I. Séance du 29 messidor ( Moniteur
'ja5
LOI DU l3 FRUCTIDOR AN VT
ses à l’administration pendant la décade; 2° d’un Bulletin décadaire des affaires générales de la République, rédigé sous la surveillance du Directoire et qui contiendrait en même temps des traits de bravoure, des actes propres à inspirer le civisme et la vertu » et « un article instructif sur l’agriculture et les arts mécaniques1 ». Ces lectures terminées, les autorités procéderaient dans le même local à la célébration des mariages, qui dorénavant ne pourraient plus avoir lieu que le décadi.
Enfin, il serait donné connaissance aux citoyens des naissances et décès, des actes d’adoption, des reconnaissances d’enfants et des divorces, qui sc seraient produits au cours de la décade. Pour assurer un public à la cérémonie, la loi ordonnait aux instituteurs publics et privés d’y conduire leurs élèves, et, pour y attirer la foule, elle invitait le Directoire « à prendre des mesures pour établir dans chaque chef lieu de canton des jeux et exercices gymniques, le jour de la réunion décadaire. »
Aucune de ces dispositions — sauf celles concernant les mariages — n’était nouvelle. La loi ne faisait que reprendre, en les généralisant et en leur donnant force d’obligation, les usages de l’an II. Aussi, s’explique t-on que
i. Des le a juillet 1793, Lequinio avait proposé «l’établissement d’un comité philosophique chargé de rédiger en style simple et philosophique un journal qui serait envoyé chaque semaine à toutes les municipalités de la République et qui contiendrait le précis des événements politiques de l’intérieur, nos relations avec l’extérieur, la substance des décrets généraux, quelques traits de vertu, qui puissent porter à la sainte émulation de les imiter, et les notions morales, économiques ou politiques les plus propres à piquer le goût et la curiosité (J. Guillaume, Proces-verbaux du. comité d’ instruction publique de la Convention, I, p. 54a). Un décret de la Convention, rendu le 2 5 septembre 1790, ordonna au comité d’instruction publique de faire imprimer «.une feuille qui présentera à la nation les traits héorïques des Français qui sont sous les drapeaux de la Liberté et les vertus morales, qui servent de hase aux républiques vraiment démocratiques» (.1. Guillaume, II, p. 491). Un autre décret du 10 nivôse an II ordonna l’envoi aux municipalités, armées, sociétés populaires et écoles, du Recueil des actions héroïques et civiques des répubicains français, qui <levait être lu publiquement tous les décadis. Les quatre premiers numéros du Recueil furent rédigés par Léonard Bourdon, les deux derniers par Thibaudeau (Bih. nat., Ln2 3q). Le Bulletin décadaire n’était donc à bien des égards que la continuation du Recueil de l'an II.
'n6 en. TE DÉCADAIRE F. T fTHÉOPIIILANTIIROPIE
le culte décadaire n’ait paru à beaucoup de catholiques, à Grégoire par exemple, qu'une simple renaissance, qu’un pastiche étriqué des cultes terroristes1.
Discu ssion aux conseils. — On remarquera que tout appareil religieux avait été banni du nouveau culte, qui ressemblait, par suite, beaucoup plus au culte de Fouché et de Chaumette qu’à celui de Robespierre. La remarque en fut faite aux Anciens par Cornet du Loiret et par le protestant Rabaut le jeune, qui regretta qu’on n’ait pas voulu se servir du « véhicule de la religion » pour inspirer « l’amour du bon, du juste, de l’honnête2». A cette objection, Decomberousse répondit en ces termes : «Si l’on fait intervenir la divinité dans les fêtes décadaires, quelle que soit l’adresse cpie l’on mette en usage pour écarter l’idée de l’introduction d’un culte nouveau, il sera impossible d’y parvenir; on ne verra que l’institution d’un nouveau culte et il n’en faudra pas davantage pour éloigner de ces réunions civiques les citoyens souvent les plus éclairés et les plus propres à rendre ces réunions utiles. »
Et Decomberousse précisait sa pensée: « Craignons, disait-il, qu’en mêlant des idées religieuses à nos actes civils, ils ne soient bientôt plus que des sacrements et que les réunions, formées pour apprendre aux citoyens leurs droits et leurs devoirs, ne ressemblent au sabbat, au dimanche ou au prêche», ou au sermon théophilanthrope aurait-il pu ajouter encore. Il était difficile d’indiquer plus clairement les tendances « philosophiques » du nouveau culte.
