Moniteur
4. La célébration de cet anniversaire avait été décrétée par la loi du 29 thermidor an VI,
LA première exposition
En avant de l’obélisque, Y Hypocrisie politique , une main en arrière tenant des fers et des poignards, Ceignait d’adorer le livre de la Constitution. Le Conservatoire exécuta le Chant, puis Y Ode du 18 fructidor' dont des exemplaires avaient été distribués au peuple2. Le président du Directoire, Treilhard, til l’éloge du coup d’Etat et, selon la formule, rendit grâces immortelles « à celui qui présideaux brillantes destinées de la République ». Le Directoire, précédé des ministres et de l’état-major, descendit ensuite vers l’obélisque, ôta des mains de l’Hypocrisie le livre de la Constitution, le porta en triomphe et le posa ouvert sur un ci p [le placé au centre de l’autel de la patrie.
La première exposition. — Réalisant la pensée des auteurs du calendrier républicain, François de Neufchâteau fit précéder la fête anniversaire de la fondation de la République, d’une exposition publique des produits de l’industrie nationale. Cette exposition, qui se lit au Champ de Mars et qui dura pendant les cinq jours complémentaires de l’an VI, lut la première de ce genre qui ail eu lieu en France. Les produits exposés trouvèrent place au milieu du Champ de Mars dans une enceinte carrée décorée de portiques. Chaque soir, un orchestre nombreux exécutait des symphonies sous les portiques qui étaient illuminés. Le quatrième jour, un jury, composé de manufacturiers et de savants, récompensa les meilleures œuvres, qui furent séparées des autres et déposées dans un temple à i industrie . — Mis en goût par le succès qui accueillit cette première exposition, François de Neufchâteau voulut en préparer le retour tous les ans à la même époque, et il réglementa à cet effet les conditions du « concours annuel de l’industrie française », par une circulaire du a4 vendémiaire an VIL « Citoyens, s’écriait il, les arts utiles sont enfin mis à leur place et le gouvernement républicain les a vengés de l’espèce d’avi-
i. Ce chant, figure dans le Recueil de M. G. Pierre: Musique des fêles cl cérémonies de la Révolution française, iSçjp, in- 4 (musique de Méhul, paroles deLebrun).
a. L'usage de distribuer au public la musique des etiants exécutés lut suivi dans les autres tètes nationales.
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lissement auquel ils étaient condamnés par le despotisme. I ne nouvelle ère est donc commencée pour ces arts nourriciers. » Et il continuait, en mettant en parallèle avec les triomphes guerriers, « le triomphe paisible des manufactures nationales ». À l’avenir, nul ne pourrait plus exposer qu’après avoir subi l’examen d’un jury spécial. Une médaille d’or serait réservée à celui qui aurait porté « le coup le plus funeste à l’industrie anglaise ».
itr vendémiaire. — À la fête du Ier vendémiaire, qui clôtura l’exposition, François de Neufchàteau avait fait élever sur le Champ de Mars deux énormes statues représentant le Despotisme et le Fanatisme. Des citoyens figurant le peuple français, montés sur deux chars, en descendirent et avec des flambeaux mirent le feu au Fanatisme et au Despotisme. Devant le Directoire, des hommes vêtus comme les anciens Gaulois portaient un énorme faisceau, sur lequel étaient inscrits les noms de tous les départements avec les emblèmes des fleuves ou des montagnes d’où ils tiraient leurs noms. A. côté du faisceau départemental, figurait un trophée formé des écussons des républiques batave, cisalpine, ligurienne, helvétique et romaine avec une bannière portant ces mots : « Que leur alliance avec le peuple français soit éternelle ! » Le président du Di recloire prononça un discours, puis proclama les noms des citoyens qui avaient bien mérité de la patrie pendant l’année écoulée, soit par leurs actions héroïques, soit par des découvertes utiles, soit par leurs travaux artistiques, scientifiques et littéraires. Le Conservatoire exécuta plusieurs hymnes et notamment le Chant du Xe'' vendémiaire, paroles de Chénier, musique de Martini '. La fête fut égayée par des joutes sur l’eau, des luttes, des courses à pied et à cheval, des courses de chars et des expériences aérostatiques. Un ballon captif lança sur un bâti représentant un vaisseau anglais des boulets incendiaires qui le consumèrent.
2 pluviôse. — De toutes les fêtes nationales, la plus
i. C. Pierre, Recueil cité.
