‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 292 sur 519 · Circulaire du 21 germinal an VII · texte numérisé non relu

Circulaire du 21 germinal an VII

FÊTES MORALES

les plus saints », etc. ! Il faut lire comme il vante la sainteté du mariage, comme il flétrit les liaisons coupables, comme il censure le célibat, « ce fruit de l’égoïsme et du libertinage qui corrompt la société et l’appauvrit en même temps! » La lé te se proposait pour but d’bonorer les bons ménages, les nombreuses familles, les mères qui nourrissent leurs enfants. Elle serait consacrée à la visite des hôpitaux, des orphelinats ; on y porterait en triomphe le buste tle l'auteur de l'Emile, les images de la mère îles Gracques, de Porcie, d’Arrie, d’Eponine. Les théâtres joueraient des pièces sentimentales, telles que le Père de famille, le Préjugé à la mode, le Pourra bienfaisant.

Pour la fête de la Reconnaissance, le ministre recommanda de placer sur les bannières, sur «les marbres des temples », des maximes tirées des meilleurs auteurs, par exemple le vers de Voltaire :

« Qu’il est beau, qu’il est grand de faire des ingrats ! »

Les orateurs ne rendraient pas hommage aux vertus militaires seulement, mais aux vertus civiles, à celles des magistrats, qui prennent modèle sur Aristide et Caton, à celles des philosophes, qui consacrent leurs veilles à instruire le genre humain. Les administrations proclameraient les noms des citoyens qui ont bien mérité de leur commune, en contribuant de leurs deniers à quelque œiivre utile,- les noms de ceux « qui élèvent des ateliers et des manufactures, où le pauvre trouve des moyens d’occupation et de subsistance », de ceux qui fondent des établissements charitables. Les enfants offriront des couronnes à leurs parents, des palmes à leurs instituteurs. — Ce ne sera pas seulement à l’humanité qu’ira la reconnaissance publique, mais encore aux animaux agriculteurs, à l’arbre hospitalier, aux pénates protecteurs, aux lieux témoins de quelque heureux événement. Cette reconnaissance, on ne la manifestera pas seulement en paroles, mais en actes. Les présidents de la fête feront des collectes dans le publie et porteront des secours aux malheureux. Ils choisiront ce jour pour fonder des sociétés de bienfaisance.

[\ \ Cl I.TIÎ DEC AHAIRE ET TnÉOPIUI. VNTJ1ROP1E

Fête funèbre en i, 'honneur des plénipotentiaires assassinés v Rastadt. — L’une des dernières fêles nationales, dont François de Ncufchàteau cul à tracer le programme, lui la fête funèbre en l'honneur des plénipotentiaires assassinés à Rastadt1'. Les autorités furent invitées par sa circulaire à profiter de la cérémonie pour exhorter les conscrits à courir aux secours de la patrie menacée. Les noms des conscrits réfractaires seraient affichés sur un « tableau d’ignominie », ceux des conscrits soumis « affichés honorablement2 ». Des inscriptions rappelleraient, dans les temples décadaires, dans les tribunaux, dans les écoles publiques, l’odieux assassinat des plénipotentiaires et réclameraient vengeance. Les artistes étaient invités à contribuer par leurs talents à imprimer à la fêle un « caractère lugubre, inspiratif » : « Artistes, placez au pied de ces urnes, de ces mausolées, de ces pyramides, de ces colonnes funéraires, les flambeaux de la philosophie et de l’éloquence éteints et renversés, le génie de la politique appelant aux armes les nations alliées, déployez sur des bas-reliefs ou sur des frises, ces scènes sanglantes dans toute leur horreur. Montrez le despotisme recueillant le sang dans une coupe, peignez tous les fléaux qui marchent à sa suite: la famine, l’incendie, la guerre, la mort; peignez les républicains courant aux armes et renversant le monstre. Si le temps vous manque, employez des inscriptions courtes et éloquentes..., promenez sur les places publiques des figures sanglantes et percées de coups..., qu’aux sons lugubres d’une musique déchirante succède un vaste silence... et que tout à coup ce silence soit interrompu par le cri d e vengeance]., que ce cri

x. Cette tète avait été décrétée par les Cinq-Cents sur le rapport de Bailteul, le 21 floréal an Vit. Bailleul, était l'homme du Directoire et le Directoire, en faisant instituer la fêle se proposait un but politique : réconcilier tous les patriotes, faire cesser les attaques dont il était l’objet depuis les désastres de la deuxième coalition, exciter dans toute la France un enthousiasme patriotique (Voir notre article : « Le bureau politique du Directoire », appendice, Revue historique, Ie1' janvier it)o3).

2. Article IV et V de la loi du 22 floréal instituant la fête. Dans son ensemble, la fête rappela la fête funèbre de Moche.

FRANÇOIS DE HEUFCIIATE.AU ET LES RÉl MOSS DÉCADAIRES 443

devienne universel et répété d’écho en écho retentisse jusqu’au Rhin... » Les présidents de la fête dévoueraient aux Furies les tyrans de l’Autriche, comme les Grecs avaient dévoué Orestc, les Romains Néron. Les « bardes de la liberté » composeraient des poèmes vengeurs. \ Paris, au milieu du Champ de Mars, serait élevée une pyramide funéraire précédée de deux urnes de porphyre couronnées de cyprès. L autel de la patrie serait transformé en Elysée planté de peupliers et d'accacias. La statue de la Liberté émergerait d’un massif de chênes verls, et à ses pieds sur un autel de marbre, servi par des jeunes gens, brûleraient des bois odorants. Le cortège s’avancerait au son du canon, tonnant de quart d'heure en quart d’heure. Sur un brancard, porté par deux vieux militaires, la statue de la Justice des Nations tiendrait d’une main un glaive levé cl montrerait de l’autre les vêlements dont Jean deBry était revêtu le jour ofi il fut assassiné par les Autrichiens. Tous les membres du cortège déposeraient successivement auprès des urnes Itinéraires les rameaux de chêne qu ils tiendraient a la main pendant tout le parcours ‘.

François de Aeufciiateau et les réunions décadaires. — Tout en traçant dans le plus menu détail le programme des fêtes nationales, François de Neufchàtcau ne négligeait pas les réunions décadaires, ces ollices ordinaires du culte républicain. Sitôt votées les lois qui les établissaient, il en prescrivait l’exécution, dans une longue circulaire du 20 fructidor an \ 1. — Les autorités apporteront aux églises les changements nécessaires pour que les assistants puissent tout voir et tout entendre des cérémonies. Une enceinte particulière sera réservée aux magis-

1. Le Rédacteur du 22 prairial pu 1>1 ia un long compte rendu de la cérémonie, qui fut célébrée à Paris le 20 prairial. Voir ce compte rendu dans Aulard, V, p. 553 et suiv.

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