Ce n’était pas seulement contre toutes les anciennes religions positives, catholicisme, judaïsme, protestantisme, qu’il était dirigé mais contre toute religion en général,
1. Telle est l’opinion de Grégoire qui, dans son Histoire des Sectes, mêle dans le rnème chapitre, « Fêles nationales », les fêtes de l’an II et celles des ans VI et VII (I, ch. vm).
2. Pour cette discussion aux Anciens, consulter un recueil imprimé des différentes opinions (B. de la V. de P. 12272) et le Moniteur,
DISCUSSION AUX CONSEII.S \l~
et par suite contre la plus récente de toutes, contre la théophilanthropie qu’il aspirait à remplacer.
De même que, dans la discussion du projet de Duhot quelques mois auparavant, la théopliilanthropie avait pourtant trouvé un défenseur, mais un défenseur plus timide encore que Leclerc'. Le 28 messidor an "VI, Duplanlier (de la Gironde), tout en déclarant approuver l'ensemble du projet, aurait voulu « donner aux institutions ci\ i les tous les moyens qui peuvent neutraliser les préjugés et faire cMsèrter les autels du mensonge ». « Faites concourir, disait il, la faiblesse même de la nature humain# à la gloire et à la liberté de la nation ; les idées religieuses lurent toujours un besoin des peuples, le mal heureux y a trouvé constamment un sujet de consolation. Pourquoi le législateur abandonnerait il ce ressort précieux ? Réunissons à l’amour de la patrie ce supplément de la morale1 2, faisons-la concourir aux solennités ch des, mais peut-être, dira-t-on, en résultera-t-il l’établissement d’un culte qui deviendra dominant? Eli ! plût au génie de la liberté que tous les cultes puissent venir insensiblement se fondre dans un seul, celui delà patrie». Mais la voix de Duplantier 11e trouva pas d’écho, et comment en aurait-elle trouvé, quand des théophilanthropes, aussi notoires que Bonnaire et Heurtant Lamervillc 3, se montraient les plus acharnés à défendre le projet du culte décadaire ?
La discussion avait été rapidement menée et les quelques protestations étouffées. Aux Cinq-Cents, Gauthier (du Calvados) s’était élevé vivement contre la fixation des mariages au seul décadi. Pouvait on enlever aux citoyens
1. Il faut remarquer que Leclerc celte fois n’intervint pas dans la discussion. Il n'est peut-être pas impossible d'induire de son silence que La Itévcllière 11c tenait plus, en fructidor an \ I, à défendre la
théopliilanthropie.
3. C’est le nom que les patriotes donnaient à la théophilanthropie.
3. Bonnaire avait été nommé rapporteur de la loi. Comme il n’avait pu se rendre à l’assemblée. Heurtant- Lamerville donna lecture de son rapport, le 13 thermidor an VI,
le droit de se marier tous les jours? Guesdon avait protesté contre l’obligation pour les mariés de se rendre au cheflieu de canton. — Aûx Anciens, Rabaut le jeune avait combattu le projet comme incomplet, impraticable, contraire à l’égalité des droits, attentatoire à la liberté individuelle, mais sans rencontrer grand écho. Ce n’était pas que les Anciens fermassent les yeux sur les imperfections de la loi. L’un d’eux, Baret, nous a expliqué pourquoi ils étranglèrent la discussion et votèrent le projet lel quel : « Une raison me détermine à voter en faveur de la résolution, malgré tous les défauts que j’y trouve, c’est que l’an VII va commencer et qu’il est important que le culte de la liberté commence avec lui. Nous ne pouvons trop tôt suppléer à la nudité de nos fêtes1. »
Armé des lois qu’il avait désirées, le Directoire déploya une activité et une ténacité singulières à en poursuivre l’exécution. Le culte décadaire n’était-il pas un instrument de gouvernement qui s’offrait ? Les ministres, chacun dans leur département, multiplièrent les circulaires pour stimuler le zèle des autorités2. Entre tous se distingua François de Neufchàteau 3, dont on peut dire sans