FÊTE du t‘>r VENBÉMIAIBE !\?>j
républicaine était sans contredit, celle de « l’anniversaire de la juste punition du dernier roi des Français1 ». Ce jour là, tous les fonctionnaires étaient tenus de renouveler le serment de haine à la royauté et à l’anarchie et d’attachement à la Constitution. Le Directoire devait donner l’exemple. Son président, La Revellière, après le discours obligé, prêta le serment, auquel s’associèrent tous les fonctionnaires réunis au temple de la à ictoire (Saint- Sulpice), où fut célébrée la cérémonie. Des inscriptions ornaient les piliers de l’église. On y lisait entre autres les vers fameux du Brutus de Voltaire:
« Si dans la République il se trouvait un traître,
Qui regrettât les rois et qui voulût un maître,
Que le perfide meure au milieu des tourments! »
Le Conservatoire exécuta l’hymne du 21 janvier2, dont chaque strophe se terminait par un chant d’imprécations contre les parjures, puis la fête s’acheva par une invocation à l’Ltre suprême pour la prospérité de la République et par le Chant du départ. Après la cérémonie, le Directoire, les ministres, les autorités présidèrent en divers endroits à la plantation d’arbres de la liberté ’.
3o ventôse. — Si, de toutes les fêles nationales, la plus républicaine était celle du 21 janvier, la plus politique, si ou peut dire, était celle de la Souveraineté du Peuple, ü\ée au 3 o ventôse, veille de la réunion des assemblées primaires4.
x. Sur la fête du 21 janvier, consulter J. Mathieu, Célébration du 21 janvier depuis 1793 jusqu’à nos jours, Marseille, i8G5, in 8. Bib. nat., Llr11 2G98.
2. Paroles de Lebrun, musique de Berton. NoirC. Pierre (recueil cité) et A.ulard, V, p. 33i.
3. Les détails de la fête du 2 pluviôse avaient été réglés par le Directoire lui-même, par un arrêté en date du 3 frimaire an VIL L article V de l'arrêté invitait les professeurs de l’École centrale dans chaque département « à composer soit en vers soit en prose tant I invocation à l’Ltre suprême que la formule des imprécations contre les parjures. Mais ces morceaux, avant d'être chantés ou récités dans les communes du département, auront dû être précédemment adoptés par l’administration centrale ». On trouvera aux Arch. nat., F1,A 1243 un grand nombre d’hymnes, invocations, imprécations composés par des professeurs pour la lête du 2 pluviôse.
4. La fête de la Souveraineté du Peuple avait été instituée sur la proposition de Jean de Bry (Loi du i3 pluviôse an N I).
'|38 CULTE DÉC VDVlhE ET THÉ0PH1L.VKTUR0PIE
François de Neufchàteau en définissait ainsi l'esprit dans sa circulaire du 3o pluviôse an ô II : «Le but particulier que s’est proposé le législateur en instituant cette lole est d’élever, d’enflammer l’Ame et les esprits des citoyens, de les remplir du sentiment de leur propre dignité, de les disposer par ce moyen à ne faire que des choix: qui les honorent eux-mêmes, à fonder ainsi pour jamais la gloire et le bonheur de la République. . . Les élections sont la grande affaire de tous les Français ; le législateur a voulu les y disposer par une cérémonie religieuse. » Le Directoire ne pouvait manquer de profiter de l’occasion pour indiqueraux électeurs les choix qui lui seraient agréables. C’était de la pression officielle, sans doute, mais le Directoire considérait comme un devoir d’éclairer les Français, dont il avait mission d’assurer le bonheur. 11 le dit du moins dans une proclamation qui devait être lue, le3o ventôse, dans toutes les réunions décadaires et par laquelle il foudroyait une fois dé plus le royalisme et l’anarchie1. Un arrêté spécial, joint à la proclamation, fixait l’ordonnance de la fêle. Les temples décadaires devaient être décorés de figures emblématiques représentant la Souveraineté et le Peuple. « La figure de la Souveraineté sera debout, celle du Peuple assise et couronnée de chêne et de laurier. A leurs pieds sera enchaîné le Despotisme. » Des inscriptions, empruntées à la déclaration des droits, à la Constitution et au Contrat social, ajoute François de Neufchàteau dans sa circulaire, devaient décorer les murs. Le cortège, formé à la maison commune, comprend les autorités précédées des tables de la Constitution et suivies de groupes représen-
i. « C’est encore un devoir pour les magistrats appelés à la direction générale des affaires publiques de porter la lumière devant vos pas, de vous rappeler qu’il s’agit d’assurer par de bons choix, l'affermissement de la République, votre bonheur et celui de vos enfants..., etc. » Proclamation du a3 pluviôse an Y1I. Le Directoire adressa aux Français une nouvelle proclamation sur les élections, le iç) ventôse an VII; celle-ci, plus précise et plus impérath e encore que la première, devait être affichée dans toutes les communes et principalement à la porte des assemblées primaires (Moniteur). Quirot dénonça aux Cinq-Cents la circulaire du ministre de l’intérieur sur les élections comme attentatoire à la souveraineté du peuple (séance du 2 germinal an Vit).
