‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 255 sur 519 · SENS · texte numérisé non relu

SENS

L’aflluence augmentant sans cesse, les tliéophilanthropes fuient bientôt à l’étroit dans la chapelle du grand séminaire et ils s’établirent, le 3o frimaire an VI, dans la cidevant cathédrale (Saint-Etienne).

L’ Observateur , qui rapporte l’événement, s’écrie avec joie : « Cette translation est le coup le plus terrible que l’on ait pu porter au culte expirant des prêtres catholiques! » Les tliéophilanthropes ne s’étaient pas contentés de la nef, comme ils firent dans beaucoup d’endroits, afin de ménageries susceptibilités des catholiques, mais ils étaient allés « se nicher au beau milieu du chœur, dans le sanctuaire de Jésus-Christ ». Aussi craignait-on des troubles! - — Les catholiques avaient multiplié les démarches et les pétitions auprès de la municipalité, pour faire refuser le chœur à leurs adversaires. En prévision du désordre et sans doute aussi afin de témoigner leur sympathie à la ihéophilanlhropie, les municipaux de Sens el le commissaire du Directoire assistèrent à la cérémonie d Inauguration du temple. Tout se passa dans le plus grand ordre et malgré la présence d’une foule nombreuse. En signe de protestation, les catholiques refusèrent dorénavant de se servir du chœur souillé par la présence de la secte impie. Après chaque cérémonie ihéophilanlhropique, le curé Martin rebénissait son église pour la purifier1. Les théophilanthropes répliquèrent en faisant circuler pour leur défense une épîlrc en vers assez moqueuse2. Il faut croire

téristique fie cette religion. C'est une contradiction qu’il suffira de taire remarquer pour lu faire disparaître. »

i. D’après jf Observateur du i5 germinal an VI. a. En voici des extraits, d’après l'Observateur du 2.r) pluviôse an V 1 :

Jusques à quand, catholiques nos frères Voulez-vous donc vous séparer de nous ?

Quels sont nos crimes enfin ?

lie prier en français, quand vous priez latin,

Le grand crime 1 Ne peut-on chacun à sa manière Prier, adorer Dieu ?

Si vous avez plus de dogmes que nous,

Nos dogmes sont du moins les vôtres ;

De la même morale, ardents mais doux apôtres Nous répétons sans cesse : O mortels! aimez-vous.

Secourez vous les uns les autres. ., etc

J72 I.E LENDEMAIN DE FlltjCTlDOR D \NS I.ES DEPARTEMENTS

qu'ils ne s’en tenaient pas toujours à ces ripostes anodines, car V Observateur , dans son numéro du 25 nivôse an VI, éprouvait le besoin de leur conseiller le calme et de les rappeler à la modération : « Théopliilanthropes, continuez à vous conduire avec sagesse, ne perdez pas un instant de vue les principes qui font la base de votre institution, ne répondez point à toutes les provocations que pourraient vous faire quelques hommes turbulents ou trompés, la loi vous protège, laissez agir la loi. »

C’est qu’ici les théopliilanthropes se sentaient en force. Dans ce Sénonais ardemment patriote, ils étaient aussi nombreux au moins que les catholiques.

Comme leurs frères de Paris, ils célébrèrent les principales fêtes nationales, la fête de la paix, le 20 nivôse an VI1, la fête funèbre des plénipotentiaires assassinés à Rastadt, le 3o prairial an VII 2, la fête funèbre de Desaix le 20 messidor an VIII3. Le 25 germinal an VI, Benoist- Lamothe bénit pour la première fois un mariage selon le rite théophilanthropique. La cérémonie attira une foule immense. Dès ventôse, des choristes rehaussaient l’éclat de la fête, en chantant des hymnes du haut du jubé. Bientôt, encouragé par le succès, Benoist-Lamothe, à l’exemple de Chemin, se fit éducateur des jeunes générations. Le 3o vendémiaire an VII, il ouvrait une école placée sous le patronage de la municipalité, l’Ecole Sénonaise, dont il était recteur et qui comptait comme professeurs les citoyens Courtois, Bardin et Miltelette. L’église théophilanthropique de Sens semblait assurée de l’avenir. Elle poursuivra son existence, avec des vicissitudes, dont il sera parlé plus loin, jusqu’à la fin de l’an IX.

Auxerre. — Sans obtenir le même succès qu’à Sens,

Page 1