Paris, des troubles étant survenus dans l’exercice du culte théophilanthropique, c’est le

1. Les journaux républicains réunissent d’ordinaire les deux expressions : théopliilanthropie et cercles constitutionnels. Par exemple le Journal des hommes libres, dans son numéro du 26 pluviôse an A 1, accuse les administrateurs du Loir-et-Cher d’être hostiles à la théophilanthropie et aux cercles constitutionnels. Le même journal, dans son numéro du 6 ventôse an VI, croit qu’à Strasbourg la théophilanthropie et les cercles constitutionnels font peur aux aristocrates.

2. Les deux cercles constitutionnels de Troyes avaient été fondés à quelques jours d’intervalle, l’un au n° 75 de la rue des Bûchettes, l’autre au n“ 17 de la rue delà Limace. Parmi les signataires de la pétition des théophilanthropes figurent des membres de l’un et l’autre cercle (Registre des délibérations de l’administration municipale, séances des 12 et 22 vendémiaire, et 4 pluviôse an A I. Àrch. munie, de Troyes).

THÉOPII I LANTII ROPI E ET CERCLES CONSTITUTIONNELS 3og

cercle constitutionnel qui porte plainte au ministre de la police, le 18 nivôse an VI. Les noms de la plupart des signataires de la plainte se retrouvent au bas de pièces émanées de la société théophilanthropique locale1. A Blois, sitôt que le cercle constitutionnel est formé, le Journal des Hommes libres annonce que les patriotes de cette ville se préparent à célébrer la théophilanthropie dans la cathédrale de l1 évêque Grégoire2. De la même manière en l'an II, le culte de la Raison et de l’Etre suprême avaient pris naissance et s’étaient développés au sein des sociétés populaires.

Théophilanthropie et cultes révolutionnaires antérieurs. — Ne retrouve-t-on pas d’ailleurs dans les théophilanthropes de l’an VI les anciens adorateurs de la Raison et de l’Etre suprême ? « Rien ne serait plus injuste, dit Grégoire3, que d’envelopper dans une inculpation générale tous les membres d’une société ; nous reconnaissons et nous aimons à dire que, dans celle des théophilanthropes, il y avait des hommes honnêtes et probes. Mais, en laissant à chacun la faculté de se placer dans cette exception, nous assurons que la plupart avaient été partisans des déesses de la Raison, du culte de Mar al... » L’observation est fondée pour une grande part. Les chefs de la théophilanthropie dans les départements avaient presque tous joué un rôle dans les cultes révolutionnaires antérieurs : Benoist-Lamothe dans l’ôonne, Heurtaut- Lamcrville dans le Cher, Léger dans la Marne, etc.

La théophilanthropie cependant fut loin d’avoir la même extension que les cultes révolutionnaires qu’elle remplaça. Ceux-ci, improvisés dans la lièvre du combat, avaient réuni un moment autour de leurs autels toute la France patriote. Celle-là, laborieusement imaginée par des

i. Comparer aux Arch. uat., F' 7337 le dossier des troubles de Montreuil, et à la B. de la V. de P., acquisitions Charavay, n° 258 du catalogue, une lettre des theophilanthropes de Montreuil au citoyen Palloy. Les mêmes noms se retrouvent dans les différents documents.

• 2. N° du iç) pluviôse an VI.

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