REGION DU SUD-EST
cucil au culte républicain. Sous l’influence de l’administration centrale, un institut de musique fut fondé au lendemain du 18 fructidor. Tous les décadis, un nombreux orchestre composé d’élèves de l’Institut et d’amateurs donnait des concerts, très courus par la belle société. « Les familles les plus signalées par la pureté des mœurs et la décence de l’éducation voyaient sans s’alarmer leurs jeunes musiciennes groupées avec modestie près des concertants, qui n’étaient autres que des pères de famille, des voisins, des amis, des frères, et leurs voi\ virginales tempéraient par des vibrations suaves, par des notes attendrissantes, les accords sévères qui frappent les voûtes du temple1. » Les autorités avaient réservé dans les cérémonies une place d’honneur à Volney.
Les fêtes décadaires ne furent brillantes qu’au cheflieu. Dans beaucoup de cantons, cependant, tout culte avait cessé'2, dans d’autres, les rares prêtres constitutionnels qui exerçaient encore avaient transféré leurs ollices au décadi3. Les populations semblaient n’en rester que plus hostiles à la République et les messes aveugles étaient fréquentes.
Région du Sud-Est. — Dans le Sud Est de la France,
i . Lettre publiée par le Moniteur élu oL' jour complementaire an VI. L’auteur de la lettre, qui n’est pas nommé, devait être un des amis de La Kévellière, et il écrivait probablement à un des intimes de ce dernier, peut-être à Leclerc.
a. « Plusieurs cantons manquent absolument de prêtres. Les uns en sont privés depuis le temps où les prêtres abdiquaient leurs fonctions et les autres depuis la loi du iq fructidor dernier. » (Compte du commissaire central, en date du i3 ventôse an \ I, \rch nat., F7 74o8.)
3. « Il y a encore dans Maine-et-Loire soixante-trois prêtres assermentés exerçant le culte, mais pour la plupart ils se conforment dans leurs fonctions au régime décadaire, font, en apparence du moins, ce qu’ils peuvent pour faire aimer le gouvernement, et cesseraient, comme une grande partie des autres, l'exercice de leur culte s’ils avaient d’autres moyens d existence. Les autres, qui ne se conduisent pas aussi patriotiquement, sont les vieillards et tes infirmes, en faveur desquels i humanité réclame. » (Compte du commissaire central du 12 brumaire an VII. Arch. nat., F" 74 08.)
5 20 CULTE DÉCADAIRE ET TllÉOPHILANTHHOPIE
le aille décadaire eut un sort très différent selon les départements.
Mont-Blanc. — Dans le Mont-Blanc, tout culte cessa après le 18 fructidor. Les réfractaires refusèrent le serment et émigrèrent. Les constitutionnels, trop mal vus des populations, n’exerçaient plus depuis longtemps \
Isère. — Dans l 'Isère, où le culte de la raison avait eu quelque éclat, le culte décadaire ne fut célébré dignement qu’au chef-lieu. La municipalité de Grenoble s’efforça d’exécuter de son mieux les programmes tracés par François de Neufchâteau. Le 3o ventôse an VII, jour de la fête de la Souveraineté du peuple, le cortège comprenait 24 cavaliers de la garde nationale, une musique militaire, un groupe de laboureurs, artisans, négociants, artistes, hommes de lettres, précédés d’un étendard portant ces mots : « La Souveraineté du peuple réside essentiellement dans l’universalité des citoyens », la statue de Brutus, une charrue et des instruments aratoires, la société d’agriculture du département, une pyramide portant les productions des arts, la statue de J. -J. Rousseau portée par 4 élèves des écoles centrales et primaires, des soldats et canoniers entourant un vaisseau avec cette inscription : « Liberté des mers, guerre à mort au gouvernement anglais », les tables de la constitution sur une arche antique, des pères de famille avec leurs femmes et leurs enfants, un groupe de vieillards, un groupe de musiciens, les autorités précédées de quatre appariteurs portant des faisceaux, un détachement de la garde nationale, de la gendarmerie et de la cavalerie. Au temple décadaire, une statue de la Souveraineté du Peuple debout dominait une statue du Peuple assise devant elle. A leurs pieds, le monstre du
i . C’est du moins ce qu’affirme le commissaire central dans son compte de la seconde décade de vendémiaire an VI : « Police des cultes : Vacance absolue pour toute espèce de culte dans cet arrondissement, depuis le départ des prêtres réfractaires, qui s’étaient rendus exclusifs dans ces fonctions, à la faveur de l’opinion désavantageuse que le peuple a pris des prêtres constitutionnels, après qu’ils ont eu prêté le serment exigé d’eux par le représentant Albitte. » (Arch. nat , F7 7327.)