Aulard, Culte de la liaison, p
dès riùver de Pan YI, résolurent de fonder en même temps un cercle constitutionnel et une société théophilantliropique. Au débul de nivôse, ils demandaient à la municipalité l'autorisation de se réunir en cercle constitutionnel dans la ci-devant église du collège1 2, et à la fin du mois, le 26 nivôse s, ils pétitionnaient pour obtenir le droit d’exercer le culte théophilanlbropique dans l’église Notre-Dame, déjà occupée par les catholiques. A ces deux pétitions, les autorités firent un soit différent. Avant d’autoriser le cercle constitutionnel, l’administration centrale voulut d’abord prendre l’avis du ministre de la police et sursit à décider jusque-là3 4. Quant à l’autre pétition, celle des théophilanthropes, elle semble avoir mis la municipalité dans l’embarras, car, après avoir pris une délibération à ce sujet le 26 nivôse, elle garda deux semaines cette délibération dans ses papiers et 11e la transmit au département que le 7 pluviôse h Dans l’intervalle, les catholiques s’étaient agités el, à leur tour, avaient péti- I ionné auprès des autorités. Invoquant les réparations qu’ils avaient faites à leurs frais à Notre-Dame, ils demandaient à en conserver la jouissance exclusive et invitaient les autorités à attribuer aux théophilanthropes un autre local. Dans le cas où Notre-Dame serait accordée aux théophilanthropes, les catholiques demandaient que ceux-ci fussent tenus de leur rembourser au préalable la moitié des avances qu’ils avaient faites pour consolider et réparer l’église. Enfin ils prétendaient exercer sur le temple un droit de surveillance.
Heureusement pour les théophilanthropes, le commissaire central leur était tout acquis, ainsi qu’en témoigne
1. Ârch. de la Marne, arrêté de l'administration centrale, en date du 18 nivôse an VI.
2. Cette date est donnée dans une délibération de l’administration centrale en date du g pluviôse an VI (Arcli. de la Marne. Reg. des délib. de l’ad. centrale).
ô. Arrêté déjà cité, du 18 nivôse an VI. Sotin donna sans doute un avis favorable.
4. L’administration centrale en l'ait la remarque dans son arrêté du g pluviôse.
RÉGION DE l’est. - CIIALONS SUR-MARNE 34 9
le billet suivant, par lequel il annonça au ministre la formation de la société :
« Châlons-sur-Marne, 11 pluviôse an VI.
Le commissaire du Directoire exécutif près l’administration centrale de la Marne au ministre de l’intérieur.
En entrant en fonctions, citoyen ministre, j’ai vu avec satisfaction s’établir dans cette commune le culte théoplnlanthropique. Je pense'qu’il doit conduire à l’amélioration de l’esprit public.
Les administrations ont distribué le temps de la jouissance d’un édifice réservé à l’ancien culte, entre les soi-disant catholiques et les nouveaux sectateurs, qui ne paraissent enlre eux •Mi ce moment guère qu’au nombre de deux cents ; ils doivent incessamment commencer leurs exercices.
J’ai cru, citoyen ministre, devoir vous en prévenir.
Salut et respect. Signature illisible1. »
C’est grâce à Itnlluence du commissaire central, sans doute, que l’administration centrale avait pris, deux jours avant cette lettre, le 9 pluviôse, un arrêté liés longuement motivé qui donnait satisfaction aux tbéopbilanthropes. Après avoir rappelé las principales dispositions des lois sur les cultes, l’arrêté rejetait les demandes des catholiques, obligeait les théophilanthropes à contribuer, mais pour l’avenir seulement et dans la proportion du tiers 2, aux frais de réparations de l’édifice, mettait l'orgue à la disposition des théophilanlhropes comme des catholiques, fixait les heures des ollices des deux cultes, pour les catholiques du i01' vendémiaire au i01’ germinal, de sept heures à dix heures du matin et de deux heures et demie à cinq heures du soir; du Ier germinal au i"r vendémiaire, de cinq heures à neuf heures et demie du matin et de trois heures et demicà neuf heures
2. L’arrêté s’exprime ainsi: « Considérant... qu’il est également de justice que les sectateurs du culte théophilanthropique contribuent pour l’avenir aux fraisde réparations et d’entretien ; maisque ce serait trop exiger que d’en mettre la moitié à leur charge, puisqu’il ne leur est accordé qu’une seule séance, tandis que tes sectateurs du culte catholique en obtiennent deux, et que d’ailleurs jusqu’à ce moment les sectateurs du culte catholique paraissent être en nombre plus que du double... »
o5o l.E LENDEMAIN DE FRUCTIDOR DANS IÆS DÉPARTEMENTS
du soir ; pour les jthéophilantliropes tous les jours du ier vendémiaire au icr germinal de dix heures et demie à (rois heures, et du i01' germinal au icr vendémiaire de dix heures à l rois heures. L'arrêté devait être affiché en un lieu apparent du temple.
L’inauguration du temple théophilanthropique excita comme partout une vive curiosité. Mais la date ayant été reculée de dix jours à la dernière heure, les habitants des environs, qui étaient venus en poste depuis Yitry pour y assister, furent déçus '.
Selon toute apparence, les théophilanthropes cliàlonnais ne furent jamais très nombreux1 2, mais ils étaient résolus et ne se laissèrent pas décourager. Leur culte se prolongea, avec différentes alternatives, que nous raconterons plus loin, jusqu’au milieu du Consulat.
Léger. — L’homme important de-la société, son hiérophante, dit Grégoire3, était ici, comme dans beaucoup d’autres endroits, un prêtre marié, du nom de -Léger. devenu professeur d’histoire à l’Ecole centrale. Léger nous est un peu connu par le registre de la société populaire de Yille-sur-Tourbe 4 qu’il contribua à fonder, au milieu