‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 301 sur 519 · MESURES CONTRE LES PRETRES · texte numérisé non relu

MESURES CONTRE LES PRETRES

organisé la première exposition de l’industrie et d’avoir donné aux fêtes nationales « un caractère de grandeur et de majesté qu’elles n’avaient jamais eu auparavant ». Il lui semblait que ces fêtes réunissaient « à la belle simplicité grecque l’imposant du faste romain ». Poussant la flatterie un peu loin, Michel de Cubières allait même jusqu’à admirer les amours du ministre et comparait tranquillement l’actrice Sophie Arnoult, l’amie de François, à Aspasie, l’amie de Socrate.

Mesures contre ees prêtres. — Pour donner de la vie au culte décadaire, le Directoire ne crut pas qu’il était suffisant de mettre à son service toute la machine administrative. 11 s’attaqua directement à l’ennemi, au catholicisme, et, par une série de mesures très variées, tâcha de lui rendre l’existence impossible. \rmé de l’article XXIV de la loi du 19 fructidor, il pratiqua dans les rangs des deux clergés, constitutionnel et réfractaire, des coupes méthodiques. M. Sciout a compté qu’il ne prit pas moins de 1 1 48 arrêtés de déportation contre les prêtres pendant l’an NI. D’un seul coup, le i4 brumaire an MI, il ne proscrivit pas moins de 8000 prêtres belges. De vendémiaire an VII au 18 brumaire an à III, 20g nouveaux prêtres français furent encore frappés1. Le Directoire choisissait de préférence les victimes parmi les chefs du clergé

1. Ludovic Sciout, Le Directoire, 111, p. i54- Pendant l’an N I, In compte des déportations se décompose ainsi : Ier trimestre 464, 2 *' 4 3 1 , 31' 18Ü, 4° 368. J’ai vérifié pour quelques cas les chiffres donnés par Sciout et j’ai constaté qu'ils devaient être exacts. C’est ainsi que dans un seul jour, le i4 germinal an NI, le Directoire 11e prononça pas moins de 28 déportations dont i3 pour le seul département du Tarn, 2 pour l’Eure-et-Loir, 1 en Seinc-ct- Marne. 1 dans le Doubs, 1 dans l’Orne, 1 dans la Meuse, 2 dans les Ardennes, 1 dans la IMc, 1 dans la Meuse-Inférieure, 1 dans l’Aude, 1 dans l’Eure, 1 en Seine-et- Oise, 1 dans le Loir-et-Cher, 1 dans la Nièvre (Arch nat.. Minutes des procès-verbaux du Directoire, N pm 5i5). M. Victor Pierre confirme les calculs de Sciout (La Terreur sous le Directoire, p. 203, 1887, in-8)

réfractaire. Au début de pluviôse an VI, un personnage inconnu lui adressa un Mémoire sur l'organisation actuelle des diocèses réfractaires , sur le principe moteur des rébellions fanatiques départementales, sur la possibilité d'une rébellion plus générale, dépendante de l’organisation du clergé et sur les moyens de le désorganiser, en punissant quelques chefs que la loi épargne et en épargnant des milliers d’individus égarés ou. innocents que punit' la loi. Reubell lut le mémoire et inscrivit sur le registre d’enregistrement du Directoire, à la date du i5 pluviôse an A II, les observations suivantes revêtues de sa sigature : «Renvoyé copie au ministre de la police générale et recommandé à sa lecture personnelle et au plus prompt examen pour proposer des vues d’exécution, l’arrêté (général) paraissant superflu ; suffisant (sic) d’arrêtés partiels sur chacun des chefs désignés, qui sont, sans contredit, ce qu’il y a de plus dangereux parmi les prêtres ennemis de la République1. »

Vers le même temps, le Directoire fondait la République romaine et s’emparait de la personne du pape Pie A I, frappant ainsi les réfractaires à la tête.

Si les réfractaires furent surtout décimés, les constitutionnels eux aussi, ne furent pas toujours à l’abri du terrible article XXIAh M. Sciout remarque que le Directoire déporta les prêtres jacobins, « babouins tes », dont l’influence électorale lui portait ombrage, qu’il déporta même des prêtres mariés. Il paraît certain que plus d’un prêtre républicain fut victime de rancunes personnelles et de baines locales, par exemple ce Pierre Pigeot, curéconsti-

x. Arch. nat., AFI[I 100, n° 20x9, cnrcgist. du i5 pluviôse an VII. Reubell ajouta un peu plus bas : « Pour copie conforme axi ministre seul. Rendre l’original. »

2. Les Annales de la relirjion (t. IX, n° 3, p. 193 et 199) dans un article sur la « persécution religieuse » paru après le 3o prairial, citenl un certain nombre de prêtres constitutionnels déportés: « Mercier, un des coopérateurs du vénérable Font, évêque de Foix, Dubaur, curé de Notre-Dame de la Riche à Tours; désigné coadjuteur du citoyen Suzor [évêque], Jacquin, curé de Bènc, diocèse d’Aulun, Peyart, curé d’Auxerre, Lebrun, curé de Coulangc-la \ incuse, même diocèse. »

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