FÊTES MORALES
tant l’agriculture, l’industrie, le commerce, les arts et les sciences, figurés par des cultivateurs, des industriels, des négociants, munis des attributs de leur profession. Des courses, des jeux variés devaient, comme d habitude, remplir l’après-midi de la lète.
Fêtes morales : 10 germinal. — Très différente de la précédente était la fête (le la Jeunesse tpie la Convention avait fixée au 10 germinal. « Une pensée philosophique, disait François de Neufchâteau, dans sa circulaire du i~ ventôse an VU, a présidé à l’ordonnance du système des fêtes. Elles sont politiques ou morales. Les premières ont pour but de rappeler à l’universalité des citoyens, par des images imposantes, le sentiment de leur dignité, de leurs droits et de leurs devoirs, ou de solenniser les époques mémorables et les grands souvenirs des triomphes de la République. Les autres présentent des tableaux moins vastes, mais gracieux, mais revêtus de l’intérêt le plus touchant, elles retracent les vertus des différents âges, des professions diverses; elles répandent et approprient 1 instruction à toutes les époques, à toutes les circonstances les plus marquantes de la vie, et c’est ainsi que 1 institution des fêles contribue à former à la fois l’homme et le citoyen. » La fête de la Jeunesse, qui appartient à cette catégorie de l'êtes morales, est renouvelée de la fêle athénienne de l’éphéhie. C csl la fête des jeunes gens et du printemps. Les jeunes gens, parvenus à I âge de seize ans recevront pour la première lois des armes. On inscrira sur les registres des citoyens ceux qui auront atteint I âge de vingt et un ans et on leur délivrera une carte civique. Enfin, on distribuera des prix aux élèves des ecoles nationales qui se seront distingués, « par leurs vertus, leurs mœurs et leurs talents ». Cette distribution des prix doit être, d’après le ministre, « un des actes les [tins brillants de la fête, ainsi qu’un de scs plus utiles résultats ». Les noms des lauréats seraient inscrits sur un « monument d’honneur», en face duquel 011 dresserait un « poteau d’inlamie », sur lequel seraient notés les noms des conscrits réfractaires. — Pour les autres détails de la fête, le mi
Tl 1 ! :< WMI1T, VNTIIROPIE
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nistre renvoyait à l’arrêté, par lequel le Directoire en avait réglé l’ordonnance, le 19 ventôse an IV.
Dans la catégorie des (êtes morales figuraient aussi la fête des Epoux (10 tloréal), de Y Agriculture (10 messidor), de la Reconnaissance (10 prairial), de la Vieillesse (10 fructidor). François de Neufcliàteau en arrêta le programme, en définit l’esprit avec la même élégance de style facile et abondante1, avec les mêmes préoccupations gouvernementales.
A la fête de Y Agriculture2 3, les administrations devaient rappeler ce que le Directoire avait fait pour les cultivateurs : la création des sociétés d’agriculture, les subventions accordées pour les plantations, etc... Elles devaient profiter de l’occasion pour recommander l’élevage du mouton et le croisement des races. Les cultivateurs les plus méritants dans chaque canton recevraient des récompenses : « Je renverrai à la société d’agriculture du département de la Seine l’examen des toisons qui me seront parvenues des différents départements, et celle qui sera jugée la plus belle sera portée en triomphe à la fête de l’Agriculture. »
Pour la fête des Epoux*, François de Neufcliàteau se fit prédicateur et moraliste. Ceux qui connaissaient la grande facilité de mœurs dont il usait, durent bien rire à le voir dénoncer, avec quelle gravité sévère ! la corruption du siècle, « opposer aux tableaux de la dépravation celui de la simplicité des vertus domestiques, de cette félicité sans trouble que le sentiment embellit, que la raison confirme, où les devoirs ennoblissent et épurent les plaisirs, où les plaisirs tempèrent l’austérité des devoirs
1. Il éprouvait sans doute du plaisir à cette tâche, que d’autres auraient trouvée monotone. Il écrit en effet, dans sa circulaire du 21 germinal an VII pour la fête des époux : « Citoyens administrateurs, je continue à parcourir avec vous la série philosophique et touchante de nos fêtes nationales. Ce sujet a pour moi un attrait spécial et si je pouvais parvenir à bien rendre ce que je sens, je vous transmettrais des instructions dignes de ces lois imposantes et de ces sages arrêtés que je dois vous développer... »