‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 280 sur 519 · REFROIDISSEMENT DEC LE DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

REFROIDISSEMENT DEC LE DIRECTOIRE

tiiers numéros de l 'Echo. Siauve n’avait-il pas eu l’audace de faire l’éloge des cercles constitutionnels, au moment même où le Directoire les fermait, de prétendre que le Directoire se laissait tromper par des royalistes affublés de faux-nez, et de l’accuser de refuser tous les emplois aux vrais républicains !

Dernière visite des théopiiilantiiropes a La Réveli.ière. — • La théophilanthropie était donc devenue suspecte au pouvoir. La Révellière lui-même cessa de prendre sa défense. La dernière visite, que lui firent les chefs de la secte, eut lieu en germinal an NI1. Ce qui se dit au cours de celle suprême entrevue du pontife et de ses fidèles serait bien curieux à connaître ! Sans doute, La Révellière rappela à ses protégés les avertissements qu’il leur avait donnés dès le début, l’article du Rédacteur par lequel ils avaient été invités à prendre garde que leurs associations religieuses ne vinssent à dégénérer en « coteries politiques et délibérantes 2 » et il se répandit en reproches amers. Cette heure dut être pénible à son âme sensible, si pénible qu’il n’a pas eu le courage d’en consigner le souvenir dans ses Mémoires. L’aveu de sa déception lui aurait trop coûté. Il avait mis tant d’espoirs sur ce culte raisonnable qui devait épurer et rajeunir l’âme de la France! — Les théophilanthropes, qui n’étaient pas des cœurs hardis, durent baisser l’oreille à ces remontrances, présenter leurs humbles excuses et promettre qu'ils ne recommenceraient plus. Toute une série d’indices permettent en effet de supposer qu’ils firent tous leurs efforts dans la suite pour regagner les bonnes grâces du gouvernement, ou tout au moins prévenir son hostilité, et qu’ils y réussirent dans une certaine mesure.

Les TIlÉOPIULANTIIROPES FONT AMENDE HONORABLE. - Il

fallait tout d’abord désavouer Siauve, dont la personne

1. C’est ce qui résulte d’un passage de Chemin, dans Qu’est-ce que la théophilanthropic ? p. i3.

2. Cet article du Rédacteur fut reproduit par les feuilles officieuses, notamment par le Messaqer ou Mercure universel du 20 brumaire an NI.

avait cessé de plaire. Les chefs théophilanthropes cessèrent de soutenir son journal, qui disparut le io germinal et, pour bien montrer qu’ils faisaient amende honorable, ils remplacèrent VÉcho par une feuille toute différente, Y Ami des théophilanthropes1, qui se traça pour première règle de prévenir les défiances du pouvoir.

Güffroy et l’Ami des tiiéopuilantiiropes. — Le rédacteur du nouveau journal était l’ancien conventionnel Guffroy, jacobin repenti, que le Directoire avait pris à son service en lui donnant une place au ministère de la justice b Giiflrcy prit bien soin de déclarer, dans un prospectus préliminaire, qu’il s’abstiendrait de toucher à la politique3 4.

Il voulait simplement faire œuvre morale*, rapprocher les honnêtes gens de toutes les opinions, « saisir l’homme dès sa naissance pour le conduire à la vertu par le désir de plaire à l’auteur de son être et à ses concitoyens par l’admiration des grandes choses et par l’enthousiasme qu’elles inspirent... seul moyen propice à adoucir et dissiper insensiblement les ombres du fanatisme... » Guf-

1 . L’Ami des théophilanthropes s'appela d’abord le Journal des théophilanthropes, mais changea de nom dès son second numéro. L’exemplaire de la Bib. nat. (Le2 gg5, il y manque les nos i5, 18, ig et 20) est précédé d’un prospectus qui annonce l’apparition du journal pour le 2 ventôse. En réalité, le premier numéro ne parut que le 10 germinal, date du dernier numéro de VEcho. — Un avis, inséré dans le n° 7 de V Ami des théophilanlhropes, nous apprend que les propriétaires de VEcho des cercles patriotiques et des réunions de théophilanlhropes, la citoyenne veuve Galetti et le citoyen Jalabert ont cédé la propriété de leur feuille à V Ami des théophilanlhropes, à charge pour ce nouveau journal de continuer le service des abonnements en cours.

2. Le nom de Guflroy ne figure pas sur la manchette du journal, mais Guffroy en était bien le rédacteur, ainsi qu’il résulte d’une lettre qu’il écrivit au Directoire en cette qualité (Arch. nat., AF111* g2 n° 1227).

3. « Nous nous abstiendrons de présenter des questions politiques.»

4. Le journal avait un sous-titre : Recueil de morale universelle à l'usacjedes hommes de toutes les rcliqions, de tous les pays, de tous les états et métiers.

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