PROPAGANDE PAR LE LIVRE ET LE THEATRE
Montesquieu et des Helvétius sont plus agréables à l’imagination et au sentiment. Pourquoi la République n’auraitcllc pas sa légende, ses fastes, où elle inscrirait avec honneur un grand homme à sa mort, de quelque nation qu il fût... »
Le Directoire n'osa pas aller jusqu’au bout de celle logique. François de Neufchâteau écrivit en marge du rapport de Dupin : « La mesure proposée de faire fermer les églises les jours de dimanches cl fêles du calendrier romain me paraît contraire à la liberté des cultes et à la loi qui a accordé l’usage de ces édifices pour le culte romain. » Les écoles privées furent surveillées, mais on n’osa pas y interdire l’enseignement religieux.
Propag ande par le livre et le théâtre. — En revanche, le ministre fit distribuer dans les départements quelques bons livres « comme contre poison du fanatisme », entre autres la Contagion sacrée, du baron d’Holbach1 2.
Connue en l’an 11, la censure dramatique fonctionna cl s’efforça de républicaniser les spectacles. Les dénominations de Monsieur et Madame furent prohibées de toutes les pièces, dont le sujet n’était pas évidemment antérieur à Père républicaine 3. Des changements furent ordonnés dans plus d’une pièce, même classique. Le ministre
1. Compte du mois'dè fructidor an Al (Arch. nat., I'1 74io). Be texte publié par M. Aulard (d’après Pc111, Seine Uj) offre quelques variantes.
2. Lettre du ministre de l’intérieur au ministre de la police, le 3o germinal an Vil. 11 l’avertit qu’il a fait passer à chaque administration centrale un exemplaire du livre intitulé : La Contagion sacrée « pour déjouer autant qu’il est en son pouvoir les dangereuses tentatives de la superstition ». Il lui conseille de faire faire des extraits du meme livre (Arch. nat., FI7A 1243). La Contagion sacrée oïl Histoire naturelle rie la superstition, parut sous le pseudonyme de Trenchard, et comme un ouvrage traduit de I anglais, avec la désignation de Londres, 1768, in-8 ( Lîihl. nat. Inven. 1 )- 5iq5).
3. Circulaire du Bureau central, analysée dans le Journal du Soir, du 27 thermidor an VI (Aulard, Esprit public, V, p. 4 2).
CULTE DÉCADAIRE ET TIlÉOPIULANTIIROPIE
de la police dénonça la réponse de Pasquin dans le Glorieux :
« . . . . Apprenez faquin ,
Que le mot de Monsieur n’écorche pas la bouche »,
et lit supprimer le passage1 2. Nombre de pièces furent interdites purement et simplement : le Parc de Mousseaux, le Chaudronnier de Saint-Floïir, Montana et Stéphanie, etc. Ces rigueurs étaient jugées insuffisantes par les députés. Le 18 prairial, aux Cinq-Cents, (Sarrau accusait François de Neufchâleau d’employer les fonds qui lui étaient confiés pour ranimer l’esprit public, à encourager des opéras contre-révolutionnaires, comme celui d 'Adrien. Briot précisait les griefs de Garrau et signalait ces vers aristocrates :
« ...Que le monde, orgueilleux des scs fers,
Bénisse la main qui l’entraîne. . . »
Les Cinq-Cents décrétèrent que l’opéra d ’ Adrien serait dénoncé au Directoire.
Conclusion. — Comme on le voit, le Directoire n’épargna rien pour assurer le succès du culte décadaire. Mieux partagé que les cultes de l’an II, le culte décadaire fut organisé par tout un ensemble de lois 1 ; il eut ses rituels officiels, son Manuel républicain, son Recueil de belles actions, son Bulletin. Le ministre de l’intérieur, sorte de directeur suprême du culte et de chef des rites, prescrivit le détail des principales cérémonies dans des circulaires minutieuses. Contre le catholicisme, le gouvernement prit des mesures, moins violentes qu’en l’an II, mais qu’il estimait peut-être plus efficaces. Il déporta les prêtres influents, il força les timides à s’associer, en quelque sorte, au sucés de la religion officielle en transférant leur
1. Rapport du Bureau central du 3o thermidor an VI (Aulard, Espril public, V, p. 47).
2. Le culte de la liaison était né spontanément de l’initiative de quelques représentants en mission, le culte de l’Etre suprême fut esquissé plutôt qu’organisé par le décret du 18 tloréal, qui devait être complété dans la pensée de Robespierre.
CONCLUSION
grand’messc au dccadi ; il répandit dans le public les écrits antichrétiens; il essaya de l'aire servir le théâtre et la littérature à sa propagande « philosophique ».
Quel fut le succès de tous ses efforts? Comment le culte décadaire fut-il accueilli par l’opinion ? Quel mal litil au catholicisme, d’une part? Quelle répercussion exerçat-il, d’autre part, sur le développement de la théophilantropie? C’est à ces deux questions qu’il me faut maintenant donner une réponse.